CHAPITRE IV. 2îJil
tesses de Provence et d’Artois, scs belles-sœurs, couvraient à peine par le respect du au rang la liaine de la personne. Soit préventions de leur maison de Savoie qui voyait de mauvais œil une Autrichienne régner en France, et trouvait sa politique gênée à l’union des deux, grands États; soit vanité de femme chez ces princesses, Marie-Antoinette les offusquait. Elles étaient jeunes, mais sans charme et sans éclat; Madame, surtout, ne pouvait oublier qu’on l’avait demandée pourleDauphin, avant que l’on songeât à faire des ouvertures à Vienne; et c’était à Marie-Antoinette qu’elle tenait rancune du revirementdela politique de Choiseul (1). llést avéré que la maison de Monsieur se prononça sans retenue contre Marie-Antoinette, et qu’on y parlait delà reine avec une injurieuse liberté (2). Au loin comme auprès, la politique était intéressée à la trouver en faute , et faisait la guerre à son influence , en la prenant à partie dans ses mœurs. Il y avait plus d’un Etat que le traité francoautrichien tenait en inquiétude; car cette alliance avait dérangé tout le système européen; Frédéric, surtout, ne cessait pas de s’en préoccuper et d’en médire. Lorsqu’il avait tendu la main au cabinet de Versailles, et que
(1) On trouve aux Archives de F Empire des lettres de la comtesse de Provence qui prouvent de reste que la bienveillance u était pas le trait distinctif de son caractère.
(2) Mém. de madame Campan, 1. 1, p. 200. — Mém. de madame Vigie- Lebrun, t. I, p. 77. — Soulavie, Mém., etc., t. II, p. 72, 82.
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ses ouvertures étaient demeurées sans succès , il s’en prenait à la fille de Marie-Thérèse, et s’en vengeait par les armes les moins courtoises. Onsait que le grand homme n’était pas un chevalier, et qu’il lui en coûtait peu de médire des femmes; ses contrariétés politiques provoquaient d’amères railleries, des sarcasmes qui portaient coup t). Toute l’attention de ses agents était dirigée sur la belle Autrichienne , et ces argus prenaient leurs notes sous la dictée de ses ennemis. Les petits princes de l’Empire ressentaient le même malaise ; désorientés par cette alliance qui effaçait le traité de Westphalie et les découvrait du côté de l’Autriche, ils se disaient indignement sacrifiés, et n’éprouvaient pour la reine de France que les plus hostiles dispositions. Leurs agents, comme ceux de Frédéric, comme ceux de l’Angleterre, la décriaient dans leurs dépêches, la diffamaient à l’étranger; car il n’y avait pas jusqu’à l’Angleterre qui ne * la vît avec une défiance jalouse, et ne s’accommodât mal du déplacement des alliances (2).
Voilà dans quelles complications Marie-Antoinette fut
(t) Nous avons rappelé qu’il nommait la Franec la ferme de la maison d'Autriche , comme il avait nommé l’électorat de Cologne le pour-boire de Joseph H. Quand l’empereur entreprit de réformer la liturgie, Frédéric l’appela : Mon frère te sacristain.
(2) Tous les libelles contre la reine trouvaient de complaisants échos dans la presse anglaise; beaucoup de ces libelles diffamatoires tels que les Mémoires de madame de Lamothe , s’imprimaient à Londres. Marie-Antoiuette disait qu’elle ne pouvait prononcer le nom de Pitt , sans que la petite mort lui passât sur le dos.