‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 150 sur 264 · LIVRE VI. — LE TEMPLE. Î · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LE TEMPLE. Î

de ses enfants , et passe avec la famille royale dans la chambre de Madame Elisabeth , d'où l'on entendait moins les clameurs du peuple. Ces cris de rage et de mort, qui célébraient le meurtre conunis et convoitaient un nouveau meurtre , ces scènes de fange et de sang durèrent jusqu'au soir. Le bruit s'en était répandu au loin , et de tous les côtés le peuple se portait vers le Temple , ménie après le départ du cortège venu de la Force. Des secours, à trois reprisés réclamés de la Commune par les municipaux, furent en vain attendus pendant six heures ; pendant six heures il fut incertain si la famille royale ne serait pas massacrée ; pendant six heures les hordes tumultueuses roulèrent et tourbillonnèrent dans tout le quartier, et la tour du Temple s'élevait comme un rocher au milieu de la mer agitée par la tempête.

Avant d'être recueillis par les soins pieux du duc de Pen<thièvre, le cadavre et la tête de la princesse de Lamballe eurent à divertir encore une populace immonde ; quant à son cœur, le hideux cannibale qui s'en était fait le maître se rendit , vers trois heures , chez le marchand de vin en face de la porte du Temple, où, trouvant un cuisinier moins scrupuleux que Meunier, il le fit cuire et le dévora avec avidité, en compagnie d'un camarade qu'il avait convié à pe festin. Maton de la Yarenne, qu'on ne doit pas lire sans précaution, prétend que ces deux misérables s'appelaient Fenot et Petit-Mamin ' ; les renseignements que nous avons recueillis sur Lebègue ne nous permettent guère de douter qu'il n'ait été l'un d'eux. Mais lés noms de tous les deux eussent-ils échappé à l'exécration du monde , ils n'auront point échappé eux-mêmes à la justice de Dieu *.

^ Histoire des événements qui ont eu Heu en France , de juin à septem^ bre 1792, m-8«. Paris, 1806, page 397.

3 Après la terreur, Lebègue 8*étaic établi, comme boucher, à Brie-Comte- Robert, où il était regardé comme un des principaux instruments des massacres de septembre. Et bien que, le 3 février 1808, un jugement de police, rendu par le tribunal de cette petite ville au profit de Lebègue, fît défense de le qualifier à Tavenir de septembriseur, il n*en resta pas moins dans le pays Tobjet de Taversion publique.

300 LOUIS XVIf.

Vers huit heures , tout se cahnait aux environs du Temple ; Gléry s'informait des événements de la journée , et le municipal qui le renseignait lui réclamait quarante-cinq sous qu*tl avait déboursés pour l'achat du ruban aux trois couleurs ^ .

Cléry trouva l'occasion en déshabillant le Roi de lui rapporter les détails qu'il venait d'apprendre. Louis lui demanda quels étaient ceux des municipaux qui, an dehors, avaient montré plus de fermeté pour empêcher le peuple d'envahir le Temple. Cléry lui cita Danjou, qui avait harangué la foule. Ce municipal se retrouvant de service à la tour quatre mois après, le Roi le remercia. Quant au commissaire qui s'était opposé il ce que lu famille royale regardât par la fenêtre le spectacle abominable qui était venu la chercher, Louis XVI n'avait pas attendu jusqu'au soir pour connaître son nom ; il le lui avait demandé lui-même, et, dans les derniers jours de sa vie, il exprimait encore à M. de Malesherbes combien il avait été touché de rencontrer une compassion au milieu de cette scène d'horreur, a Ne pouvant mieux faire, ajouta-t-il, je l'ai prié de me dire souvnom et son adresse. — L'avez-vous aussi, répliqua* Malesherbes , demandé à celui qui voulait vous entraîner à la fenêtre ? — Oh ! celui-là , répondit Louis XVI , je n'avais pas besoin de le connaître. »

Terminons, par ce mot qui honore l'humanité, une journée qui fait rougir l'histoire.

^ Mémoire de dépensée faites par Cléry, pour le service du Roi, pendant le mois de septembre 179S.

Page 1