LIVRE VI. — le; temple. i
dénomination ambitieuse appliquée à un hôtel peu élevé et peu étendu qui, bien que placé entre une cour et un jardin, n'avait rien de princier ni de seigneurial. Il a été démoli en 1853.
Au-dessus des bâtiments informes qui lui étaient contigus, on distinguait une tour très-élevée , de forme carrée , et flanquée de tourelles. C'est cette tour que la Commune de Paris destinait à être la prison de Louis XYI et de sa famille : pour la première fois le peuple regretta d'avoir démoli la Bastille.
On a vu que Louis XYI arriva au Temple à sept heures du soir. Le Roi se persuada que le palais du Temple serait désormais sa demeure : il en visita les appartements, et se plut à en faire d'avance la distribution dans sa pensée. Tandis qu'il s'abandonnait à' cette dernière illusion, Santerre faisait garnir de factionnaires les cours, les portes, les dépendances du Temple ; et les personnes du jervice préparaient, d'après l'ordre des officiers municipaux, le coucher de la tamille royale dans la petite tour. Ce n'est qu'après le souper, qui eut lieu à dix heures , que Manuel prévint le Roi de c^s dernières dispositions, et offrit de le conduire, lui et sa famille, dans les appartements qui. leur étaient provisoirement destinés, jusqu'à ce que la grande tour fût prête pour les recevoir. « En attendant, lui dit-il, vous pourrez habiter le palais pendant le jour et vous y réunir en famille. «^ Louis ne répondit rien : avec une dignité calme et en apparence indifS^rente , il répéta à la Reine ce qu'il venait d'entendre ; et, à la lueur des lanternes que portaient les municig^ux, les prisonniers hirent conduits à la petite tour, dans le logement précédemment occupé par le garde des archives de l'ordre de Malte, M. Berthélemy, logement que nous riions faire connaître , et par une description détaillée et par un plan explicatif.
La petite tour était adossée à la grande , sans communication intérieure, et elle formait un carré long, flanqué de
deux tourelles. Prëcëdée de quatre marches extérieures, la porte d'entrée, étroite et basse, s'ouvrait sur un palier auquel , à une certaine distance , attenait l'escalier taillé en coquille de limaçon. Cette porte, jugée trop frêle, fut, dès le lendemain , raffermie par de fortes traverses et garnie d'une grosse serrure apportée des prisons du Gliàtelet. Â gauche en entrant était la loge de deux cerbères à face humaine, cliargës par la Commune de la garde et du service de la porte ; l'un se nommait Bisbey, l'autre Rocher.
Il n'y avait au rez-de-chaussée qu'une grande pièce qui servait d'entrepôt aux archives, et une cuisine dont on ne fit aucun usage. Le corps de bâtiment avait quatre étages.
Le premier se composait d'une antichambre et d'une salle à manger qui communiquait à un cabinet pris dans la tourelle, où se trouvait une bibliothèque, de douze à quinze cents volumes. Cette salle servit de chambre à coucher aux dames Thibaud , Basire et Navarre , pendant le peu de jours qu'elles restèrent au Temple.
L'escalier s'élevait en tournant. Large à son point de départ jusqu'au premier étage , il se rétrécissait en montant au second.
Voici quelle était la distribution du second étage : on entrait dans une antichambre fort obscure, où couchait la princesse de Lamballe. A gauche , la Beine occupait avec sa fille une chambre dont la fenêtre donnait sur le jardin : c'était ordinairement dans cette chambre , moins triste que les autres, que la famille royale passait presque toute la journée. A droite, le Prince Boyal, madame de Tourzel et la dame Saint-Brice, couchaient dans la même chambre. Il fallait traverser cette pièce pour entrer dans le cabinet de la tourelle, qui servait de garde-robe à tout ce corps de bàti- .ment, et qui était commun à la famille royale, aux municipaux et aux soldats.
La mesure décrétée par l'Assemblée nationale , sur la proposition de la Commune, pour affecter le Temple au séjour