‹ Louis XVI et sa courChapitre 22 sur 172 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ouvertement ou sourdement contrarié. Il lui venait de l’opinion du dehors beaucoup d’appui; mais il n’avait pour lui que des individus, si nombreux, si influentsqu’ils fussent, et il avait des corps pour adversaires. Pas un de ses collègues, dans le conseil, ne donnait la main à ses travaux. Maurepas n’avait point de position prise «•outre Turgot en vertu d’une foi contraire à la sienne , car il n’en avait d’aucune sorte; mais il ne trouvait pas son compte à se faire solidaire de cliangements dont la gloire n’était pas pour lui. ('.aïeul bien naturel chez ce politique octogénaire, si sceptique et si avisé. La grande place que tenait Turgot dans l’attention du public et dans les écrits du jour, c’était pour la vanité de Maurepas une sorte d’empiétement sur ses attributions de chef du ministère. On dit que sa susceptibilité minutieuse eut peine à pardonner à Turgot d’avoir disposé seul de l’action du gouvernement pendant les cin«| jours qu’avaient duré les troubles. Urve circonstance vint pourtant qui fortifia, et «lu plein gré de Maurepas, le parti de Turgot et «les réformes.

Le duc de la Vrillière «“tait resté, dans le conseil , le ilernier survivant du ministère «le Maupeou. C’était celui. de tous peut-être qui s’était le plus usé au sevvier de IiOliis XV ; mais, selon sa pratique habituelle, il s'était dérobé à la disgrâce encore une fois; il était en charge depuis près de cinquante ans. Tant de vicissitudes politi- «pi«“s par lesquel l«“s tous ses collègues avaient passé , u a<-

vaient point atteint la position du duc de la Vrillière. Avec le département de la maison du roi , il avait en maniement les ressorts les plus secrets de la puissance royale, les mesures d’Etat, les lettres deeaeliet. lien distribua beaucoup dans cet espace d’un demi-siècle. Il avait vu bien des partis s’élever et tomber; il avait vu jansénistes et molinistes se renverser successivement, et sitôt que la fortune avait changé , le duc de la V rillière , toujours ponctuel, ouvrait la Bastille. 11 enfermait, sans s’étonner, ceux-là pour le compte de qui il emprisonnait la veille. 11 avait signé des lettres d’exil pour tous ceux qui avaient été ses collègues; l’instant de la chute arrivé, ils étaient habitués à voir entrer la Vrillière avec sa fatale commission. Enfin , ce ministre de la disgrâce finit par avoir son heure aussi. La tournure que prenait le règne nouveau l’étonnait et dérangeait toutes ses vieilles habitudes. Malgré tant d’expérience et tant de souplesse, ce doyen des ministres et des courtisans se laissa aller à des murmures, à des signes de mécontentement; il fronda ce qu’il voyait faire. Peut-être s'inquiétait-il sérieusement de voir diminuer le nombre des lettres de cachet, et la Bastille perdre déjà de son importance. Maurepas, qui était son beau-frère , crut avoir fait acte.de bon parent en retardant un peu sa chute, et il finit par l’abandonner.

F .a retraite de la Vrillière faisait une place vide dans le conseil. Le parti qui se formait autour de la reine travailla à s’en emparer; son plan était de porter Sar-

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