‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 180 sur 264 · LIVRE IX. — PROCES DU ROI · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — PROCES DU ROI

trouve a l'avenir des instruments tranchants sur Louis, sur les Princesses ou dans leur appartement : ces différentes pièces sont envoyées à la Commune. Sermaize dit alors a Cléry de le suivre dans la chambre de Louis. Le Roi était assis près de la cheminée, les pincettes u la main. « Le conseil m*a chargé, dit Sermaize, d* examiner ce qui est resté dans votre nécessaire. » Le Roi, sans répondre, tira de sa poche le nécessaire et Touvrit : il ne s'y trouvait d'autres objets qu'un tournevis, un tire-bourre et un petit briquet. Sermaize se les fit remettre. « Ces pincettes que je tiens en main ne sont-elles pas aussi un instrument tranchant?» lui dit le Roi en lui tournant le dos. Le municipal descendit, et Cléry eut l'occasion de rendre compte ii son maître de ce qui s'était passé dans la salle du conseil.

L'heure du dîner arriva. Quelques commissaires virent de graves inconvénients à ce que la famille royale se servit de fourchettes et de couteaux, d'autres consentirent à laisser les fourchettes; la contestation dura quelques instants; enfin l'influence bienveillante dont nous avons parlé l'emporta, et il fut décidé qu'on ne ferait aucun changement, mais que, à la fin de chaque repas, couteaux et fourchettes seraient enlevés.

M. Lepitre, instituteur, membre de la nouvelle municipalité, qui a laissé quelques pages de souvenirs intéressants, raconte qu'à cette époque ' ,

tt La table de la famille royale était très-bien servie , un nombre suffisant de personnes était occupé à l'office et à la cuisine; la plupart étaient d'anciens serviteurs qui avaient brigué cet emploi. Ils étaient aussi chargés du dîner et du souper des commissaires envoyés par la Commune. Ces repas avaient été précédemment fournis par un traiteur du dehors, mais ils étaient si mauvais et à la fois si chers, qu'on prit le parti d'employer à ce service les personnes payées pour celui

< Il demeurait rue du Fanboarg-Saînt- Jacques, n« 168, section de TObscrvatoire.

de la famille royale, et l'on n'eut point à s'en repentir. Ce iîit une bonne fortune pour certains individus, peu accoutumés à une table aussi abondante. Afin de aie point oooi* promettre la dig^nité municipate , on ane donnait à la fin de chaque repas qu'une demi-bouteille de tliquenr pour dix ou douze personnes; mais le refus de quelques convives ionrnait au profit des autres, et je vis un tailleur, «nommé Lechenard, avaler d'un trait cette demi-bouteille avant de mont^ le soir chez la Reine; il ftdlot que son .collègue le couchât, et le lendemain , son lit et le carreau de la chambre déposaieiit de son intempérance. Lorsque à boit heures la Reine sortit de son appartement, il était étendu sur son grabat, se connaissant à peine , et Sa Majesté n'eut que le temps de rentrer chez elle, en criant à Madame Elisabeth : « Ma sœur, ne sortes point de votre chambre * ! »

La privation des petits instruments de travail retirés aux Princesses leur devint d'autant plus sensible , qu'elles furent obhgées de renoncer à différents ouvrages qui , jasqu'akrs, avaient contribué à les distraire des longs ennuis de la captivité. Un jour. Madame Elisabeth cousait les habits du Roi , et n'ayant point de ciseaux, elle rompit le fil avec les dents. « Quel contraste ! lui dit Louis XYI , qui fixait sur elle un regard attendri ; il ne vous manquait rien dans votre jolie maison de Montreuil. — Ah ! mon frère, répondit-elle, puis-je avoir des regrets quand je partage vos malheurs? »

L'approche du procès augmentait, à dhaque minute, la défiance et les précautions : les municipaux n'échangeaient plus guère de paroles arvec le Roi; ils ne (répondaient plus aux questions de €léry. Celui-ci, sous diiliérents préèeixtes, avait en vain essayé de descendre au conseil , dans l'espoir de se procurer quelques renseignements tpour les communiquer à ses maîtres, lorsque le samedi :8 décembre, vint au Temple une conconission chargée de vérifier les dépenses de

* Quelques souvenirs ou noies fidèles sur mon service au Temple, depuis le 8 décembre i79% jusqu au 26 mars 1793. 2« édit.; Paris, 1817.

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