CHAPITRE l'Il EM I E It
line an département de la maison du roi, et de le remplacer au ministère de la marine par le comte d’Ennery i). C’était un premier pas que la faction de Choiseul essayait de faire vers le gouvernement. Cette tentative donna l’alarme à Maurepas; s’il y avait dans sa tête une pensée fixe, bien arrêtée, c’était de rendre impossible le retour de Choiseul; et il n’épargnait rien pour cela dans ses entretiens avec le roi. 11 prenait de l’ombrage des velléités d’ambition , des grâces et des succès de la reine : cet homme d’Etat, un peu féminin, trouvait là une rivalité dangereuse (a).Turgot, dans ces circonstances, proposa à Maurepas d’offrir le ministère à M. de Maleslierbes , et pour déjouer l’intrigue de Choiseul, il adopta précipitamment ce parti.
Jjamoignon de Maleslierbes était le plus grand nom qu'eût alors la magistrature. Il était aussi populaire que Turgot ; il tenait aux mêmes opinions que lui, en philosophie comme en politique. 11 avait pour les parlements une espèce de sentiment filial , mais sans servitude, sans intérêt de corps, sans fanatisme de position; de même
(1) « Je fis envisager à la reine qu’il ne fallait regarder eet évé- « nement que comme un premier pas vers le crédit ; que pour le » constater et le reudre invariable, il était nécessaire de faire des « ministres sur lesquels elle pût compter. » (J/ém. de liesenval, t. Il, p. 104.)
(2) <• tl craignait la reine jusqu'à la puérilité. Rien ne pouvait de- « truire en lui l’impression d’avoir été la victime de madame de •< Pompadour et chassé par elle. » [Mêm.de Bescnral,t. Il, p. III.)
qu’il aimait les gens de lettres, sans ruiner toute foi, comme eux, il accueillait les espérances de la philosophie, la religion du bonheuret du perfectionnement des hommes.
Malesherbes avait été pendant vingt-cinq ans premier président de la cour des Aides ; il avait fort résisté dans la lutte du parlement contre Maupcou , et il avait partagé le sort de ses collègues. Il vivait exilé dans sa terre depuis quatre ans, livré à l’étude, à des pensées de bien public, et adonné, comme Turgot , au goût général des sciences. Au moment où la cour des Aides fut rétablie avec le parlement, Malesherbes sacrifia aux instances de Turgot et de l’opinion publique ses projets décidés de retraite, et il reprit son poste de premier président. Il s’y livra sans interruption à un long et laborieux travail sur la réforme des abus en matière d’impôt . La cour qu’il présidait exposa courageusement, dans ses remontrances (mai 1 77$), tous les vices du régime fiscal. C’était un travail conçu selon les vues de Turgot, et sur lequel les deux amis s’étaient concertés. Nulle réforme 11’était plus urgente que celle-là, qui touchait au mal le plus avéré, le plus palpable, le mal dont le peuple souffrait à toute heure et partout. Cette question semblait passer, dans le cœur du roi, avant toutes les autres, et cependant le travail de Malesherbes fut accueilli de mauvaise grâce. Le roi l'avait encouragé, mais Maurepas l’écarta en l’ajournant , et fit dire , par le