‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 129 sur 264 · LIVRE VI. — LE TEMPLE. Î · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LE TEMPLE. Î

chère la pensée de pouvoir être de quelque consolation à nos malheureux souverains.

« Nous traversâmes les souterrains à la lueur des flambeaux ; trois fiacres nous attendaient dans la cour. Madame la princesse de Lambalie , ma fille Pauline et moi , montâmes dans le premier, les femmes de la famille royale dans le second , et MM. de Ghamilly et Hue dans le troisième. Un municipal était dans chaque voiture, qui était escortée par des gendarmes et entourée de flambeaux. Rien ne ressemblait plus à une pompe funèbre que notre translation du Temple à l'Hôtel de ville'.»

Les municipaux avaient dit à toutes ces personnes qu'on emmenait ainsi «à la barre de la Commune qu'elles reviendraient au Temple après avoir été interrogées ; mais il n'y eut que M. Hue, qui, le 20 août, fut ramené au Temple : il ignorait le sort de ses compagnons , cependant il rapportait l'espoir qu'ils seraient comme lui réintégriés à la Tour'. Cet espoir ne devait pas se réaliser. Dans Taprès-midi , vers six heures. Manuel se présenta : il dit au Roi qu'il n'avait point réussi dans ses démarches, et qu'il avait le regret de lui an** noncer, de la part de la Commune , que madame de Lambalie , madame et mademoiselle de Tourzel , Ghamilly et les Femmes de chambre , ne rentreraient point au Temple. — « Que sont-ils devenus? demanda Louis. — • Ils sont prisonniers à l'hôtel de la Force, répondit Manuel. — Que fera-* t*on, reprit le Roi en regardant M. Hue, du dernier ser^» viteur qui me reste ici? — La Commune veut vous le laisser, dit Manuel; et comme il ne saurait suffire à votre service ^ elle enverra des gens pour l'aider. — Je n'en veux pas; si

' Mémoires incdtU.

2 Le municipal qui le ramtna à la Tour appartenait au parti modéré. Interrogé dans le trajet par M. Hue sur le sort des personnes arrêtées avec lui et conduites comme lui à TUôtel de ville : > Mes collègues, réj)ondit Tofficier municipal, avaient passé plusieurs nuits sans dormir, ils ont été prendre quelque repos ; mais ce soir rassemblée sera complète , et statuera sur le sort de CCS personnes. Leur interrogatoire est closi; je présume qu'elles seront renvoyées à leur service. • — Ce municipal s'appelait Michel.

celui-ci ne nous suffit pas, nous suppléerons nous-ipémes à ce qu'il ne pourra faire. A Dieu ne plaise que nous donnions volontairement aux personnes dévouées qu'on nous enlève, le chagrin de se voir remplacées par d'autres ! »

La «joie du Prince Royal de revoir M. Hue avait été vive; sa déception fut pénible en voyant la Reine et Madame Elisabeth préparer pour les nouveaux prisonniers de la Force les choses qui leur étaient le plus nécessaires. Manuel s'étonnait de voir ces deux princesses faire des paquets de linge , avec un empressement cordial, avec une simplicité naturelle. Il comprit que , comme le Roi l'avait déclaré , la race qui avait commandé au monde était capable de se servir ellemême. Quant au petit Prince, attristé de ^:es apprêts qui annonçaient une absence prolongée, il s'écriait avec chagrin : « Mais pourquoi donc empéche-t-on madame de Tourzel de revenir? » — - Son petit lit, dès la nuit précédente, avait été placé dans la ôhambre de sa mère, et le 21 , après les pénibles nouvelles apportées par Manuel, Madame Elisabeth quitta son logement du second étage, qui était, comme nous l'avons dit, une ancienne cuisine; elle descendit s'installer dans la chambre déserte du Dauphin, et Madame Royale, qui jusquelà avait passé les nuits près de sa mère, vint s'établir auprès de sa tante.

Voici comment la journée s'écoulait dans la colonie royale, entre les regrets du passé et les appréhensions de l'avenir.

Louis XVI se levait entre six et sept heiu*es; il se rasait lui-même , s'habillait, et passait aussitôt dans le cabinet de la tourelle attenant à ,jsa chambre , s'y renfermait , récitait ses prières, et lisait/jtiâqo'au moment du déjeuner. Cette pièce étant très-petite V Iç piunicipal restait dans la chambre à coucher, la porte entr'ouverte , a^^ d'avoir toujours les yeux sur le Roi. Le pieux monarque priait à genoux pendant cinq ou six minutes, et lisait ensuite jusqu a neuf heures.

Pendant ce temps. Hue disposait la chambre, préparait la table pour le déjeuner, puis descendait chez la Reine.

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