‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 198 sur 264 · LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI

rent toute la journée dans les comités de la Convention.

Le Roi eut une légère fluxion à la joue. Depuis quelques jours il souffrait beaucoup de la loqgueur de sa barbe; on lui avait .proposé de se faire raser; mais il avait montré de la répugnance .à y consentir et répondit qu'il avait coutume de se raser lui-même. Il se lavait souvent le visage avec de l'eau fraîche afin d'apaiser l'irritation désagréable qu'il éprouvait. Peut-être était-ce cette chaleur incessante, snscilée par la barbe et combattue par l'eau froide , qui avait amené le mal qui rincommodait; peut-être aussi avait^il reçu un coup d'air la veille au soir à Ja fenêtre du corridor. Il pria Gléry de lui proourer des oiseaux ou un rasoir, ne voulant pas en parler lui->méme aux municipaux; Gléry lui fit. observer que, s'il paraissait en cet état à l'Assemblée , le peuple verrait au moins avec quelle barbarie agissait le conseil général. « Je ne dois pas, lui répondit Louis XVI, chercher à attendrir sur mon sort. »

Cette petite indisposition ne le détourna pas de ses occupations ordinaires. Il prépara de plus une longue lettre qu'il devait confier, le soir, à cette poste aérienne qui rapprochait désormais le captif des*captives; quelques feuilles de papier blanc montèrent aussi ce jour-là vers sa famille, et elles lui revinrent, les jouis suivants, avec de douces consolations. C'était toujours à huit heures du soir qu'avait Heu la transmission de cette correspondance .: Cléry avait soin de fermer la porte de sa chambre, et d'occuper d'une nuinière ou d'une autre les commissaires de la Commune; souvent il les engageait à jouer.

Le samedi 22 , le municipal Jon ' , présent au lever du Roi, lui demanda s'il souffrait de sa fluxion et s'il désirait que l'on fit venir un dentiste pour le consulter. « Je souffre peu , répondit Louis XVI ; et je ne vous eusse pas fait cette demande; mais je suis sensible h votre proposition, et je

< Alexandre-Jean^Bapiitlc Jon, de la section de Bon-Conseil, marchaml épicier, rue SainuDenis, 405.

400 LOUIS xvir.

verrais avec plaisir qu'il fut permis & mon dentiste de me venir voir. » II désig^na Dubois-Foucou > rue Croix-des- Petits-Gbamps. Provocateur officieux de ce vœu, Jon s'en fit l'interprète au conseil du Temple, mais il y rencontra une vive opposition ; le conseil* s'abstint de voter et en réfera au conseil g^énëfal ' . Cette évocation au conseil général servait à la fois à motiver et à masquer le refus.

De son côté , Cléry s'était adressé aux commissaires pour obtenir qu'on procurât au Roi des rasoirs; les Princesses demandaient aussi qu'il leur fut prêté des ciseaux pour se couper les ongles. Le conseil du Temple s'assembla de nouveau dans Taprès-midi pour statuer sur ces deux requêtes, et les renvoya aussi toutes deux , non sans un long examen ,

1 Extrait du registre des délibérations du conseil des cotnmissaires de la Commune de service au Temple.

• Da ii di.'oembre 17M , an I** de U Répabli^ue firançauc.

» A midi et demi, le conseil étant aMemblé et com|x>8é de tous «es membres, au nombre de huit, le citoyen Jon, un d'eux, a rapporté que ce matin Louis Capet avait, en présence des commissaires de garde auprès de lui, témoigné le désir, à raison d*une fluxion sur les dents dont il est atuqné depuis quelques jom*3, que Ton fît venir un dentiste qn*il consulterait sur ce mal, et il a désigné à cet efïet le citoyen Dubota-Foucaut.

" La chose mis<e eu délibération, il a été dit par quelques membres que, non-seulement pour soulager Louis Capet, l'humanité exigeait que Ton accédât h sa demande, mais qu*il le fallait encore pour éviter que Ton fît à cet égard des reproches au conseil; mais par d*aulres membres il a été objecté que s*agissant d*une fluxion, qui est un accident passager et de courte durée, le secours d*un artiste ne serait d'aucune utilité ; qu'il en pouvait même résulter l'inconvénient que le mal augmentât, ou que l'on supposerait ce prétexte; ce qui occasionnerait des projtos bien plus à craindre que les propos dont il vient d'être parlé; que d'ailleurs Louis Ca|)et avait observé formellement que cette fluxion ne lui causait aucune souffrance.

» Sur quoi, et la discussion Suffisamment approfondie, tous les délibérants se sont réunis à l'opinion qu'il était convenable que sur un tel sujet le conseil s'abstint de statuer, et qu'il serait mieux d'en référer au conseil général de la Commune, qui, dans sa sagesse, saurait concilier ce qui peut être du d'égards a Louis Capet et ce que nécessite la prudence dans une telle occasion.

» Ont signé au registre :

» ComsBDiBU, Robert, Giraco, Ficoet, Joh, Ccviixez, Jacques Roux et Destovrnelles.

" Pour copie conforme au registre, lesdits jour, mois et an que ci-dessus.

» DKSTOinNEf.r.Ks, ofKcicr municipal. ■

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