‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 148 sur 264 · LIVRE VI. — LE TEMPLE. S · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LE TEMPLE. S

mit à la croisée» d'autres dirent qu'il fallait monter si elle ne se montrait pas, et lui faire baiser la tête

» Nous nous jetâmes au^évant de ces forcenés » les assurant qu'ils n'exécuteraient leurs afireux projets qu'après avoir passé sur le corps de leurs magistrats. Un de ces malheureux dit que je tenais le parti du tyran y et vint sur moi avec sa pique, et avec tant de fureur , que j'eusse infailliblement tombé sous ses coups si j'eusse montré de la faiblesse, et si un citoyen ne s'était jeté au*devant de lui , en lui représentant qu'à ma place il serait forcé d'agir comme moi. Mon air calme lui en imposa , et, en sortant, il fut le premier h m'embrasser, en disant que j'étais un luron.

» Cependant deux commissaires s'étaient jetés uu-devant du premier guichet de la tour pour en défendre l'approche avec le courage du dévonement. Voyant alors qu'ils ne pouvaient rien obtenir de nous , ils firent des imprécations horribles; les termes les plus obscènes et les plus dégoûtants furent vomis avec des hurlements affreux ; c'était le dernier soupir de la fureur, nous le laissâmes s'exhaler.

» Mais craignant enfin que la scène n'amenât un dénoùment digne des acteurs, je pris le parti de les haranguer encore. Mais que dire , et quel chemin conduit à ces cœurs dégradés? J'appelle leur attention par des gestes; ils regardent et écoutent. Je loue leur courage, leurs exploits, j'en fais des héros; puis, les voyant s'adoucir, je mêle par degrés le reproche à la louange. Je leur dis que les dépouilles qu'ils portaient étaient la propriété de tous. De quel droit, ajoutai«-je, prétendez-vous seuls jouir de votre conquête? n'appartient-elle pas à tout Paris, et devez-vous le priver du plaisir de partager votre triomphe ? La nuit bientôt s'avance, hâtez*- vous donc de quitter cette enceinte, trop resserrée pour votre gloire. C'est au Palais-Royal, c'est au jardin des Tuileries, où 4ant de fois a été foulée aux pieds la souveraineté du peuple, que vous devez planter ce trophée coDune un monument étemel de la victoire que vous venez de remporter.

tM LOUIS XVIf.

» Des cris : Au Palais^Royal ! m'annoncent que ma ridicule haran{pie était goûtée. Ils sortent , et nous remplissent de sang et de vin par les plus horribles embrassades.

» Cependant l'Assemblée législative envoie les six commissaires que nous lui avions demandés. Ils apprennent avec plaisir la fausseté des bruits déjà répandus , et nous témoignent ^ au nom du Corps législatif, leur satisfaction delà conduite que nous avions tenue.

» A peine les commissaires étaient sortis, que le maire Pétion arrive. Il paraissait désespéré de ce que nous avions laissé baiser la tète de la Lamballe à Marie-Antoinette. « Jamais des magistrats, disait-il, n'auraient dû souffrir une pareille horreur. » Il fut charmé d'apprendre non-seulement que personne n'était entré dans la tour, mais encore que les commissaires qui étaient près des détenus n'avaient pas même souffert qu'ils s'approchassent des croisées, pour savoir d'où provenait le bruit qu'on entendait dans le jardin ; ils les avaient fait tout de suite passer dans une autre pièce sur le derrière, »

Nous compléterons ce tableau par quelques détails qui nous ont également été fournis par des témoins oculaires.

Sur le seuil de la porte extérieure du Temple se tenaient habituellement deux hommes , tirés de la dernière lie de la populace , espèce de surveillants , dont les fonctions se trouvaient caractérisées par le nom qu'on leur donnait au Temple, les fouilleurs. L'un d'eux portait un grand sabre, avec une bandoulière aux trois couleurs, homme robuste et dans la force de l'âge, à l'air ignoble, à longues moustaches rouges, redingote brune et bonnet écarlàte. C'est sur sa chaise que l'orateur dont on vient de lire le récit était monté pour débiter sa harangue. Quand il l'eut terminée, et dès que les délégués de la multitude furent autorisés à entrer dans l'enceinte du Temple, au lieu de six, douze à quinze y pénétrèrent ; le dernier tenait à la main le cœur de madame de daiaballe, et c'est h ce passe-port sanglant qu'il dut son

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