‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 216 sur 264 · LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI

ma chambre, contraignez- vous, il le faut. Songez qu'on vous observera. » Puis, l'ayant reconduit jusqu'à la porte d'entrée , il lui dit encore : « Revenez de bonne heure ce soir, j'ai besoin de vous voir souvent dans ce moment critique Adieu! adieu! »

Malesherbes se retira le cœur brisé , mais il ne se doutait pas plus que ses deux confrères qu'ils avaient vu le Roi pour la dernière fois.

« La douleur de ce bon yieillard m'a vivement ému, » dit Louis XVI en rentrant dans sa chambre, où l'attendait Cléry. Depuis l'annonce de l'arrêt fatal , Cléry avait été pris d'un tremblement fiévreux. Il avait cependant préparé tout ce qui était nécessaire pour que le Roi put se raser. Le Prince se mit le savon lui-même. « Debout et en face, rapporte Cléry, je tenais son bassin. Forcé de concentrer ma douleur, je n'avais pas encore osé regarder mon malheureux maître. Je levai les yeux sur lui, et mes larmes coulèrent malgré moi. Je ne sais si l'état où je me trouvais rappela au Roi sa position, mais une pâleur subite parut sur son visage; son nez et ses oreilles blanchirent tout à coup. A cette vue, mes genoux se dérobèrent sous moi ; le Roi s'aperçut de ma défaillance , me prit les deux mains , les serra avec force et me dit à demivoix : « Allons, plus de courage ! » Il était observé : un langage muet lui peignit toute mon affliction ; il y parut sensible ; son visage se ranima , il se rasa avec tranquillité ; ensuite je l'habillai.

V Sa Majesté rentra dans sa chambre jusqu'à l'heure de son dfner , occupée à lire ou à se promener. Dans la soirée , je la vis aller vers son cabinet de lecture, et je l'y suivis. « Vous avez , me dit le Roi , entendu le récit de mon jugement? — Ah! Sire, lui dis-je, .espérez un sursis : M. de Malesherbes ne croit pas qu'on le refuse. — Je ne cherche aucun espoir, me répondit le Roi, mais je suis bien affligé de ce 'que M. d'Orléans, mon parent, ait voté ma mort. Lisez cette liste. » il me remit alors la liste de l'appel nominal

tôS LOUIS XVII.

qu'il tenait à la main. « Le public, lui dis-je, mui^mure hautement : Dumouriez est à Paris; on dit qu'il est poi;(eur du vœu de son urmëe contre le procès que l'on a fait k Votre lAajesté. Le peuple est révolté de la conduite de M. d'Orléans. Le bruit se répand aussi que les ministres des puissaiu:es étrangère^ v^nt s^ réunir pour ^lier à l'Assemblée. Kofin, l'on assuré quQ les conventiponi^ls craignent une émeute populaire. — Je serais bien fâché qu'elle eût lieu, i:épondit le Roi; il y aurait de nouvelles victimes. Je ne crains pas la mort, mais je ife puis envisager sans frén^ir le sort cr^el que je vais laisser après moi à ma famille , à la Beine , à nos malheureux enfants !... Et ces fidèles serviteurs qui ne m'ont ppint abapdonné, ces vieillards, qui n'avaient d'autres moyens pour subsister que les modiques pensions qufi je leur faisais, qui va les s^xourir ? Je vois, le peuple liyré à l'anarchie devenir la victime de toutes les factions, les crimes se succéder, de Ipnguqs dissenaipps déchirer la France ! » Puis^ après un moment de silence : « Oimoi? Dieu ! était-ce là le prix que je devais recevoir de tous mes sacrifices? N'avais-je pas tout tenté pour, assurer le bonheur dps Français ?» En prononçant ces paroles, il mç serrait l^s mains; pénétré d'un saint respect, j'arrosai les siennes de mes larmes : il me fallut le quitter eu cet état.

» Le Roi attendit vainement M. de Malesherbes. Le soir il me demanda s'il s'était présenté. J'avais, fait la même question aux commissaires ; tous m'avaient répondu que non. »

On eut dit qpe Dieu accordait au Roi, arrivé au terme de ses malheurs, cette clairvoyance singulière qu'il do^me quelquefois aux mourants. Il aperpevaiti l'abime qui allait s'ouv^rir pour la Frapçc sous l'écbafaud qu'on dressait pour lui. I^es dissensions, les crimes, l'anarcliie lui apparaissaient dans leur terrible réalité, et T.avenir redoutable qu!il laissait à son pays lui rendait plus douloureux encore les. derniers moments qu'il avait à passeï* sur la terre.

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