‹ Louis XVI et sa courChapitre 91 sur 172 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

vingt ans ; et s’il s’agit île lire au fond de sa conduite, l’histoire n’a rien à puiser dans de tels écrits.

Plus d’un contemporain, sans afficher de haine, laisse croire que Marie- Antoinette oublia beaucoup ses devoirs de femme ; d’autres se sont portés caution de sa vertu ; mais pour affecter trop de ménagements , ils ont mal servi la cause qu’ils voulaient défendre. Ces témoignages sont tous plus ou moins suspects, et la conscience de l’histoire n’en tire pas une grande lumière. Les préventions publiques, le cri d’accusation qui s’éleva contre la reine, et dont nous savons l’origine , ne résolvent pas davantage ce problème ; mais ces préventions partout répandues, furent un fait considérable, qui pesa beaucoup sur les destinées politiques de la royauté.

Marie- Antoinette passait sa vie au sein d’une société m intime; la haute noblesse qu’elle avait trouvée autour du trône n’y eut pointd’accès. Le parti de la reinen’avait de point d’appui que dans sa faveur, et était aussi mal vu du public que de l’ancienne cour. La plupart de ces favoris avaient leur fortune à faire; leurs noms manquaient d’éclat; plusieurs passaient pour des représentants serviles de l’intérêt autrichien. La jeune reine mettait dans ses amitiés un entraînement de cœur, une ardeur démonstrative qui firent calomnier ses premières affections ( i). Ces liaisons si vives furent peu durables; après

(I) Voir Chron., 1771, par l’abbé Bandeau, Revue rélroxpectice, t. Il, p. 281.

les princesses de Guémenée et de Lamballe, vint le tour d’une autre favorite ; et cette nouvelle phase des attachements de Marie-Antoinette devait combler la mesure de son impopularité.

La comtesse Jules de Polignac avait jusqu’alors vécu en province dans une médiocrité de fortune qui s’appelait de la misère dans la langue des gentilshommes. Une circonstance la produisit à la cour, et elle n’eut qu’à se laisser voir pour emporter d’emblée la plus haute faveur. Elle devint dame d’honneur, duchesse, surintendante de l’éducation du dauphin , et n’eut que la peine de répartir sur tous les siens les plus grosses charges de cour et de gouvernement.

La comtesse Jules , comme on l’appelait , était une femme d’une séduction infinie; elle était belle , et de la plus fine beauté , avec des grâces calmes et une 9 douceur d’attraits à laquelle on ne résistait pas. Elle dirigeait avec une science invisible l’emploi de ses qualités charmantes. Elle avait tantde placidité et desurveillance avec elle-même, qu’on peut douter que son cœur fût entraîné comme l’était celui de la reine; mais elle possédait à merveille le don des larmes , et le jeu naturel des plus tendres sentiments ! Rien n’était doux comme son humeur et son commerce ! Elle intéressait l’amitié par un prestige d’anciennes souffrances , et savait stimuler la fortune par de nonchalantes réserves, et les plus aimables semblants de désintéressement.

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