LIVRE VI. — LE TEMPLE
Rotonde, le point d'habitation le plus voisin , furent masquées. Les travaux de tout genre nécessitèrent des dépenses considérables ' ; la révolution se trouvait généreuse quand il s'agissait d'assurer la captivité du Roi.
La famille royale voyait ainsi , chaque jour, travailler à sa prison.
Elle était arrivée au Temple dans un dénûment absolu de toutes choses. Il lui fallut avoir avec le dehors, tantôt pour un objet, tantôt pour un autre, des relations gênées par mille entraves et qui devinrent bientôt suspectes. Les personnes qui avaient eu le touchant privilège de la suivre dans le malheur furent dénoncées à la Commune, et celle--ci , dans sa séance du 1 7 août , ordonna leur enlèvement de la tour. La notification de cet arrêté fut transmise le lendemain au Temple par deux officiers municipaux. C'était à l'heure du dîner, à deux heures; la famille royale était comme de coutume à table dans la chambre du Roi , au troisième étage. «Messieurs, répondit ce prince, c'est en vertu d'un ordre du maire que ces personnes m'ont suivi , moi et ma famille. — N'importe, répliquèrent les commissaires, le nouvel ordre que nous apportons annule le premier; la Commune choisira d'autres personnes pour vous servir. » ( Il parait qu'on avait l'intention d'entourer la famille royale de femmes et de parents de municipaux.) — « Messieurs, dit le Roi , si l'on persiste dans le dessein d'éloigner de nous les serviteurs qui nous restent ici , je déclare que ma famille et moi nous nous servirons nous-mêmes. Qu'on ne me présente donc qui que ce soit. — Nous allons, répondirent les mandataires de la Commune, rendre compte du résultat de notre mission' au conseil général. » Et ils se retirèrent. Manuel vint au Temple vers cinq heures ; il parut sensible au chagrin que le Roi et la Reine lui témoignèrent de voir s'éloigner d'eux les per-
* Les Registres de ia Commune et les Archives de l'Empire, qui contien-» nent les notes acquittées, en font foi.
sonnes qui leur étaient attachées, et il promit d'employer ses efforts à faire suspendre la mesure qui venait d'être prise. Il sortit pour aller directement conférer sur cet objet avec le conseil de la Commune.* Le soir même, deux envoyés municipaux se présentèrent dans la tour; ils prirent par écrit le nom de la princesse de Lamballe , de madame et de mademoiselle de Tourzel , celui de toutes les personnes du service de la famille royale , et sans s'expliquer sur les n^otifs de cet acte, ils se retirèrent. Dans la nuit du 19 au 20, ces deux officiers municipaux se présentèrent de nouveau, chargés d'emmener toutes les personnes qui n'étaient pas membres de la famille Capet, La Reine s'opposa au départ de madame de Lumballe, déclarant qu'elle était sa parente, et que l'arrêt de la Commune ne pouvait la concerner. Mais « il n'y avait qu'à obéir dans la position où nous étions, rapporte madame de Tourzel. Nous nous habillâmes et nous passâmes ensuite chez la Reine , entre les mains de laquelle je remis ce cher petit Prince , dont on porta le lit dans sa chambre sans qu'il se fût réveillé. Je m'abstins de le regarder, afin de ne pas ébranler le courage dont nous allions avoir tant besoin, pour ne donner aucune prise sur nous, et revenir reprendre, s'il était possible, une place que nous quittions avec tant de regret. La Reine vint sur-le-champ dans la chambre de madame la princesse de Lamballe, dont elle se sépara avec une vive douleur. Elle nous témoigna, à Pauline et à moi, la sensibilité la plus touchante , et me dit tout bas : « Si nous ne sommes pas assez heureux pour vous revoir, soignez bien madame de Lamballe. Dans toutes les occasions essentielles prenez la parole, et évitez -lui autant que possible d'avoir à répondre h des questions captieuses et embarrassantes.» Madame était tout interdite et bien effrayée de nous voir em-* mener. Madame Elisabeth arriva de son côté , et se joignit à la Reine pour nous encourager. Nous embrassâmes pour la dernière fois ces augustes princesses, et nous nous arrachâmes, la mort dans l'âme , d'un lieu qui nous rendait si