CHAPITRE PREMIER
gracieux dans ses manières, cet Alceste malencontreux, ne réussit que trop , de ce côté , à faire le prince à son image.
Le Dauphin avait pour précepteur un évêque, M. de Coëtlosquet, qui n’était pas plus prélat de savoir et d’intelligence que La Vauguyon n’était grand seigneur, et qui couvrait l’homme important, l’instituteur réel, l’abbé Radonvilliers. /
Les deux frères du roi, lescomtes de Provenceetd’Ârtois, avaient été placés dans les mêmes mains. Du vivant de leur père, ces princes avait été l’objet de ses plus grandes sollicitudes; il avait pris sur lui toute la charge de leur éducation. Le fils de Louis XV vivait à l’écart, relevant silencieusement «à Versailles les devoirs du mariage et delà paternité, tout ce que son père avait foulé aux pieds. Certes, le Dauphin était fait pour donner à ses fils, du côtédes mœurs, les meilleurs enseignements et les plus purs exemples; mais son âme manquait de vigueur et s’usait tout entière en scrupules. Fait pour être moine plus que pour être roi , il s’épouvantait de cette, charge d’âmes qu’on appelle la royauté, et tremblait prématurément devant sa couronne. Un tel homme n’était fait pour aucune direction : une éducation l’embarrassait autant qu’un royaume; il ne pouvait transmettre à son élève que sa inorale craintive et défiante, et sa peur mélancolique d’être roi. Louis XVI conserva toujours un profond souvenir de son père , et ne se re-
tourna que trop religieusement vers ces vieilles maximes rie sa maison que le Dauphin lui prêchait clans ses Mémoires, et qui souvent s’ajustaient mal avec son amour du bien.
L’esprit du Dauphin, après la mort de son père, revint à ses précepteurs officiels, si peu propres à l’affermir, à l’élever. Quant aux études, il montra du goût et de l’application aux plus utiles , à celles-là qui avaient trait directement à des intérêts d’Etat. 11 n’avait pas le sentiment délicat des choses littéraires, ni l’aptitude aux langues anciennes. La géographie, l’histoire, les langues modernes, convenaient mieux à son esprit.
Le nouveau Dauphin , marié dès l’âge de seize ans, vivait à Versailles à la manière de l’antre Dauphin , son père. On revoyait en lui le représentant de la famille, de l’intimité domestique. C’était un salutaire contraste, opposé de nouveau à Louis XV. On parlait de sa vie privée, de ses moeurs simples, de ses promenades sans suite avec la Dauphine, et des occasions cpi’ils y trouvaient de se montrer compatissants et généreux. L’opinion publique leur savait gré de tout ce qui les distinguait de l’égoïste et immoral Louis XV.
L’archiduchesse , fille de Marie-Thérèse , que le système d’alliance en faveur depuis 1^56 avait unie au Dauphin, ajoutait à cette popularité de l’estime tout ce qui s’attache à la beauté et à la grâce. Le contraste était grand sous ce rapport entre les deux époux; Louis XVI