LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI
soutirent deptiis longftemps avec moi , de les soutenir par sa grâce s'ils viennent h me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde périssable.
Je recommande mes enfants à ma femme , je n'ai jamais doute de sa tendresse maternelle pour eux ; je lui recommande surtout d'en faire de bons chrétiens et d'honnêtes hommes; de ne leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci (s'ils sont condcunnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire .solide et durable de l'éternité. Je prie ma sœur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants et de leur tenir lieu de mère s'ils avaient le malheur de perdre la leur.
Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrais lui avoir donnés dans le cours de notre union , comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle, si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher.
Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu'ils doivent à Dieu, qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants a leur mère, et reconnaissants de tous les soins et les peines qu'elle se donne pour eux, et en mémoire de moi, je les prie de regarder ma soeur comme une seconde mère.
Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir . roi, de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, qu'il doit oublier toute haine et tout ressentiment , et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve; qu'il ne peut faire le bonheur des peuples qu'en régnant suivant les lois; mais, en même temps, qu'un roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son coeur, qu'autant qu'il a l'autorité nécessaire ; et qu'autrement, étant lié dans ses opérations et n'inspirant point de respect, il est plus nuisible qu'utile.
Je recommande à mon fils d'avoir soin de toutes les per-
JMO LOUIS XVIK
sonnea qui m'étaient attadiëes, autant que les droonstanœs où il se trouvera lui en donneront les facultés; de songer que c'est une dette sacrée que j'ai contractée envers les enfants oa les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensnîte de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu'il y a plusieurs personnes de celles qui m'étaient attachées qui ne se sont pas conduites enyers moi comme elles le devaient , et qui ont même montré de l'ingratitude ; mais je leur pardonne {souvent dans tes moments de troubles et d'effervesœnMy on n'est pas maitrede soi), et je prie mon fils, s'il en trouve l'occasion, de ne songer qu'à leur malheur.
Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m'ont montré un véritable attachement et désinlé* ressé. D'un côté, si j'étais sensiblement touché de l'ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n'avais jmnais témoigné que des bontés, à eux, à leurs parents ou amis; de l'autre, j'ai eu de la consolation à voir l'attachement et l'in* térét gratuit que beaucoup de personnes m'ont montrés. Je les prie d'en recevoir tous mes remerciments. Dans \à situation où sont encore les choses, je craindrais de les compro* mettre si je parlais plus explicitement; mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.
Je croirais calomnier cependant les sentiments de la nation si je ne recommandais ouvertement à mon fils MM. de Ghamilly et Hue , que leur véritable attachement pour moi avait portés à s'enfermer avec moi dans ce triste s^our, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Gléry, des soins duquel j'ai eu tout lieu de me louer depuis qu'il est avec moi. Gomme c'est lui qui est resté avec moi jusqu'à là fin, je prie messieurs de la Gomnmne de lui remettre mes bardes, mes livres, ma montre, ma bourse et les autres petits effets qui ont été déposés au conseil de la Commune.
Je pardonne encore très-volontiers à ceux qui me gar-