‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 179 sur 264 · LIVRE IX. — PROCES DU ROI · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — PROCES DU ROI

pressentiment. Enfin , le jeudi 6 décembre , madarae Glëry arriva avec son amie. On fit descendre son mari au conseil. Elle affecta de lui parier à haute voix, pour ëloigpier les s«upçmis des nouveaux inquisiteurs ; et pendant qu'elle lui donnait d*une manière prolixe des détails assez oiseux sut ses aiÏMres domestiques : « Mardi prochai» , disait tout bas son ainîe , on conduit le Roi à la Convention ; le procès va commencer ; le Rot pourra prendre un conseil ; tout cela est certain. »

Le soir, en déshabillant Louis XVI , Gléry trouva le moyen de lui rendre compte de tout ce qu'il avait appris ; il lui fit même preasenl^ir qu'on avait le projet de le séparer de sa famille pendant le pvocè», et il ajouta qu'il ne restait plus que quatre jours pour concerter avec la Reine quelque moyen de* correspondre avec elle. L'arrivée des deux municipaux de garde suspendit les confidences de Gléry. Le lendemain mailin, il fiit imposs^le d'échanger un seul mot. Le Roi mowta avec son fils pour d^uner chez les Princesses ; après le déjeuner, il causa quelques moments avec la Reine , qui , par qh regard , fiit comprendre à Gléry qu'il était question de ton! oe qu'on avait dit la veille.

Quelques actes semblaient déjà confirmer la triste nonveUe du procès. Le Roi était à peine remonté avec son fils dans son appartement, qu'un municipal, à la tète d'une députation de la Commune, vint lui lire un arrêté qui ordonnait d* enlever aux détenus du J'emple, ainsi qu'à ceux qui les servent ou qui les approchent de près, toute espèce d'instnànents iranekants, ou autres armes offensives et défensives, en gêné-' rai tout ce dont on prive les autres prisonMsers présumés crirminels. Pendant cette lecture le municipal avait la voix altérée ; il était aisé de s'apercevoir de la violence qu'il se faisait. Louis XVI ôta de ses poches un couteau. et un petit nécessaire en maroquin rouge dont il tira un canif et des ciseaux; et remettant lui-même ces objets aux commissaires, il se contenta de dire, en haussant les épaules : « On ne

devrait rien craindre de moi. «Des recherches furent hiites dans tout l*apparteinent ; on prit les rasoirs , les compas à rouler les cheveux , le couteau de toilette , de petits instruments pour nettoyer les dents, et d'autres objets d'or et d*arg[ent ; puis , ayant fouillé Gléry et visité sa chambre , les commissaires montèrent au troisième étage. Là, ils lurent le même arrêté : « Si ce n'est que ça , dit Marie-Antoinette avec un dépit marqué , il faudrait aussi nous prendre nos aiguilles, car elles piquent bien vivement. » Elle en aurait peut^re dit davantage, si Madame Elisabeth ne lui eût (ait signe du coude pour l'inviter au silence. La Reine et les Princesses donnèrent leurs ciseaux. Les municipaux confisquèrent jusqu'aux petits meubles utiles a leur travail. « Ce n'est pas tout, leur dit l'un d'eux ; vous savez que nous avons ordre de vous enlever aussi Tison et Gléry,et de goûter à tous les mets que l'on vous sert. »

Descendus dans la chambre du conseil, les commissaires appelèrent Gléry et lui demandèrent s'il n'avait pas connaissance des objets qui étaient restés dans le nécessaire que Louis avait remis dans sa poche. « 11 faut que vous repreniez ce soir ce nécessaire, lui dit l'un d'eux, nommé Sermaize '. — Ce n'est pas à moi , répondit Gléry, de fouiller dans les poches de Louis. — Gléry a raison , dit un autre municipal ; c'était à vous-même , citoyen Sennaize, de foire cette recherche. »

On dresse procès-verbal de tçus les objets enlevés à la famille royale ^, et on les distribue en paquets que l'on cachette. On ordonne ensuite a Gléry de mettre sa signature au bas d'un arrêté qui lui enjoint d'avertir le conseil, s'il

1 Moelle, membre du conseil général de la Commune, qui a laissé quelques détails sur le Temple, dit que ce municipal était un ancien procureur au parlement; que son véritable nom était Guillaume Leroi, qn*il avait changé, depuis le 10 août, pour celui de Sermaize, village de Champagne, son lieu de naissance.

(Six journées passées au Temple; Dentu, 1820, p. 18.)

2 Voir a là fin du volume, DocumenU et Pièces jnstiBcatives, n» VIII.

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