‹ Louis XVI et sa courChapitre 8 sur 172 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

n’avait rien de royal : « Il n’avait point de majesté, nous dit un homme de l’ancienne cour, point de cette dignité du regard et du maintien que Louis XV avait toujours gardée; il n’avait ni la grâce qui séduit, ni l’éclat qui impose, ni la fermeté qui contient (i). a L’observateur ajoute avec raison pourtant que ses manières plutôt que sa figure manquaient de noblesse; car il avait les traits caractérisés des Bourbons.

Marie-Antoinette, au contraire , avait tous les dehors d’une reine; elle était attrayante et imposante à la fois. L’un des meilleurs juges qui l’ait observée nous la peint ainsi : « Elle était grande, admirablement bien faite, les bras superbes. C’était la femme de France qui marchait le mieux, portant la tête élevée sur un beau col grec. Sa peau était si transparente , dit encore le peintre , qu’elle ne prenait point d’ombres ( 2 ). » Ainsi , Marie- Antoinette avait toutes les séductions nécessaires aux projets de Kaunitz et au rôle que lui avait tracé sa mère : c’était d’être à la cour de France la gardienne et l’instrument des intérêts de la cour impériale; c’était de se faire aimer de son mari au profit de l’Autriche. Élevée par une femme qui avait été roi plus que reine, ne devait-elle pas, dans sa fierté de femme et de fille , tenir à honneur d’imiter sa mère? La contagion de

(1) Souvenirs et Portraits , par le due del^vis , au mot T. or is XVI.

(2) Mém. de madame Viqée-Lebrun , peintre de la reine , t. I, p 64.

l’exemple îles Catherine et des Marie-Thérèse remplissait le siècle, et la jeune Dauphine avait emporté de Vienne de dangereuses leçons. Elle y avait vu la triste* attitudedeson père, que l’impératrice reine avait comme cloîtré dans un désœuvrement éternel ; de bonne heure elle dut comprendre comment sa mère entendait qu’on régnât. Si elle avait pu l’oublier, on avait mis près d’elle un homme chargé de l’en faire souvenir : c’était son précepteur, l’abbé de Vermond. L'abbé de Vermond, envoyé par le duc de Ghoiseul à Vienne , y était devenu autrichien ( i ) ; quelques familiarités de la souveraine , qui disait ma cousine à madame de Pompadour, avaient entraîné et gonflé cette âme subalterne. L’ablié de Ver-

mond avait les défauts des mauvais prêtres de sou siècle. C’était un sceptique, un frondeur infatigable, un mélange d’irréligion, d’intrigue et de vanité. Tel était l’instituteur envoyé de Versailles, pour former l’esprit de la future Dauphine, pour l’élever à la française. Il s’empara de son élève, qu’il avait faite trop frivole pour le juger; il était si sûr de sa faveur qu’il recevait insolemment au bain les ministres^ 2). Habile a manier l’esprit d’une jeune femme pour y exciter d’ardentes ambitions, le tentateur lui soufflait sans cesse qu’il fallait s’augmenter en crédit , en influence , et faire jusque du lit royal

(1) Mém. du marquis de Bouilli , p. 33.

(2) Mém. de madame de Campan , et). iu-8°, IS2G, t. I, p. 45.

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