CHAP1THE IV
que les frères de Louis XVI. Plusieurs cours de l’Europe, dit un ministre du temps, étaient modestes, comparées à leur maison (i).
Les princes du sang vivaient et jouissaient de même, comme aux époques les plus propices de la monarchie ; ils différaient cependant d’intérêts et d’inclinations politiques. Les princes de Condé n’avaient d’importance que par la tradition militaire de leur race, et restaient retranchés dans le vieil esprit de gouvernement. Le nouveau chef de la maison d’Orléans , au contraire, marquait de plus en plus son rôle d’opposition à la cour. Cette prétention n’était point nouvelle dans cette branche; elle remontait plus haut. Libertine et philosophique avec le Régent, janséniste avec son fils, cette opposition de famille, qui s’était liée de fortune avec le Parlement, prenait sous le nouveau duc un caractère politique plus prononcé. Depuis longtemps ces princes, assez mal venus de leurs aînés, affectaient davantage de se mêler à la vie publique, et l’opinion le reconnaissait. Ils séjournaient à Paris, comme pour faire souvenir de Henri IV. Dans leur palais, situé au centre de la ville, ils paraissaient être plus Parisiens que les autres. Le duc d’Orléans avait épousé la fille du duc de Penthièvre, prince qui était populaire par sa bienfaisance; et il faisait donner à ses fils une éducation jusque-là sans
(I) Mém. du prince de Montbarrey, t. III, p. 113.
exemple, qui devait consacrer une date nouvelle pour les princes de la maison de Bourbon.'
Le duc d’Orléans s’éloignait de la cour par ses idées, mais il y lestait trop attaché par ses mœurs. Ses mœurs étaient celles du comte d’Artois et de la plupart des princes. Louis XVI et son père, eux. seuls peut-être, avaient échappé à cette contagion de leur temps. Lesautres avaient été frappés de l’air impur qu’on respirait autour de Louis XV ; et nulle circonstance ne remédia, pour eux, à cette fatalité de leur rang. Le duc de Chartres l’éprouva plus encore que les autres. Son père, caractère faible, manqua de tact et de vigilance avec son fds. Son mariage*avcc M“* de Montesson blessa le jeune prince, l’éloigna de son père, et le livra de bonne heure à de fâcheuses liaisons. C’était une femme aimable et distinguée que M roe de Montesson; elle avait de l’attrait et des talents, mais elle y mêlait un peu d’étalage et d’affectation. Le due de Chartres goûtait peu tous ces agréments d’une belle-mère; il n’en prenait guère que le ridicule : il maniait habilement l’ironie. Sa plaisanterie, «lit un homme de ce temps, était courte et légère. La grâce qu’il avait, comme le «ointe d’Artois, dans la personne, il l’avait également dans l’esprit. Il lui arriva de persifler 1«* chant langoureux «le la comtesse, ses draines à sentiment, et ce jargon de sensiblerie qu’elle avait mis «le mode au Palais-Royal. 11 affectait, devant ce cercle sentimental, une insensibilité de parade, une im-