LIVRE SEPTIEME
LA RÉPUBLIQUE PROCLAMÉE DEVANT LE TEMPLE. 4 septembre — 27 octobre 1792.
Pcnarie du Roi. — Joaeis du Prince Royal. — Les commiisaires du Temple. — Simon.
— Les guichetiers de la tour. — Quelques consolaiions. — Eatretien de Chaumettc et de Hue. — Avènement de la Convention. — Abolition de la royauté. — Sêrénilë de Louis XVI. — L'armoire de fer découverte. — Mot du Dauphin. On enlève à la famille royale tout moyen d'écrire. — Louis XVI transféré dans la grande tour.
— Turgy, Marchand et Chrétien. — Cléry devient suspect. — On enlève au Roi ses insignes. — On accorde des habits au Dauphin. — Arrestation de Cléry. — Sa réintégration an Temple. — La Reine, ses enfants et sa sœur vont habiter la grande tour.
— Le Dauphin séparé d'elle et remis à son père. — Paroles de cet enfant au maçon Mercerean.
Les massacres continuaient d'une manière systématique dans les prisons de Paris (mardi 4 septembre). La populace, qui s'était ruée au meurtre, n'avait point encore étanché la soif de sang dont elle était enflammée. Le calme rétabli dans le quartier du Temple et le silence des municipaux cachèrent à la famille royale une partie des horreurs de ces fatales journées ; mais ce qu'elle savait lui donnait l'idée ou le soupçon de ce qu'elle ne savait pas. Tout entière encore aux souvenirs déchirants de la veille, elle reprit la vie uniforme qu'elle avait adoptée dès le premier jour de sa captivité. Cléry remplaçait Hue; comme lui, valet de chambre du Roi et du Dauphin, pourvoyeur et intermédiaire de toutes les nouvelles, qu'elles vinssent d'un confident secret ou d'un crieur public, il était de plus le coiffeur de toute la famille. Après avoir fait la toilette du Roi et du jeune Prince, il arrangeait les cheveux de la Reine, et allait ensuite, pour le même service, dans la chambre de Madame Royale et de Madame Elisabeth. Ce moment de la toilette était un de ceux où il pouvait instruire les Princesses de ce qu'il avait appris. Un signe indiquait qu'il avait quelque chose à leur dire, et l'une
d'elles, causant avec le municipal, détournait son attention. Tison et sa femme, tout à fait en dehors des choses intimes, ne secondaient Glëry que dans le service des chambres : ils avaient le loisir de se livrer au rôle plus important qui leur avait été confie , celui de tout épier et de tout entendre , et surtout de voir ce qu'on voulait cacher. Ils étaient les yeux et les oreilles de la révolution dans le Temple.
Pour la première fois (et ce fut aussi la dernière) , le Roi toucha, le 4 septembre, un léger à -compte sur les ciruj cent mille livres que l'Assemblée nationale avait votées pour ses dépenses annuelles. Le secrétaire de Pétion lui apporta une somme de deux mille livres en assignats, dont il lui demanda un reçu. Tourmenté du souvenir de la dette qu'il avait contractée envers le plus fidèle et le plus affectueux serviteur, le Roi recommanda au messager de Pétion de remettre à M. Hue la somme de cinq cent vingt-six livres qu'il avait avancée pour son service ; le secrétaire et les commissaires le promirent. Louis XVI dicta alors en ces termes le reçu, qui fut écrit sur papier timbré et qu'il signa de sa main :
« Le Roi reconnaît avoir reçu de M. Pétion la somme de deux mille cinq cent vingt-six livres, y compris les cinq cent vingt-six livres que MM. les commissaires de la municipalité se sont chargés de remettre à M. Hue, qui les avait avancées pour le service du Roi. » Louis.
if A Paris, le 3 septembre 1792. ••
Plusieurs journaux publièrent à cette époque que le Roi , dans sa détresse, avait accepté un emprunt du maire de Paris. Le fait était exact : on en trouve la preuve dans un document qui établit que plus tard Pétion se fit rembourser de cette somme sur les cinq cent mille livres allouées au Roi par le décret du 12 août 1792 '.
1 Voici ce docament : nous avons laissé à la date du 4, indiquée par C3éry, le fait auquel il se rapporte.
« Je prie MM. les commissaires de la trésorerie nationale de faire payer au citoyen Pétion la somme de 2,526 livres , savoir : 2,000 livres ()Our se rem-