LIVRE VI. — LE TEMPLE
coalises étaient représentés sous les couleurs les plus alarmantes : les journalistes leur attribuaient des projets bien autrement menaçants encore que tous ceux qu'avait révélés le violent manifeste du duc de Brunswick. Ils disaient gue Vennemi négligerait les pinces fortes pour marcher directement sur Paris, gu'on attaquerait d'abord par la famine; que, la ville prisey les habitants seraient conduits en rase campagne et tous les révolutionnaires suppliciés. Mille frayeurs agitaient la France; les acteurs du 10 août tremblaient devant les vengeances des royalistes, les débris du régiment de Flandre et des gardes françaises devant le civisme de la garde nationale, et la garde nationale devant le ftinatisme des fédérés bretons et marseillais. Toutes les autorités se jalousaient, tous les partis se craignaient; les bruits les plus inquiétants circulaient. Des députés proposaient à TAssemblée de se retirer à Saumur; mais l'homme qui avait dit : « Il fout de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace ! «s'écria de sa voix de tonnerre : « On vous dit qu'il faut faire ceci, qu'il faut faire cela; moi je ne vous dis qu'une chose : il faut terrifier les royalistes. » Ce fut là le programme des journées de septembre'.
^ Et Danton a bien mis à exécation ce programme lorsqu'il signa , comme ministre de la justice, la fameuse circulaire adressée, lo 3 septembre, par le comité de surYeillance de la Commune à toutes les municipalités des villes, {K>ur les inviter 5 suivre Tciiemple de la capiule :
' • La Commune de Paris se hâte d'informer $es frères de tous les départements qu'une partie des conspirateurs féroces détenus dans les prisons a été miitc à mort par le peuple; acte de justice qui lui a paru indispensable ])Our retenir par la terreur ces légions de traîtres cachés dans ses murs, au moment où il allait marcher a l'ennemi; et sans doute la nation entière, après la Ion- . gue suite de trahisons qui l'ont conduite sur les boixls de l'abîme, s'rmpressera d'adopter ce moyen si nécessaire de salut public, et tous les Français s'écrieront comme les Parisiens : Nous marchons à l'ennemi, mais nous ne laisserons pas derrière nous des brigands pour égorger nos femmes et nos cnfîuits. •
Cette circulaire, signée de
Pawis, Sbugeïit, Mahat, de Fobgas, Lpxlerc, Cellt, J. Duflaix, l'e?tfa!it, joi'rdeuil ct du foiitiie , étiiit envoyée dans les provinces sous le contre -seing du ministre de la justice. Dartox.
Le 2 septembre, il y avait une g^rande fermentation autour du Temple. Cependant tout était encore calme au dedans, et comme c'était le dimanche, et qu'il faisait un temps superbe, le Boi et sa famille descendirent encore après dîner pour se promener au jardin. Cléry, dès le matin, avait remarque l'air inquiet des municipaux; marchant derrière eux à la suite du Hoi, il entend un d'eux dire à ses collègues : « Nous avons mal fait de consentir à les promener cette aprèsdinée. » Il était près de cinq heures. Tout à coup on entend battre la générale. Les commissaires font rentrer Louis XY I et sa famille avec précipitation ; deux autres commissaires, sortant du palais du Temple , s'élancent sur leurs pas, et à peine sont-ils réunis dans la chambre de la Reine qu'un d'eux, nommé Mathieu S s' adressant au Roi : « Vous ignorez* monsieur, ce qui se passe, s'écrte^t-il ; on bat la générale dans tous les quartiers, on a tiré le canon d'alarme, le peuple est en fureur et veut se venger. Ce n'était point assez d'avoir assassiné nos frères le 10 août, d'avoir employé contre eux des balles mâchées, comme on en a ramassé des milliers dans les Tuileries ; c'est vous qui iiiites encore marcher contre nous un ennemi féroce qui menace de nous égorger, nous, nos femmes et nos enfants. Le Roi de Prusse marche sur Ghâlons. Notre mort est jurée, noua le savons; mais, avant qu'elle nous atteigne, vous et votre famille périrez de la main même des officiers municipaux qui vous gardent. 'Cependant, il en est temps encore; et, si vous voulez, vous
pouvez — J'ai tout fait pour le bonheur du peuple,
répondit le Roi , i! ne me reste plus rien à faire. »
Pendant l'allocution du commissaire, Hue était accouru et s'était placé auprès de son maître. Le Roi à peine avait répondu que Matlûeu reprit : « Je vous arrête. — ^Qui? moi! dit Louis XVL — Non , votre valet de chambre. — Qu'a4-il fait? Il m'est attaché, voilà son crime. N'attentez pas à ses
^ M. Hue dit que c'était un ex-capuctn. Dernières années de Louis XVI, 2« édit., page 359.