‹ Louis XVI et sa courChapitre 86 sur 172 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

mais ces ra illeries étaient a justées de manière à l'atteindre moins cruellement que ceux qui l’avaient choisi.

Quand d’Ormesson arriva au ministère, il se mit à l’œuvre avec l’intention d’étudier au inoins le département qu’il avait à gouverner; mais tout ce travail fut inutile, car sa tête n’était pas de force à embrasser mille combinaisons difficiles, la manutention des finances d’un grand État obéré. Ses emprunts , basés sur des loteries, devinrent plus durs que ceux de Fleury, déjà si chargés d’intérêt. Pendant les quelques mois d’une administration trop longue encore , il fit des fautes de toute nature. Ceux qui lui sont le plus favorables allèguent qu’il perdit la tête au milieu du détail infini qui accablait son inexpérience; humiliante manière de le justifier! Toujours est-il que ses derniers actes furent marqués d’un caractère de témérité qui approcliait de la démence. On y sent l'homme effaré et qui va à l’abîme par le plus court chemin. Il obligea la caisse d’escompte à verser six millions au trésor; et quoiqu’il eût recommandé le secret , ce qu’il était facile de prévoir ne manqua pas d’arriver : par un coup monté, disent les uns (t), fort naturellement, disent les autres, l’alarme se répandit;

(t ) Soulavie prétend que ce fut un coup monté par quelqu’un dont il tait le nom; mais cette insinuation ne peut être comptée comme un fait historique, et d’ailleurs il était impossible que l'imprudente opération du contrôleur général restât ignorée du public. Voiri/éwi. polit, et hist t IV, p. 271.

mais, en présence de cette crise qu’il avait provoquée, il agit de manière à en augmenter les pénis : il autorisa ki caisse d’escompte à suspendre le payement en argent des billets au-dessus de trois cents livres , et voulut , par le même arrêt, leur donner un cours foret; dans le commerce. C’était jeter violemment le désordre au sein des relations commerciales. Tl donna pour pendant k cette mesure un autre arrêt aussi imprévu , aussi imprudent : il cessa le bail des fermes, en vue de rétablissement d’une régie; ce qui souleva enfin contre lui une de ces oppositions que les grandes fautes excitent de même que les grands talents. Les hommes qui avaient abattu T argot et Necker furent eneoreceux qui précipitèrent d’Ormesson; rien n’est plus triste que cette parité de haine frappant des hommes si différents.

Un seul fait leur était commun, c’était la faculté de se rendre hostiles tous ces courtisans faméliques de pensions, de luxe et d’abus , qui regardaient le contrôleur général comme le surintendant de leur maison. D’Ormesson n’opposait pointa leurs avides instances ce câline souverain du devoir qui distinguait Turgot, ou l’esprit d’ordre persévérant de Neckcr, mais il leur opposa, quoique faible, assez d’honnêteté pour s’en faire de redoutables ennemis. Us se vengeaient de son intégrité sur son ignorante et mauvaise administration. C’était un dé-

chaînement de plaisanteries contre lesquelles il ne se montrait pas assez grand par le talent ou par le caractère

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pour résister. I^e ridicule l’atteignait , parce qu’il était bien à son niveau. Quand il eut contre lui l’opinion révoltée par son scandale de la caisse d’escompte, et que Vergennes se fut brouillé, à propos d’une intrigue, avec Miromesnil, d’Ormesson sentit le terrain lui manquer. 11 resta fidèle à Miromesnil, son protecteur, mais il cessa d’être ministre. M. de Vergennes, qui savait, en sa qualité de diplomate, mystifier poliment un homme disgracié, alla lui faire une visite en personne pour lui apprendre son renvoi.

Tel fut le passage de M. d’Ormesson aux finances. Il les avait rendues un peu plus troubles, un peu plus confuses qu’elles ne l’étaient même du temps de son prédécesseur Fleury. Ces sept mois d’une administration impuissante montraient suffisamment la folie qu’il y aurait à aller plus loin dans les idées du passé. In guerre finissait heureusement : les dépenses allaient donc être moindres ; mais la situation était tellement chargée, qu’une guerre éteinte sur trois points différents, en Amérique , aux Indes et aux Antilles, ne les dégrevait pas d’une manière sensible. Comme Neeker, du fond de sa retraite, aurait pu, s’il n’eut été uneâme élevée, jouir des embarras de ces hommes qui l’avaient renvoyé ! Qu’allait-on devenir en ces circonstances? Quel successeur donner à l'honnête jeune homme dont la probité n’avait pas suffi? Il n’y avait réellement pas de tête digue de l’emploi resté vacant . On parlait de T.otnénic de Brienno :

c’était un de cos hommes d’esprit qui sont redoutables aux affaires parce qu'ils croient les deviner. Foulon aussi était désigne ail choix du 11101101x1110 : intendant cpii disait cyniquement que la banqueroute était une libération légitime de l’Etat. Ni l’un ni l’autre ne plaisait à Louis XVI et ne tentait son choix. Il devait tomber sur un homme plus dangereux peut-être , car il réunissait la foi (pii s’aveugle à la duplicité qui trompe, et il connaissait la magie funeste de jeter sur les autres le sort de ses propres illusions.

Avant la nomination de M. de Galonné, un homme de bien, M. de Castrics, parla longuement au roi de la nécessité de rappeler Necker au ministère ; mais le nuage soufflé par la haine envieuse de Vergcnnes sur l’esprit du roi ne put être dissipé. Louis XVI n’avait pas ce qui rend capable de la rigueur d’un refus , mais il savait éconduire, en se refermant sur lui-même. Cette répulsion qu’il opposa à Castrics , au moment où les besoins delà situation rappelaient si haut M. Ncekrr, Louis XV I l’avait déjà montrée, en 1780, aux hommes qui devaient pourtant , à ce qu’il semble, avoir le plus d’autointé sur son esprit. Le clergé , dans ses assemblées, depuis 1745, avait trahi beaucoup d’épouvante, en voyant s’élever et s’étendre le progrès des doctrines philosophiques. Tous les cinq ans revenaient officiellement les mêmes plaintes, mais en 1780 clics furent plus expressives que jamais , et il s’y mêla des instances que

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