LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI. MS
contre le Roi un décret de mort, la Convention nationale le condamnerait à la déportation. Dans cette hypothèse , il lui demanda dans quel pays il préférerait se retirer, a £n Suisse, répondîl-il sans hésiter. — Mais, Sire, reprit Maieâherbes, si , rendu à hii-^eéme , le peuple français tous rappelait , Votre Majesté T«mdrait*eile revenir? — Par goût , non ; par devoir, oui. Mais dans ce dernier cas,' je mettrais à mon retour deux conditions : Time , que la xeligion catholique continuerait , sans néanmoins exclure les autres cuites, d être la religion de l'État; l'antre, que la banqueroute , si elle est inévitable, serait déclarée par* le pouvoir usurpateur. C'est iuî qui l'aurait resdue nécessaire ; ce serait à lui d'en porter la honte. «
Le Rtii voyait avec une surprise mêlée de prâie des genlikhoaimes servir bassement les ennemis du trône. « Que desheanmes, disait-il à son confident, nés dans une condition obscure, que des gentilshonmaes même qui n'ont jamais été dans le cas de me oonnaftre , aient cru et suivi aveuglément les desâructenrs de mon .aiAorité , je ne m'en étonne pas ; mais que des gens attachés au service de ma personne, et la pkqiart combla de mes biènfeits, aient grossi le nombre de mes persécuteurs, voilà ce que je ne saurais concevoir. Dieu m'est témoin cependant que je ne conserve contre eux aucun sentiment de haine, et quejnéme, s'il était en non pouvoir de lear laire du bien , je leur en ferais encore* «
Le Boi, dans son abandon, laissa conmaitre à son vieil ami la détresse absolue dans laquelle on le tenait depuis sa captivité. « Dans la gène où je suis , lai dit-il , je ne puis faire à qui que ce soit la moindre iargesse. Vos collègues se sont dévoués poor ma défense : ils me consacrent leur travail ; et, dans la position où je suis, je n'ai aucu^ moyen d'acquitter ma dette envers eux. J'ai songé à leur foire un legs ; mais on ne le payera pas et on les persécutera. ^- Ce legs est payé , Sire ! Le Roi, en les choisissant pour ses défenseurs, a immortalisé lear nom. »
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Mk LOUIS XVII.
Dans la suite de cet entretien , les noms des principaux <:heis des partis révolutionnaires furent prononcés. « On ni*a assuré , dit Louis XVI » que Monsieur d^Orléans attend de la république le titre de doge ou de stathouder ; que Santerre , Marat et plusieurs autres l'entretiennent dans cette pensée '. — Ceux qui osent se faire ses courtisans, répondit Malesherbes > lui parlent sans doute d'un titre plus élevé. — On me l'a dit aussi y reprit le Roi ; mais je n'en crois rien : je pense que c'est l'opinion qui égare mon cousin , et non son cœur. J'ai eu entre les mains des accusations terribles contre lui ;' j'aurais pu le compromettre à jamais : aujourd'hui je me réjouis doublement de ne l'avoir pas feit, non point parce que j'aurais à craindre d'avoir allumé son ressentiment, mais parce que je ne voudrais pas qu'on pût dire qu'il se venge. — Le Roi est trop généreux, et moi je ne suis pas assez défiant. Je commence à croire, Sire, que tous deux nous ne sommes pas de notre siècle. »
Hélas! oui, Malesherbes avait raison. Types sincères de la vieille probité, le Roi Très-Chrétien et le philosophe, qui lous deux avaient désiré et facilité les réformes, ne comprenaient pas la révolution ; mais tous deux étaient paiement prêts à lui donner leur tète , l'un avec la foi vive d*un mai^ tyr, et l'autre avec le calmé et la gravité d'un stoïcien.
Le lendemain matin (lundi 24 décembre) , à neuf heures, Malesherbes était introduit dans la chambre du Roi. Il tira de sa poche une bourse remplie d'or : « Sire , dit-il en la lui présentant , permettez qu'une famille , riche en partie de vos bienfaits et de ceux de votre maison royale , dépose cette offrande à vo^ pieds. » Louis hésita ; vaincu par les instances du vieillard , il prit enfin la bourse et l'enferma dans^ son secrétaire. Dans un jmoment de loisir, il fit trois rouleaux de cet argent, sur chacun desquels il écrivit de sa main : A rendre à M. de Malesherbes.
* Voir leé Mémoires de Se'nat-t publiés par Al. Dumesnîl. Parii, 1824.