‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 140 sur 264 · LIVRE Vr. — LE TEMPLE · texte numérisé non relu

LIVRE Vr. — LE TEMPLE

jovrs! — De quel droit m'arréCez-vous? demanda M. Hue; où prétendez-TOtts me conduire? — Je n'ai pas de compte à te rendre, répondit Mathieu, j'ai mes ordres. » M. Hue Toahit monter dans sa chambre; Mathieu ie saisit par le bra» : « Il ne t'est permis d'y aller qu'avec moi : reste là, tu es sous ma garde. » Deux minutes après, ils montèrent ensemble : Hue voulant emporter avec lui quetqne peu de linge et des rasoirs. « Point de rasoirs, dit le munidpal, où je vsàs te mener, on te rasera ; je peux même t'assurer que les barbiers ne te manqueront pas. v — Hue gardft le silence, persuadé qn'il aHait droit à Téchafoud. Les scellés furent mis aussitôt sur le cabinet qu'il occupait. Descendu dans la chambre de la Reine, il rendit au Roi, avec la permîssfon des municipaux, quelqoes papiers qui le concernaient, c Hélas! kii dit Louis XYI le cœur navré, ie peu d'argent qui vous restait, vous l'avez avancé poar moi, aujourd'hui vous partez et vous êtes sans ressource ! — Sire , je n'ai besoin de rien , » répondit le fidèle serviteur suffoqué par les sanglots. Chaque personne de la famille «royale lui témoigna on affectueux intérêt. Cette scène attendrissante pouvait avoir de funestes effets, Hue l'abrégea par un nouvel effbil : ft Je suis prêt à vous suivre, • dit-il à ses conducteurs^. En se retirant, Mathieu dit à Cléry : « Prenez garde à la manière dont vous vous conduirez , il vous en arriverait autant. »

An bas de la tour, deux gendarmes se joignirent à Mathieu, et montèrent avec lui et M. Hue dans une voiture de place. Sur le chemin qu'ils parcoururent, quel épouvantable spectacle frappa les regards de leur prisonnier ! Les passants fuyaient avec effroi ; on fermait avec précipitation les portes, les fenêtres et les boutiques ; chacun se réfugiait dans l'endroit le plus reculé de sa demeure. On entendait les rugissements des assassins et les cris des victimes ; des

* Toii« ces détails sont relatés dans l'ouvrage de M. Hue, Dernières annéet de Louis XVI, ^ éJh., pages 361 et 36Î.

monstres couverts de san{[ , armés de bâtons et de coutelas, parcouraient les rues, promenant en triomphe au bout de leurs piques des lambeaux de corps humains. Arrivée à la place de Grève, la voiture s'arrêta; il devenait impossible - de fendre les flots d'une multitude compacte, agitée comme une mer et brandissant dans Tair des piques, des sabres et des fusils. On fit descendre le captif, et on le conduisit à rilùtel de ville à travers une foule frémissante, d*où sortaient avec mille hurlements ces mots : « Voilà du gibier de guillotine, c'est le valet de chambre du tyran ! •

Hue resta calme : un cœur dévoué est toujours brave; le sien avait accepté le sacrifice de sa vie, et il était résolu de l'accomplir avec honneur. Entré dans la salle de la Commune, on le place auprès du président. A quelques pas était Santerre. Ce commandant de la milice parisienne écoutait, d'un air grave et capable, les plans que des gens à moitié ivres développaient devant lui pour arrêter les armées étrangères : les uns, d'un air rusé, expliquaient les roueries différentes de leurs opérations stratégiques ; les autres prenaient la ligne droite, et, tout franchement, proposaient de se lever en masse pour marcher à l'ennemi. Au parquet, place ordinaire du procureur de la Commune, s'agitait Biliaud- Varennes, l'un des substituts, et près de lui Robespierre, criant, donnont des ordres et paraissant très-animé.

Dans cette salle et dans les pièces voisines le tumulte était extrême. Au miUeu de ce désordre, le président interroge l'accusé. Avant que celui-ci puisse répondre, on crie de toutes parts : A l'Abbaye ! à la Force ! Dans ce moment on y massacrait les prisonniers.

Le calme se rétablit, l'interrogatoire commence. Des faits, la plupart imaginaires, sont reprochés. « Tu as, dit l'un des municipaux, fait entrer dans la tour du Temple une malle renfermant des rubans tricolores et divers déguisements; c'était pour faire évader la famille royale. — J'ai entendu, s'écrie un autre, le Roi lui dire quarante-cinq et la Reine cin-

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