LIVRE VI. — LE TEMPLE. Î
garde nationale rangée en haie sans armes depuis la porte extérieure jusqu'à la seconde porte , les confirma dans cette opinion.
» Cependant toutes les armes, portes et avenues étaient bien gardées, crainte de surprise.
» On entend ces cris tumultueux et prolongés : Les voici!
» Une ceinture tricolore attachée a la hâte au-devant de la porte y sur la rue , est le seul rempart que le magistrat yetit opposer à ce torrent que rien ne semble pouvoir contenir. Une chaise est placée derrière; j'y monte; j'attends; arrive la cohorte sanglante.
» A l'aspect du signe révéré, ces cœurs, gros de sang et de vin, semblent déposer la fureur homicide pour faire place au respect national. Chacun emploie ce qu'il a de force pour empêcher la violation de la barrière sacrée. La toucher leur semblerait un crime... Ils veulent paraître, ils se croient vertueux, tant l'opinion, qui est la morale publique, a d'empire sur celui même qui, toui en l'outrageant, lui rend un éclatant hommage! Deux individus traînaient par les jambes un corps nu, sans tête, le dos 'contre, terre et le ventre ouvert jusqu'à la poitrine. On fait halte devant la tribune chancelante, au pied de laquelle ce cadavre est étalé avec appareil et les membres arrangés avec une espèce d'art, et surtool un sang-froid qui laisse un vaste champ aux méditations du sage. »
Si quelque chose est digne des méditations du sage , c'est la réflexion et le rôle du triste narrateur de cette épouvantable scène, prêtre, instituteur de la jeunesse. La révolution , du reste , nous montre que tous les prêtres de cette époque qui avaient apostasie le sacerdoce, avaient atteint le dernier degré du sang-froid dans le mal, en conservant le langage de la philosophie et de la vertu.
« A ma droite , continue Danjou , au bout d'une pique était une tête qui souvent touchait mon visage par les mou-
vemeots que faisait le porteur en gesticulant. A ma gaudie, un aulre, plus horrible, tenait suspendu à une pique, au4essus de mon front^ un lambeau de chemise trempé de sang et de fange.
» Le bras droit étendu depuis leur arrivée, sans faire aucun signe ni mouvement, j'attendais le silence ; je Tobtins.
» Je leur dis que les magistrats choisis par eux étaient chargés par T Assemblée nationale d'un dépôt dont ils lui devaient compte, ainsi qu'à la France entière, et qu'as avaient juré de le remettre tel qu'ils l'avaient reçu ; qu'en vain on nous avait dit qu'ils en voulaient aux détenus, afin de leur opposer la force des armes; que cette mesure avait été rejetée avec horreur, persuadés comme nous l'étions qu'il suffisait à des Français de leur faire entendre le langage de la justice pour en être écouté. Je leur 6s sentir combien il serait impolitique de se priver d'otages aussi précieux au moment où l'ennemi était maître de nos frontières. D'un autre côté, ne serait-ce pas démontrer leur innocence que de ne pas oser les juger? Combien, ajoutai-je, il est plus digne d'un grand peuple de frapper sur l'échafaud un roi coupable de trahison ! Cet exemple -salutaire , en portant un juste effroi dans Tàme des tyrans, imprimera dans celle des peuples un respect religieux pour notre nation , etc. Je terminai en les invitant à se prémunir contre les conseils de quelques méchants qui voudraient porter les Parisiens à des excèt, afin de les calomnier ensuite dans l'esprit de leurs frères des départements , et , pour leur témoigner la confiance du conseil en leur sagesse, je leur dis qu'il avait arrêté que six d'entre eux seraient admis à feire le tour du jardin , les conmiissaires à leur tête.
» La barrière est à l'instant soulevée, et ils entrèrent avec les dépouilles environ une douzaine, que nous conduisîmes avec assez d'obéissance jusqu'auprès de la tour; mais, les ouvriers s'étant mêlés à eux , il fîit plus difficile de Tes contenir. Quelques voix ayant demandé que Marie-Antoinette se