LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI
dans une enveloppe sur laquelle étaient écrits ces mots de la main de Thierry : Clefs que le Roi m'a remises aux Feuillants y /e 12 août 1792, fut apporté dans la même séance a T Assemblée nationale, et fournit aux agitateurs l'espérance de la découverte de quelque nouvelle armoire de fer.
Grâce aux intelligences établies entre Cléry et Turgy, Madame Elisabeth (ut instruite du nouveau mode de correspondance qui avait été imaginé ; elle (ut mise en possession de la ficelle, et, dans la matinée du 20 décembre, elle avertit le Roi qu'elle en ferait usage à huit heures du soir.
Malesherbes vint à la tour vers onze heures du matin , apportant, comme de coutume, quelques journaux. Il avait • souvent l'occasion de remarquer avec quef sang -froid Louis XVI lisait les attaques dirigées contre lui à la tribune; néanmoins, parmi les qualifications qu'on lui prodiguait, il en était une qui offensait toujours le malheureux Prince : c'était celle de tyran. « Moi, tyran! disait-il; un tyran rapporte tout à lui ; n'ai-je pas constamment tout rapporté à mon peuple? Qui d'eux ou de moi hait plus la tyrannie? Ils m'appellent tyran, et ils savent comme vous" ce que je suis. » Malesherbes lui apportait aussi une romance qu'on chantait alors dans tout Paris; elle était intitulée : Louis XVI aux Français, et avait pour tlième ces paroles du prophète : a O mon peuple, que t'ai-je foit? » Cette lecture procura au Roi un instant de consolation.
A quatre heures et demie , la députatiou de la commission des vingt et un , qui était venue au Temple le 1 5 décembre, fut introduite de nouveau a la tour, accompagnée cette fois de Jeàn-Antoine Cousin, employé au bureau des procès-verbaux de Ja Convention national, de Coursol, l'un des huissiers de la Convention , et de Corman d* Avignon , brigadier de la gendarmerie nationale, commandant l'escorte. Elle trouva Louis seul avec ses deux officiers municipaux; elle s'installa comme la première fois autour d'une table, et fit lecture au Roi de cinquante et une nouvelles pièces qu'il signa
et parafa comme les précédentes. M ercereau manquait à cette séance; mais il avait de dignes remplaçants, Leçendre et Gatrey, moins rustres, mais aussi exaltés que le tailleur de pierres. Parmi les papiers lus en leur présence, s'était trouvé un brevet de lieutenant, délivré au nom du Rot, dans rémîgration , par un prince français. D'amères réflexkms, formulées à voix basse, avaient accueilli cette découverte, lorsqu'on étala une liasse de lettres et de factures relatives au oommense des blés, sucres et cafés, fait an «nom de Septenil. L'indignation comprimée jusqu'alors des deux ardents municî* paux ne sut plus se contenir, et le nom d'accapareur sortit de leurs lèvres, assez haut pour que Valaaé, déjà ennuyé de leurs chuchotements, crût enfin devoir les rappeler à. l'ordre et au silence par ces mots : « Citoyens, vous n'êtes pas juges ici. »
Des copies coUationnées de toutes les pièces originales et de leur inventaire ayant été remises à Louis XVI, apcés avoir été parafées par lui ainsi que par Borie et Cochon , la com* mission se retira : il était cinq heures et demie. Les députés de la Convention et les défenseurs du Roi -se rencontrèrent au pied de la tour; descendus avec les uns, Mathey et un municipal remontèrent avec les autres. Les affaires dont ses conseils devaient l'entretenir ne faisaient point oublier à Louis XVI l'avis qu'il avait reçu de Madame Elisabeth; Cléry , de son côté , avait tout disposé : il avait fermé la porte de sa chambre et celle du corridor, et il causait tranquillement dans l'antichambre avec les commissaires de la Commune. L'aiguille marquait à peine huit heures à la pendule de sa cheminée; le Roi se leva, et sortit un instant : ses défenseurs ne se doutèrent pas, en le voyant reparaître trois minutes après, qu'il yenait de recevoir des nouvelles de sa famille et de lui transmettre lui-même les expressions de sa tendresse.
Le vendredi 21 décembre, les conseils de Louis XVI ne vinrent pas à la tour : les devoirs de leur ministère les retin-