‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 119 sur 264 · LIVRE V. — JOURNÉE DU 10 AOUT · texte numérisé non relu

LIVRE V. — JOURNÉE DU 10 AOUT

pnux , se présenta devant le Roi : il venait lui apprendre que le Conseil de la Commune avait décidé qu'aucune des personnes proposées pour le service ne suivrait la famille royale dans sa nouvelle demeure *. Louis XVI obtint cependant, à force de représentations, que MM. Hue et de Chamitly, et les danies Thibaud, Basire, Navarre et Saint-Brice seraient exceptés.

o La Reine, toujours occupée, écrit madame de Toprzel, de ce qui pouvait adoucir les peines de ceux qui étaient auprès d'elle, voulant me procurer la consolation d'emmener avec moi ma fille Pauline, m'offrit delà demander à Pétion. Je fus glacée de la proposition, ne prévoyant que trop qu'on ne nous laisserait pas Ion{[temps au Temple; je frémissais de l'idée d'exposer une fille jeune et jolie h la merci de ces fiirieux, car je connaissais trop la fermeté de son caractère, et le bonheur qu'elle éprouverait de pouvoir adoucir par ses soins, son respect et son attachement, la cruelle position de la famille royale , pour me permettre de calculer les dangers qu'elle pouvait courir d'ailleurs. M? le Dauphin et Madame, qui me virent un moment d'incertitude, se jetèrent à mon coti, me demandant avec instance de leur donner leur chère Pauline, a Ne nous refusez pas, s'écria Madame, elle fera notre consolation, et je la traiterai comme ma sœur. » Il me fut impossible de résister à de pareilles instances; je recommandai tùa fille à la Providence, je témoignai à la Reine toute ma reconnaissance , et mon extrême désir de lui voir obtenir pour Pauline une faveur à laquelle elle attachait tant de prix. La Reine en. fit la demande à Pétion, qui l'accorda de bonne grâce, et qui me dit d'en-

^ ■ Le Conseil niTête que le Roi ne scili entouré que di* personnes dont le civisme n*est pas suspect. »

(Séance du Conseil général de la Commune. — IS août 1792.) ■ Arrête que toutes les personnes qui étaient ci-devant au serTice du Roi et de sa famille seront renvoyées, et que cette famille ne sera entourée que de gens choisis par M. le maire et le procureur de la Commune. »

(Séance du Conseil général de la Xlommune. — 13 août 1792.)

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Toyer chercher ma fille par son frère, qui la mènerait au <x>mit^ de TAssemblëe, où elle recevrait la permission dont elle avait besoin pour accompagner Leurs Majestés. Pauline éprouva la joie la plus vive en apprenant cette nouyelie , et se rendit sur-le-champ à TAssemblée avec mon fils, qui la remit ensuite entre mes mains. »

Le moment du départ arriva : il était cinq heures du soir. Une foule compacte obstruait le corridor intérieur et la cour des Feuillants. La famille royale et sa suite percent lentement ces flots ag^ités, et ne parviennent qu'avec peine jusqu'aux carrosses destinés à les transporter au Temple : c'étaient deux larges voitures de la cour attdées chacune de deux chevaux seulement ; le cocher et les valets de pied sont habillés de gris, et servent ce jour-là leurs maîtres pour la dernière fois. Le Roi , la Reine, M. le Dauphin et Madame se placent dans le fond de la première voiture; Madame Elisabeth , la princesse de Lamballe et Pétion sur le devant ; madame de Tourzel et sa fille à l'une de3 dt>ttx portières, et Manuel à l'autre avec Michel, officier municipal. Celui-ci, le maire de Paris et le procureur de la Commime , ont le chapeau sur la tête. Dans le second carrosse s'installent, avec la suite du Roi, les deux officiers municipaux. Des gardes nationaux à pied escortent , les armes renversées, ces deux voitures encombrées, autour desquelles rugit une multitude innombrable diversement armée, mais unanime dans ses hurlements de menaces et d'imprécations. Les légions qui forment la haie n'imposent aucun ordre à ce tumulte, aucun silence à ces vociférations. Ainsi, ce que le procureur de la Commune avait annoncé se réalise au delà de ses vœux : une populace ivre de fureur et de joie accable d'affronts cette royauté condamnée, qu'il est chargé de conduire lui-même à un supplice inconnu. Au milieu de la place Vendôme on arrête quelques instants la voiture , pour que le descendant dégradé des Rois forts puisse contempler à loisir la statue équestre de Louis le Grand, renversée de son piédestal,

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