QUATRIÈME ÉTAGE
Le quatrième étage, ne devant pas être occupé , était resté dans sa simplicité primitive. Il paraissait plus grandiose que les autres étages, à cause de sa voûte élevée et de l'absence du pilier central arrêté sous le plancher qu'il soutenait. Quelques vieux meubles de rebut et quantité de planches étaient relégués dans les bas-côtés de cette vaste salle.
Entre les créneaux et le toit de la grande tour régnait une galerie qui sei'vait quelquefois de promenade. Les entre-deux des créneaux furent garnis, dans la suite, de planches, jalousies sans treillis , qui ne laissaient point au promeneur la possibilité de voir ou d'être vu.
Voilà quel était le palais définitif des rois de France , restauré par la truelle des révolutions.
Maintenant que nous avons esquissé la distribution intérieure de cet édifice , essayons de donner une idée générale de sa physionomie extérieure, un aperçu du personnel commis à sa garde et des dispositions prises par l'autorité républicaine.
A la grande porte de la rue du Temple était un portier nommé Darque, naguère bedeau du grand prieuré, homme simple et boç , qui n'avait pas la prétention de descendre du même sang que la glorieuse vierge d'Orléans , quoique souvent cette consonnance de noms lui attirât des plaisanteries grossières. Serviteur sexagénaire de l'hôtel de Conti , il avait été surpris par la révolution dans l'exercice de fonctions pai-
1 Archives de TEmpire, carton E, n« 6,206.
MO LOUIS XVIL
sibies et dans la quiétude de ses vieux jours. Du reste, il comprenait peu les choses qui se passaient alors sous ses yeux y et c'était un bienfait de la Providence ; les vicissitudes qui entratnaient les hommes et les dioses kii avaient laissé un abri sons le toit où il avait vieilli , et cela lut suffisait ; il se regardait comme étant partie intrinsèque du Temple.
Dans la loge de Darque pendait un cordon à sonnette correspondant par un fil de fer à l'intérieur de la salle du conseil, située, dès le premier jour de la détention du Roi , dans Tintérieur du palais du Temple , et , à dater du 8 décembre , au rcz-de-chanssée de la grosse tour. Un nombre de coups convenus révélait aux officiers municipaux préposés à la garde du Temple la nature des messages ou Timportance des visiteurs. Un carillon prolongé annonçait la venue d'une autorité supérieure. A ce bruit , les municipaux venaient eux-mêmes reconnaître les personnages puissants et les introduire , s'il y avait lieu. Ces membres de la Commune furent d'abord au nombre de huit , jour et nuit de service dans l'intérieur du Temple, un près de Louis XVI, un près de Marie-Aiitoinette , et les six autres composant le conseil de la garde du Temple. Deux couchaient dans l'antichambre du Roi , et deux dans celle de la Reine , les quatre autres dans la chambre du conseil. Ces huit commissaires, dont le service durait pendant quarante-huit heures, se renouvelaient chaque jour quatre par quatre, désignés par le sort dans le conseil de la Commune. Étant de service auprès des prisonniers, ils étaient tenus de ne répondre qu'aux questions vagues et sans importance qu'on leur faisait , et le plus laconiquement possible.
A droite et à gauche, dans la cour, s'élevaient plusieurs corps de bâtiment affectés à différents services : à droite était l'appartement de Jubaud , ancien concierge du palais ; le nouvel économe , du nom de Coru , occupa une partie de ce logement.
Dans le bâtiment de gauche , faisant face à l'habitation de
LIVRE VIII. — LA GHOSSE TOUR DU TEMPLE. 3H GorUy demeurait l'ancien suisse du château du Temple, nomme Cachet, protégé de M* le comte d'Artois , vieux déliris , comme Darque , de cet ancien régime sous lequel on buvait et l'on chantait, sans prévoir quel terrible visiteur viendrait briser les verres et interrompre les chansons. Les orages du temps avaient quelque peu assombri l'humeur joviale du vieux Cachet, mais ils n'avaient pas dérangé l'antique habitude qu'il avait prise de vendre à boire à ses voisins. Depuis 1784, sa petite industrie était exploitée par un vieux célibataire nommé Lefèvre , assez étranger au grand drame qui se jouait sous ses yeux ; Lefèvre ne voyait dans le passage au Temple des officiers municipaux et de la force armée qu'une chance heureuse pour son commerce , et, sans souhaiter malheur à la famille royale dont il avait reçu les bienfaits , il acceptait volontiers un état de choses qui achalandait son cabaret. La triste humanité est ainsi faite ; quand on n'est pas soutenu par un sentiment plus haut , on juge l'histoire générale au point de vue de sa propre histoire. On s'assemblait chez le père Lefèvre pour savoir ce qui se passait , pour converser sur les affaires du jour : c'était le ren* des-vous des nouvellistes du voisinage.
A gauche également , et sous le même toit que la huveUe du père Lefèvre (car c'est ainsi qu'on appelait cet établissement) , se trouvaient les cuisines qui alimentaient non-seulement les prisonniers , mais les commissaires de la Commune , les officiers , et dans la suite le poste tout entier de la force armée ; enfin tous les employés tenus par leur service à ne pas sortir du Temple
< Voici VhMX nominatif de tontes les personnes employées à la bouclie et à la sârecc de la maison du Temple pendant les premiers temps de la captivité de la famille royale. Mous mottoias en regard le traitement qui leur était aUoiié.
Gagnié ^, cbef de cuisine. 4,000 liv. par an.
Remy, chef d*office 3,000 —
Maçon , second chef d*office S,400 —
NÎTet, pâtissier 2,400 —
I Ci-devant employé k la bouehe dn Roi , aai Tuileries.
ML . LOdlS XVII.
Le palais ou château iaisait face à la porte d*entrée et fermait dans toute sa largeur la première cour. Dans le château était le grand poste du Temple. Il résulte des états journaliers du service de cette époque que la garde du Temple se composait de : 1 commandant général , 1 chef de légion ,
Meunier^ rôtiweur 1 S,MO lÎT.piraui.
Mauduit, argentier, homme du garde-manger 2,400 —
Penaat, gardon de cuisine 1,500 —
Marchand ', garçon servant 1,500 —
Tuiigy', id. i,500 —
Chrétien «, id. ; 1,500 —
Guiliot, garçon d'office 1,500 —
Adrien, laveiu* 1,800 —
Fontaine, garçon \ionr le service de la bouche 600 —
Tison, au service de Marie- Antoinette , d'Elisabeth et de
la fille d'Antoinette 6,000 —
La femme dudit Tison (Anne- Victoire Baudet) 3,000 —
Mathey, conciei|(e de la Tour 6,000 —
Rochez, guichetier 6,000 —
Risbey, id 6,000 —
Richard-Fontaine ^ , gardien du guichet entra le Château
et la Tour 3,000 —
Mancel*, d'abord balayeur, depuis collègue de Richard- Fontaine, aux gages de 1,000 —
Le Baron 7, concierge et gardien des scelléii S,000 —
Le Baron, porte-clef. 1,S00 —
Jér6me«, id 1,Î00 —
Gourlet^, id, et garçon du conseil I,S00 —
Angot >0^ scieur de bois 1,000 —
Vincent-Petit Ruffon, scieur et porteur de bois i,S00 —
Herse, scieur et porteur de bois 1,000 —
Jean Quencl, commissionnaire 1,000 —
Danjout , perruquier » 600 —
Roekenstroh 11, surveillante de la lingerie 1,000 —
Roekenstroh , commis de l'économe ( âge de 15 ans et
demi) 1,000 —
Darque, |>ortier à la grande porte 1,500 —
Picquet i^, portier des écuries 600 —
Ce nombreux personnel fut successivement modifié et diminué; les traite-
7 Ci -devant froueur à U maison d'Anoi» (dont il portail la livrée ainsi que Mancdl}.
* Gi-aevant toameur.
<> Ci-devant employé an terviee da citoyen Jubaud.
*<* Ci -devant gsfdieo d'argenterie à U maison d'Artois.
■ I Ci-devant employée en cette qualité à la mauon d'Artois.
> Ci -devant employé en cette qualité k la ■ — d'Artois.
' Ci-devant employé à la boache du Roi , aus Toileries.
* Ci-devant servant aux Tuileriet.
' rd.
« id.
'" Ci-derant terrassier.
<* Ci-devant balayebr à la maison d'Artois. Vieil invalide auquel le comte d'Artois avait donné cette retraite.