‹ Louis XVI et sa courChapitre 92 sur 172 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

A côté de la belle enchanteresse, il y avait encore, dans cette fortunée maison de Polignac , une puissance moinsséduisante, mais aussi sûre; c’était une Circé d’un autre genre , Diane de Polignac , la belle-sœur de la comtesse. Celle-là ne charmait pas ; elle dominait. Diane était laide et contrefaite, et cependant c’était à elle l’empire, dans ce petit cercle de belles femmes et de brillants favoris. Elle avait des mœurs fort décriées, et on n’en mit pas moins sous sa garde la chasteté de la sœur de Louis XVI, madame Élisabeth. La dame d’honneur était l’effroi de la princesse, et gouvernait despotiquement sa maison. Le roi aussi la voyait avec crainte, et il conviait sa sœur à la soumission (i). Diane usurpa la même autorité chez la reine; elle y régnait par sa belle-sœur, dont le charme devint, dans ses mains, une arme supérieurement dirigée. Diane passait pour aussi méchante qu’habile; elle n’était qu’intrigue et mouvement. Elle avait cet ascendant de la volonté , cette sorcellerie de l’intelligence qui firent brûler Galigaï. Elle était le ressort de toutes ces cabales , où l’intérêt des Polignac était toujours en jeu ; elle s’en faisait un véritable gouvernement! Elle arrêtait, elle distribuait chaque matin le travail de la journée ; elle partageait les rôles, elle tenait la plume, répondait, allait , s’employait à tout. Elle

(1) « Le roi alla conjurer sa sieur de revenir, de patienter et de « souffrir la comtesse Diane. » (Mém. /iis/, de Louis ATI , t. VI, P- 3t.)

eût fait un pendant, mais plus vigoureux, mais plus noir, à ce portrait de la duchesse du Maine que Saint-Simon nous retrace au vif : cette jolie naine, cette fée, toujours écrivant, sur son lit couvert de papiers, et qui tenait les filsde mille intrigues dans ses petites mains. Celles deDiane avaient moins de grâce, mais plus encore de rapacité.

La vie intime de la reine se trouva ainsi concentrée dans ce cercle étroit de favoris : c’étaient les Polignac , qui d’un état médiocre s’étaient subitement élevés à tout ce qu’il y avait de plus haut; c’était Besenval, un Suisse dévoué à la faction autrichienne; Adhémar, Vaudreuil , Polastron. De tels entours assurément seraient mauvais garants de la pureté de conduite de la reine. Ils avaient intérêt à l’induire en faute, pour s’impatroniser dans ses secrets. Mais on la voit si imprudente , si oublieuse de toute précaution , que l’on s’en ferait un titre pour la justifier. Il semble qu’elle eût moins négligé l’apparence; le coté extérieur des actions , si elle se fût sentie , au fond, plus engagée. Peut-être s’observait-elle d’autant moins qu’elle résistait davantage ! Jeune et charmant-e , amoureuse d’élégants plaisirs , avec un mari si peu fait pour elle, entourée d’hommes brillants qu’elle enivrait; elle fut livrée sans doute à bien des émotions brûlantes. Pliis d’une fois elle oublia au moins sa fierté , cette pudeur des reines; mais sa position était si fausse, si compliquée, si redoutable, qu’elle eût été peut-être accablée encore, quoi qu’elle, eût fait.

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