‹ Louis XVI et sa courChapitre 45 sur 172 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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cos privilégies eux-mêmes, il y on eut qui pensèrent comme la France alors. Ainsi, la reine pressa Necker avec instance de reprendre sa démission, et pleura on le voyant s’éloigner. U était nuit quand furent versées ces larmes de Marie-Antoinette, etNccker ne les vit pas couler. « Si j’avais aperçu ces larmes, dit-il avec un senti- « ment chevaleresque , j’y aurais sacrifié ma réputation « et mon bonheur. » Madame Louise , la tante du roi , lui écrivit de son couvent. On vit les ducs d’Orléans et de Chartres, le prince de Condé, le prince de lioauveau , le duc de Luxembourg , le maréchal de Richelieu, l’archevêque de Paris, aller le visiter à Saint-Ouen , où il s’était retiré. Une foule immense accourut chez le ministre tombé. De tous les points du royaume on lui vota des adresses. Au théâtre, à la moindre allusion , le public se soulevait en acclamations redoublées. Partout, dans les lieux publics, les cafés, les promenades, on n’entendait que son nom. Un duchesse de Lauzun apostropha un jour un inconnu dans un jardin public, parce qu’il parlait en mauvais termes de M. Ncoker. Elle oublia qu’elle était femme et duchesse , et personne ne le trouva ridicule , tant cette popularité de Necker semblait juste, tant son renvoi enflammait les esprits ! D’un autre côté , ceux qui partagent le moins l'enthousiasme populaire , les gouvernements l’accablèrent de marques d’estime : Joseph II, Catherine II, la reine de Naples, le

roi de Pologne, lui écrivirent pour lui offrir la direction

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tic leurs finances. Le roi de Sardaigne exprima le regret de n’avoir qu’un trop petit État, pour en confier l’aclministration à M. Nccker. Catherine II écrivit ces mots que madame de Staël a cités depuis avec son orgueilleuse tendresse : « Le roi de France a touche du pied à une grande gloire : » mot trop flatteur pour le ministre et trop dédaigneux pour le roi, et qui ne peut, malgré l’autorité de celle qui l’a prononcé, troubler la justice de l’historien.

Non, ce n’était pas une grande gloire, ce n’était qu’une grande réputation de capacité financière et de probité politique. Nccker, comme Turgot, était un ministre hors ligne parmi les ministres de son temps; mais c’était le temps des Terray, des Maurepas et des Calonne. A une autre époque moins chargéede diflîcultéset d’orages, Nccker, renfermé dans sa spécialité financière, aurait rendu d’éminents services à un pays et à tin gouvernement. Il en rendit même de très-grands à l’époque où il vécut , et la reconnaissance publique trop exaltée était pourtant intelligente; mais ces services n’étaient pas marqués de l’éclatant caractère qui constitue la gloire; ils furent essentiels , mais non tout-puissants. Ils np sauvèrent rien de tout ce qui périssait ; mais ils arrachèrent l'État à la banqueroute prévue par Turgot; «si on ne « réduit pas la dépense au-dessous de la recette, avait « dit Turgot, le premier coup de canon forcera l’État à « faire banqueroute. » Tel est le bon , le splide des ser-

vices rendus par Neeker à la France. Quand il quitta le ministère, il laissa des fonds assurés pour une année entière : « U y avait , dit-il, au trésor plus d’argent compte tant et plus d’effets exigibles qu’il ne s’en était jamais « trouvé de mémoire d’homme. » De plus , le crédit qu’il avait fondé était prouvé par sa popularité même. Quand on examine son ministère en détail , on n’a presque que des éloges à donner à Neeker. Les actes qu’on a le plus blâmés sont , avec la création des rentes viagères, l’établissement des monts-de-piété et la vente des biens dos hôpitaux. Mais on n’a pas assez réfléchi peutêtre que les monts-de-piété, dont les inconvénients n’échappèrent certainement pas au regard de Neeker, furent moins établis pour produire un bien absolu que pour obviera un mal. Dans l’état où se trouvait alors la science économique, les monts-de-piété ne pouvaient êtra qu’une espèce de machine de guerre contre les spéculations d’une foule d’usuriers. Neeker n’était pas économiste, mais il trouvait en face de lui une très-forte opinion qui l’était. Quant à la vente des biens des hôpitaux , cette mesure si hardie qu’elle en semble arbitraire, les ennemis de Neeker Font comparée à la mesure exécutée depuis parle gouvernement révolutionnaire : comparaison juste, mais aussi justificatrice, selon nous; car l’Etat perdrait son droit de tutelle et de direction, s’il ne pouvait, dans certaines circonstances, opérer sur les intérêts privés en vite d’un intérêt supérieur.

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Quand Nocker sc retira des affaires, la guerre d’Amérique était fort avancée. Cette guerre, à laquelle il s’était opposé , par un mélange de calculs d’économie et de scrupules moraux , était cependant un acte intelligent et juste au point de vue de la politique, et parfaitement juste au point de vue du droit. Si Necker avait possédé la supériorité que ses partisans lui donnaient, il aurait souscrit à cette guerre, qui relevait la France de l’état d’abaissement où l’avait mise la guerre de 1763. Au contraire, il s’y résigna avec peine, aveuglé qu’il était parle désir de bien faire sa charge , dont les difficultés s’amoncelaient devant les obligations de la guerre, et aussi par cette religion de justice qui l’honore, mais pour laquelle on se sent moins de respect quand elle vient consacrer l’erreur. Eu reprenant les événements de cette guerre à son origine, on en jugera mieux la légitimité pour la France, et on reconnaîtra combien Necker se trompait en s’y opposant.

Au moment où Louis XVI montait sur le trône, les colonies d’Amérique se soulevaient contre leur métropole. Ces colonies, fondées, connue l’on sait, au commencement du dix-septième siècle, avaient reçu, dès leur établissement , des institutions de liberté qui leur donnaient la fière individualité d’un peuple. Ainsi elles avaient le jury , les assemblées provinciales, le vote des subsides. Sur tous ces points, l’Angleterre s’était montrée généreuse. Le seul côté où elle 11e le fut pas , où elle

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