LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI. 4J
daient, les mauvais traitemeuts et les gènes dont ils ont cru devoir user envers moi. J*ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes : que celles-là jouissent djàus leur cœur de la tranquillité que doit leur donner, leur façon de penser.
Je prie MM. de Maleskerbes, Tronchet et de Sèze de recevoir ici tous mes remerciments et l'expression de ma sensibilité pour toiis les soinâ et les peines qu'ils se sont donnés pour moi.
Je finis en déclarant devant Dieu, et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.
Fait double, a la tour du Temple, le 25 décembre 1792.
Louis.
Un document d'une si haute importance devait être publié tel qu'il est sorti des mains du Roi , et nous en donnons ici \e fac-similé .
Dans l'après-midi, le Roi montra ce testament à Malesberbes et il lui en remit le duplicata. Malesherbes l'emporta avec lui et parvint à le faire passer à sa destination, hors de France ' . L'original resta entre les mains de Louis XYI jusqu'au 21 janvier.
Tronchet et de Sèze arrivèrent; ce dernier avait fait à son plaidoyer quelques légers changements qu'il soumit au Roi. Le bruit s'était répandu qu'on avait le projet de retenir le lendemain Louis XYI aux Feuillants et de l'y garder un jour ou deux pour le juger sans désemparer; Cléry avait reçu l'ordre de se préparer à le suivre. Ce plan avait été abandonné, les défenseurs du Roi en étaient instruits; mais, ignorant de quelle manière 11 devait se rendre le lendemain à la Convention , ils s'étaient adressés à ce sujet à la Commune pour qu'elle leur fit connaître ses intentions. « Qu'ils aillent à pied ou à cheval, peu nous importe, » s'était écriée une
< Ce' duplicata Ukt partie de la collection de M. Penillat d# Conçbe*.
hît LOUIS XVII.
voix du conaeil générai ; et l'on avait passé à l'ordre du jour. Ce refus n*était notifié ni au Roi ni à ses avocats » et ils se séparèrent le soir sans savoir comment ils se retrouveraient le lendemain.
De peur que le bruit des tambours et le mouvement des troupes n^efFrayassent Marie-Antoinette, le Roi, dès le lever du jour, mercredi 26 décembre, pria les municipaux de la prévenir qu'il allait être conduit a la barre de la Convention nationale. La force armée prit position dans les cours du Temple à huit heures, et à neuf heures et demie arrivèrent le maire, le procureur général et le secrétaire greffier de la Commune, avec le commandant général entouré de ses aides de camp. Chaume tte était souffrant; mais en pareille dr* constance , il eût craint sans doute de manquer de zèle ou de civisme en se faisant remplacer par un substitut. Montés à la tour avec quelques commissaires de service, ils trouvèrent le prisonnier paisible, exempt d'agitation comme de tristesse. L'arrêté de la Convention étant notifié, Louis demanda son chapeau et descendit sur-le-champ. Il ne montra quelque inquiétude que sur la manière dont ses conseils se transporteraient à l'Assemblée, a Ils se sont adressés à la Coomiune, dit-il. à Chambon et a Chaumette ; quelle décision avez-vous prise à cet égard ? — Le conseil a arrêté qu'il n'y avait pas lieu à délibérer sur cet objet, répondit le procureur général; vos conseils feront ce qu'ils voudront. »
Le Roi se rendit à la voiture en donnant une attention marquée au détachement de la cavalerie de l'École militaire, dont il ne connaissait pas la formation. La voiture où, comme la première fois, prirent place Louis XVI, Chambon , Chaumette et Coulombeau , se mit en route escortée de ce faible détachement de cavalerie, qui s'avança à grands pas et sans discipline. Le peuple, lancé pêle-mêle sur le passage, donnait aussi de loin à ce cortège l'aspect de quelque chose de confus et de désordonné. Le corps de garde du boulevard ^nçut quelques défiances; les soupçons devinrent bientôt