‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 201 sur 264 · LIVRE ix. — PROCÈS DU ROI · texte numérisé non relu

LIVRE ix. — PROCÈS DU ROI

A cinq heures ) le Roi , comiDe de coutume , fut entouré de ses trois défehseurs. M. de Sèze se trouvait déjà, par une espèce de prodige, en état de lui donner lecture du plaidoyer qu'il avait rédigé. Louis rendit justice à Téloquence, à la logique, à la noblesse du style de l'orateur, mais il le pria instamment de lui faire le sacrifice de tous les articles qui peignaient ses vertus , ainsi que de tous les mouvements qui semblaient appeler la commisération publique. «J'espère peu les persuader, disait le malheureux Prince ; mais je ne veux pas les attendrir. » De Sèze, approuvant la modestie et la sagesse des observations de son auguste client , se rendit à sa prière. — « Retranchez aussi votre péroraison, tout éloquente qu'elle est : il n'est pas de ma dignité d'apitoyer ainsi sur mon sort ; je ne veux d'autre intérêt que celui qui doit naître du simple énoncé de mes moyens justificatifs. Ce que vous retrancherez , mon cher de Sèze , me ferait moins de bien qu'il ne vous ferait de mal. » L'avocat obéit avec tristesse : c'était la partie de sa plaidoirie qu'il avait le plus travaillée. Il supprima les trois quarts de sa péroraison , et ne laissa à toute sa défense que cette majestueuse simplicité avec laquelle elle nous est parvenue , et qui devrait être toujours la seule parure de la vérité.

Cependant , les principes qui se trouvent au commencement de cette apologie furent blâmés par tous les hommes monarchiques de l'Europe.

Louis XVI sans doute eût pu décliner le tribunal de la Convention : c'était l'opinion de Malesherbes, c'était aussi l'opinion e^ le désir du Roi lui-même. Il en fit le sacrifice, acceptant pieusement l'humiliation de se justifier devant ceux qui l'avaient condamné d'avance : car ils étaient à la fois dénonciateurs, accusateurs, témoins et juges, et surtout et avant tout, ennemis. Il consentait donc à être défendu, non pas contre la^nort, mais contre la calomnie; et il ne chercha plus à sauver, par une protestation et par le silence, la majesté des rois, si profondément blessée dans sa personne.

JM6 LOUIS XVII.

Le lundi soir, 24 décembre, Toulaa et Lepitre se retrouvèrent ensemble de service au Temple. » La veille de Noël, raconte ce dernier, Ghanmeite fit arrêter que la messe de minuit ne serait point oélëbrée; on lui représenta inutilement que cette défense pourrait donner lieu à quelque émeute; que le peuple n'était pas aussi philosophe que Chaumette, et qu'il tenait encore à ses anciens usages. On arrêta que des officiers municipaux ou des membres du conseil se rendraient aux différentes parobses, et s'opposeraient à ce qu'on ouvrit les portes. Qu'arriva«-t*il ? les membres de la Commune turent bafoués et battus; la messe, fut chantée, et Chaumette en devînt plus furieux eontre la religion et ses ministres. Le 25 décembre ) en entrant chez la Beine, je lui avais parlé de cet arrêté de la Commune, dont j'ignorais les suites. Le soir, nous vimes arriver Beugniau, maître maçon, l'un de mes collègues, le visage légèrement balafré. Ce fîit lui qui nous raconta de quelle manière les femmes de la Halle l'avaient accueilli à Saint-Ëustache. »

Le mardi 25 décembre, jour de Noël, Louis XVI, songeant qu'il pouvait être assassiné dans le trajet la première fois qu'il se rendrait du Temple à la Convention , persuadé d'ailleurs qu'en tout cas sa dernière journée n'était pas éloignée, voulut rester seul avec lui-même. Il se mit dans cette disposition d'esprit et de cœur où doit être tout homme qui va rendre compte au Créateur de l'emploi de la vie qu'il a reçue. Face à face avec sa conscience, seul à seul avec son cœur, il écrivit cet immortel testament qui a trouvé tant d'écho dans les âmes, tant de larmes dans les yeux. Bien que tout le monde les ait lues, il nous est impossible de ne pas reproduire ici ces pages de piété, de tendresse et de clémence ineffables , écloses dans cette tour que les mains de l'homme ont abattue, mais écloses pour vivre toujours et demeurer l'apologie la plus belle et la plus chrétienne de Ja royauté agonisante.

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porterai toujours , si Dieu m'accorde vie, aux décisious que les supérieurs ecclésiastiques , unis à la sainte Église catho- . lique , donnent et donneront conformément à la discipline de

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