CHAPITRE IV
enveloppée, et coimnents'expliquesa prompte impopularité. Le premier tort en fut aux circonstances, qui avaient fait d’elle l’expression d’une politique dont elle répondit. Tant de forces alliées contre cette femme , tant do positions prises contre elle au dedans et au dehors , entraînèrent l’opinion sur tous les points. Mais ici la responsabilité commence pour Marie-Antoinette , et pour ceux-là, bien davantage, qui cimentèrent leur politique avec son nom . Elle apportait de Vienne une éducation fort imparfaite (i) ; tout ce qu’elle avait de bon, de grand , elle le devait à la nature ; mais on n’avait rien affermi de ses heureuses dispositions. spectacle que lui offrit la cour de Louis XV n’était guère propre à parfaire l’éducation d’une dauphine de quinze ans. Elle s’y trouva dépourvue de guides, d’enseignements fermes et élevés. Elle y rencontra la légèreté des mœurs, elle qui avait, à cet âge , toutes les légèretés de l’esprit et du caractère. Aucun instinct, par malheur, ne l’avertit de ce qu’il fallait éviter dans ses entraînements naturels. Elle ne sut pas se faire une conscience de reine quand elle en prit le titre. Elle ne sentit point cette grande responsabilité de la position , qui hâte l’expérience et la maturité chez les princes. A force de se sentir femme et de se savoir belle, elle oublia que la couronne n’est pas une parure seulement. Dans des conditions moins en vue , toute autre
(I) Mém . de madame Campa n, t. 1, p. 75.
eût joue sa réputation à des démarches comme eu hasardait la reine de France. Toutes ses qualités de cœur, si entraînantes, ne se montraient guère au grand jour, ou devenaient des causes d’exclusion et de jalousie ; ses défauts d’humeur, ses imprudences, étaient publics. Elle aimait trop à persifler, et s’y abandonnait (i); elle blessa ainsi beaucoup de femmes de grand nom , qui s’éloignèrent de la cour. L’étiquette dont elle se moqua touchait peu la nation ; mais ce dédain de l’étiquette fut interprété cruellement par ses ennemis (2).
Jamais la diffamation ne s’acharna sur l’honneur d’une femme comme sur le sien : des satires cruelles , souvent infâmes, la poursuivirent sans relâche pendant
(1) La reiue donnait volontiers des sobriquets aux femmes, aux courtisans, aux ministres. Klle appelait Necker , le petit commis marchand; Turgot, le ministre négatif; Sartines, l'avocat patelin, ou le doucereux inmteur ; la comtesse de Noailles, madame V Etiquette p les Français, mes marchands, vilains sujets. On lit encore que la reine classait ainsi les femmes de la cour: « Les siècles, les collets-monlèsel les paquets. Ces jeux d’esprit, applaudis dans sa société , couraient partout ; l’esprit moqueur de Mario- Antoinette lui fut fatal autant que son cœur, qui l'entraiuait à des amitiés exclusives et compromettantes.
(2) Nous aimons à citer le témoignage , à coup sûr, véridique et sincère, de madame Campan sur cette reine en qui tant de qualités charmantes devinrent comme un don funeste à la royauté : « Jamais dans aucun rang , dans aucun âge , je n’ai trouvé de femme d’un naturel aussi séduisant que Marie-Antoinette , à qui l’éclat éblouissant de la couronne laissât un cœur aussi teudre. Je n’en ai pas vu d'aussi héroïque dans le danger, d’aussi éloquente dans l’occasion, d’aussi franchement gaie dans la prospérité. » (Notice, p. 10. )