L’INDE, L’AMÉRIQUE ET L’EMPIRE OTTOMAN
11 est des règnes dans notre histoire plus spécialement défigurés par l'école des encyclopédistes et des rhéteurs; je serais heureux de les rendre à leur
grandeur et à leur gloire. Tel est le but de celle » , * édition nouvelle de mon travail sur le règne de
Louis XVI et les relations diplomatiques de son cabinet. L’auteur de ce livre, dans ses plus hardies appréciations historiques, a loyalement cherché la vérité; ce qu’il a dit sur la Ligue , la Fronde , Richelieu et les règnes de Louis XIV et de Louis XV, comme ce qu’il a écrit sur la politique de la Restauration , appartient essentiellement au domaine de l’his— toire sérieuse. La justice commence pour le roi Louis XVI. Les travaux jusqu’ici publiés sur ce
règne, n’ont recueilli et raconté avec étendue que la lutte lamentable entre la couronne de Louis XVI et l’esprit turbulent de la révolution française ; il y a eu mille volumes écrits sur l’époque parleuse des États-Généraux, la Constituante, la Législative, pauvres et médiocres pouvoirs sous la direction de quelques intrigants politiques. Dès que l’histoire sera
rentrée dans l’ordre naturel, à l’abri de l’école qui
l’a corrompue, pour en faire un monotone pam- » phlet, elle reconnaîtra que cette paitie du règne de Louis XVI, qui commence en 1788, est la moins importante pour notre grandeur de nation. Au moment où l’esprit des assemblées s’empare des affaires, tous les vastes systèmes conçus par les
génies de Henri IV, de Richelieu et de Louis XIV
tombent devant les déclamations de la tribune. J’ai toujours trouvé peu d’importance à décrire les faits anarchistes de la grande émeute de 1789, tant de fois répétés , et la seule période qui m’a paru grandiose dans le règne de Louis XVI, celle qui pourtant était
négligée, c’est l’époque où la volonté sérieuse du roi, libre, spontanée, s’est manifestée dans les conditions de la majesté souveraine, c’est-à-dire depuis l’avénement de 1774 jusqu’à la réunion des notables.
Le sentiment qui domine tout au cœur de Louis XVI, c’est l’esprit national poussé jusqu’à l’exaltation du patriotisme. Au point de vue diploma-
tique, c’est un des rois les plus remarquables; comme tous les monarques de la maison de Bourbon , il a goût pour les affaires extérieures; il veut donner des colonies à la France, et avec ces colonies la Belgique : Louis XIV avait réuni cinq provinces, et Louis XV, la Lorraine et la Corse. Il résultera de ce livre, je l’espère, cette conviction profonde que Louis XVI ne fut pas seulement un bon roi , mais un grand roi, pour la partie importante des affaires, c’està-dire la diplomatie et le développement des forces nationales. Il avait hérité des traditions de ses ancêtres qui tous, aimant la France avec passion, avaient chacun apporté un contingent à la grandeur du pays. Ceux qui ont tué le malheureux Louis XVI, ont depuis bien voulu reconnaître que c’était un monarque à intentions pures. Ce livre est destiné à prouver qu’il était un prince è idées intelligentes, élevées, européenes. Je pose en fait que la véritable politique d’État a été* fortement ébranlée par la révolution de 1789; et j’appelle politique d’Élat, ce système de traditions qui avait grandi notre territoire par des réunions durables, des conquêtes assurées à travers les siècles et créé notre puissante influence en Europe par des alliances d'intérêt* de protection ou de famille, en un mot, la vaste pensée de Bichelieu et de Louis XIV. Depuis il y a eu des ravages héroïques, des expéditions rapides; les Francs se
sont reproduits sous d’admirables conquérants. Si le torrent a été rapide, impétueux, il est rentré, hélas ! bien en deçà de son vieux lit. Comme j’ai toujours professé une certaine netteté d’opinion historique, je dirai donc que ce livre n’a aucune des admirations vulgaires et stéréotypées pour l’idée de 1789. Il m’a fallu fouiller bien des pièces, rechercher les documents aux sources, sans entraînement, sans illusion. En diplomatie, on verra que toute la correspondance de Louis XVI, de M. de Vergennes, de M. de Montmorin a passé sous mes yeux ; je l’ai classée en suivant l’histoire particulière de chaque traité et des relations générales avec les cabinets. J’ai beaucoup analysé de documents, et ce qui est plus précieux encore que les pièces, j’ai recouru à l’esprit du temps, à la tendance des mœurs, qui sont le grand livre de l’histoire. Cette société a besoin d’ètre étudiée jusque dans ses fantaisies, dans ses intérêts commerciaux, dans ses modes. Que souvent il m’a fallu parcourir Versailles et Trianon pour chercher les traces de la monarchie de Louis XVI et de Marie-Antoinette, dont les pieds foulèrent ces gazons fleuris au murmure des cascades jaillissantes! alors je me suis reproduit cette cour brillante et loyale, dernier débris de la chevalerie ! La tempête a brisé tant de belles tiges des nobles races qui entouraient la reine de France : les Lamballe, les Poli^ lac, les Vaudreuil!
A Schœnbrünn, je cherchais Marie-Antoinette enfant, et à Trianon je la voyais encore dans les plus délicates. œuvres de l’art. Lorsque à Versailles la cohue de peuple brise aujourd’hui la solitude des parcs , que de fois j’ai maudit ce Jeu de paume où quelques parleurs de droit public vinrent insulter la bonté et la faiblesse d’un petit-fils de Louis XIV! Comment se fit- il que mille chevaliers ne jetèrent pas leurs gantelets à ces communes insensées? Hélas! c’est que parmi ces chevaliers, il y avait des félons aussi; la noblesse de France ne fit pas tout ce qu’elle dut ; les blasons de bien des grande? familles furent souillés par la trahison , et je n’ai mais hésité à flétrir les faux esprits qui entraînent les Pouvoirs à leur ruine.