CH A IM TR R IV
Louis XVI était fort adonné à la chasse : c’était le*
Seul de scs goûts qui sentit la royauté. On peut consulter son journal à cet égard; il le tenait lui-même; il récrivait scrupuleusement de sa main (i). Pour juger
graphes. Une question également intéressante, celle de la propriété littéraire, avait préoccupé Louis XVI , comme on le voit par cotte autre lettre autographe du roi :
1 ' » ‘ ' - • Versailles, l« fl Atptmbre (1*776 ).
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■> J’appclerai Amclot pour l’entretenir sur l’objet de votre lettre, y ayant quelque méprisé sur l’exposé qui vous a esté fait ; nous verrons après. . ...
« On ferait bien de s'occuper le plus tôt possible de l'examen des mémoires des libraires tant de Paris que des provinces sur les propriétés des ouvrages et la durée des privilèges. J'ai entretenus de cette question plusieurs gens de lettres , et il m’a paru que les corps savants l’ont fort à cœur. Elle intéresse un très-grand nombre de mes sujets qui sont dignes à tous égards de ma protection. Le privilège en librairie, nous l’avons reconnu , est une grâce fondée en justice ; pour un auteur elle est le prix de son travail , pour un libraire elle est la garantie de ses avances. Mais la différence du motif doit naturellement régler la différence d’importance du privilège. L’auteur doit avoir le pas , et pourvu que le libraire reçoive un avantage proportionné à ses frais et à un gain légitime , il ne peut avoir à se plaindre. Il faudra régler les formalités observées pour la réception des libraires et imprimeurs; arrangez cela comme vous le trouverez bon , mais il faudra que l’autre question soit rapportée au conseil.
« Lotus. »
(I) Voir le journal de Louis XVI et autres manuscrits du roi, trouvés dans l 'armoire de fer. Cette pièce , conservée aux Archives de l’Empire, a été imprimée dans la Revue rétrospective, t. V, p. 118. Ce journal, écrit de la main du roi, commence au 1 er janvier 1788, et, tenu jour par jour, sans qu’un seul y soit omis, ne s’arrête
â.'W LOIIS XVI ET SA cot;n.
Louis XVI, c’est un guide assez curieux. N'est-on pas surpris d’y trouver que le roi mettait à la loterie? Il y avait en lui tous les penchants des âmes faibles. Dans son journal , ses chasses figurent comme les fastes de sa vie; le jour où le roi n’avait pas chassé s’y trouve noté par le mot rien : Titus d’un autre genre , il avait perdu sa journée! Il fallait des événements bien graves pour interrompre cette habitude qu’il avait de courir les bois. Il y tuait à profusion des animaux de toute sorte ; il faisait lui-même par semaine, par mois , le compte de tout ce qu’il avait abattu, et ce coinptes’élève pour une année à huit mille quatre cents têtes de gibier (1). C’était de
qu'au 31 juillet 1 792 , c’est-à-dire dix jours avant le tO août (avant sa déchéance). On en jugera par l’extrait suivant :
« Juillet 1789. — Mercredi l ,r , rien. Députation des états. — 1 Jeudi9, rien. Députation des états. — Vendredi 10, rien. Réponse à la députation des états. — Samedi 11, rien. Départ de Ai. Necker. — Mardi 14, rien. ( C’est le jour de la prise de la Bastille!) — Octobre 1789, lundi 5, tiré à la porte de Châtillon; tué 81 pièces. Interrompu par les événements. Allé et revenu à cheval. — Mardi G, Départ pour Paris , a midi et demi. P'isite à l’hôtel de ville. Soupé et couché aux Tuileries. » ( Revue rétrosp ., t. V, p. 116 et suivantes. )
C’est là tout ce que Louis XVI trouvait à consigner sur son journal des terribles événements d’octobre; il y enregistrait une déconvenue de chasse !
On voit dans ce journal qu'il mettait habituellement à la loterie , et souvent plusieurs fois par mois ; aiusi : « A M. INecker, pour des billets de loterie , 6,000 livres. — Le 2, j’ai gagné à la loterie 990 « livres; le 16, j'ai gagné à la loterie 22.7 livres. » (/ d ., id.)
(I) En 1775, Louis XVI prit l'habitude de récapituler annuelle-
CIIAPITIIF. IV.
l'habitude sans doute; mais quand on réfléchit aux mille délicatesses dont se compose la moralité humaine, que penser de l’homme qui s’est fait un besoin d’abattre tous les jours un troupeau que l’on pousse à ses pieds , de ce roi qui n’a jamais porté l’épée militaire, et qui s’eu va, les mains noircies par sa forge, faire de telscarnages dans ses forêts.
Les frères du roi différaient de lui singulièrement : le comte d’Artois appartenait à la société de la reine; le comte de Provence prenait position à l’écart. Ils tenaient au dix-huitième siècle par des points différents; le comte de Provence s’y rattachait par les goûts et les prétentions littéraires, certains dons légers de l’esprit qui lui servaient à cacher d’autres ambitions. Au moment oii la cour essayait des réformes, Monsieur plaida pour les vieilles choses; il s’inscrivit pour le régime monarchique absolu;' il attaqua Turgot, il poursuivit Necker; mais quand le gouvernement fut retombé dans ses anciennes voies, Monsieur transporta son opposition de
ment l’emploi de son temps. Il détaille combien , sur le nombre total de scs promenades , il en a fait par la gelée , combien par le dégel , combien par le beau temps , combien par le temps couvert, etc. Outre ces différents relevés, Louis XVI additionnait encore ce qu’il avait tué à la chasse durant le mois , et faisait le total à la fin de Tannée de ce qu’il avait tué dans les douze mois réunis. Ainsi , à la fin de décembre 1775 , on trouve au total du mois : « Tué 1,564 « pièces de gibier, et ponrtotal de l’année, S, 42 t. » {Revue réfrosp., t. V, p. 116 et suiv.)
4t)ü I-OUIS XVI ET SA COUR.
l’autre côté; il se glissa à la suite de l’opinion publique. Il semble que le jeu de sa conduite fut de prendre toujours une altitude contraire à celle de la cour, de se placer surtout à distance de la reine. Il nourrissait contre Marie-Antoinette une hostilité couverte que ses affidés trahissaient par mille propos envenimés. Le Luxembourg, qu’il habitait, était un atelier de chansons et d’épigrammcs (i). Monsieur lui-même avait, comme Frédéric le Graud , le goût épiçurien des petits vers, avait la mémoire pleine d’IIorace , au point que cette affectation de savoir inquiétait à Versailles , et faisait dire « qu’on pouvait gouverner l’Etat sans tant de latin ( 2 ). » Monsieur, depuis l’avénement de son frère, essaya en diverses occasions de se faire écouter; mais tout accès
(1) Le salon du prince de Conti , au Temple, et ceux des plus grandes familles de la noblesse , jalouses de la faveur de Polignac et de leur société, faisaient à Marie-Antoinette une guerre aussi acharnée que le Palais-Royal et le Luxembourg. Il y aurait à citer ici parmi ces grandes familles , les Montmorency, les La Rochefoucault , les Noailles , les Clermont-Tonnerre, les Crillon , etc. Il devint de mode d’attaquer la reine. , et cette mode s’étendit naturellement aux salons de la bourgeoisie, à ceux-là surtout où régnaient les gens de plume, qui avaient tout crédit sur l’opinion.
(2) On a cité de Monsieur un mot au moins étrange , au baptême du premier enfant de la reine , un mot qui , dans la bouche du prince héréditaire, semblait cacher, sous une plaisanterie légère , une intention ténébreuse : « Monsieur le curé, dit le prince, qui était parrain , vous oubliez une des formalités d’usage , vous oubliez de demander qui sont les père et mère de l’enfant. » Cette singulière plaisanterie se trouve citée dans beaucoup d’écrits du temps.