‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 124 sur 264 · LIVRE VI. — LE TEMPLE. tW · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LE TEMPLE. tW

sif de petite dimension , surmonté de deux autres tourelles beaucoup plus basses; un large fosse complétait les moyens défensifs de la forteresse, entourait le bâtiment de toutes parts et l'isolait des jardins.

La grosse tour était affectée au trésor et à l'arsenal de Tordre , et trois des quatre tourelles des angles servaient de prison aux chevaliers qui avaient enfreint la discipline monastique ou militaire; la quatrième contenait l'escalier. Cette maison devjnt la principale de l'ordre. L'église, d'une architecture assez grossière, avait été élevée, dit-on, sur le modèle de celle de Saint-Jean à Jérusalem. C'est dans cettQ église qu'avait lieu la réception des Templiers, et qu'eut lieu plus tard celle des chevaliers de Malte. Malgré les édifices et les cultures dont l'enceinte du Temple était chargée, l'esplanade était assez vaste pour permettre à quatre cents hommes, armés de leurs arbalètes et de leurs hallebardes, d'y manœuvrer librement.

En récompense des travaux gigantesques qu'ils avaient exécutés et des nouveaux moyens de défense qu'ils venaient d'apporter à la grande ville, le roi Philippe III accorda aux Templiers de Pçris le privilège de droits juridiques tout à fait indépendants et fdrt étendus. Leur échelle de justice s'élevait sur l'mnplacement qui touche aujourd'hui à la rue du Temple et à la rue des Yieilles-Haudriettes ; c'était la marque de la juridiction de la commanderie du Temple. La charte royale datée du mois d'août 1279 leur octroie le <^oit de moyenne et basse justice depuis la porte Barbette, se réser^ vont la haute justice jusqu'à la porte du Temple^ et au regard des lieux qui sont hors la ville, leur donne haute, moyenne et basse justice, depuis la même porte Barbette, tirant au chemin de la Courtille vers la porte du Temple ^ avec pouvoir de faire porter à leurs gens des armes et les autres attributions néces* saires pour faire exécuter la justice.

En 1792, l'enclos du Temple était loin d'avoir conservé l'étendue qu'il avait à l'époque où il était livré à la culture :

la Tille de Paris, en s'avançant vers le nord-est, en avait de siècle en siècle rétréci l'enceinte et avait fini par l'environner de tous côtés; mais il formait encore une sorte de petite ville à part ; aussi lui donnait-on quelquefois le nom de Ville- Neuve du Temple, et ses portes se fermaient tous les soirs. Sfis rues étroites étaient encombrées d'une nombreuse population, composée en général d'ouvriers et de familles de débiteurs, qui, resserrés sur ce point, faisaient du Temple un quartier mal aéré et triste à la vue. Cependant, depuis que la plus grande partie de l'enclos avait été vendue (en 1779), la nouvelle administration avait entrepris l'assainissement de ce quartier. Quelques chétives baraques détruites, quelques murs inutiles abattus, avaient donné passage à l'air et au soleil. La Rotonde, grande maison ovale, avait été élevée en 1781, et déjà le terrain placé entre elle et la rue du Temple se déblayait peu à peu , pour faire place à la halle au vieux linge que l'on y voit aujourd'hui : étranges magasins, bâtis (en 1809) en lignes parallèles; maisons de friperie, où le pauvre vient s'habiller comme au temps de l'âge d'or, où chaque lambeau de la plus opulente garderobe passe aux épaules du plus mince propriétaire ; étonnant bazar, servant de boudoir pour la toilette de la misère.

L'enclos du Temple proprement dit n'avait plus guère, à cette époque, que cent toises environ sur sa plus grande longueur, et autant à peu près sur sa plus grande largeur ; le reste était couché sous les pavés et sous les maisons de la grande ville, avec ses baraques , ses jardins et son cimetière. Il y a peu d'années qu'en creusant un nouvel égout dans la rue des Enfants rouges, on a trouvé un cercueil qui renfermait le corps d'un homme, revêtu de l'ancienne robe des Templiers. La riche agrafe qui ornait le manteau de ce chevaher fit supposer que Ton venait de découvrir les restes d'un commandeur de l'ordre du Temple.

Dans un des angles de cette enceinte se trouvait le château du Temple, autrement appelé le Palais du Grand Prieur,

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