‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 215 sur 264 · LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI. W · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — PROCÈS DU ROI. W

ceux qui voulaient retarde!* Texécîntion dn régîride , jointes aux suflrafgès qui n'étaient pas pour la ^eine capitale, formeraient la majorité. Mois aux portes de TAssen^blée, de$ assassins dévoués à la députation de Paris , et toute cette population révolutionnaire, aguerrie au crime par tant d'excès et habituée au meurtre par les massacres de septembre, effrayaient de leurs cris, menaçaient de leurs armes quiconque refuserait d'être leur complice, et, soit stupeur, soit indifférence, Paris n'osait ou ne voulait rien entreprendre pour sauver Louis XVI, qui allait ainsi périr par la fureur des uns et par la lâcheté des autres.

Cependant Malesherbes dit au Roi : « En sortant de la Convention, quelques personnes m'ont entouré dans les corridors de la salle , et m'ont assuré que de fidèles sujets arracheront le Roi des mains de ses bourreaux, ou périront avec lui. — Les connaissez-vous? demanda Louis. — Non, Sire, mais je pourrais les retrouver. — Eh bien ! tachez de les rejoindre, et déclarez-leur que je les remercie du zèle qu'iU nie témoignent. Toute tentative exposerait leurs jours et ne sauverait pas les miens. Quand l'usage de la force pouvait me conserver le trône et la vie, j'ai refusé de m'en sen'ir : voudrais-je aujourd'hui faire couler pour moi le sang français! — Du moins, dit Tronchet, le Roi ne peut nous empêcher de nous servir de tous les moyens légaux. Nous le prions donc d'écrire de sa main et de signer la déclaration que voici. » Pressé par les instances de ses trois amis, Louis copia et signa les lignes suivantes, que Tronchet venait de rédiger sur le coin de la table :

« Je dois à mon honneur, je dois à ma famille de ne point souscrire à un jugement qui m'inculpe d'un crime que je ne puis me reprocher. En conséquence, je déclare que j'interjette appel à la nation elle-même du jugement de ses représentants, et je donne par ces prescrites, à mes défenseurs, le pouvoir spécial , et je charge expressément leur fidélité de

fSaire connattre cet appel à la Convention nationale par tous les moyens qui seront en leur pouvoir, et de demander qu'il en soit fait mention dans le procès-verbal de ses séances. » Fait à la tour du Temple, ce 16 janvier 1793 ^

» Louis. »

Ayant tracé cet écrit, Louis XVI semblait hésiter encore à le remettre à ses conseils. «C'est beaucoup plus, dit de Sèze, dans l'intérêt du peuple que dans celui du Roi que nous avons demandé cette déclaration. — Non, reprit le Roi avec une bonté souriante qu'il est impossible de peindre, c'est beaucoup plus dans mon intérêt que dans celui du peuple que vous me la demandez; mais moi je vous la donne dans son intérêt beaucoup plus que dans le mien. Le sacrifice de ma vie est si peu de chose auprès de sa gloire ou auprès de son bonheur! et ne croyez pas, messieurs, que la Reine et ma sœur montrent moins de force et de résignation que moi : mourir est préférable à leur sort! »

Les trois conseils^ se disposaient à sortir; le Roi retint M. de Malesherbes, et les municipaux n'y mettant pas obstacle, il le conduisit dans son cabinet, dont il ferma la porte, et resta environ une heure seul avec lui. Au moment de se séparer du Roi, Malesherbes ne put retenir ses larmes. « Mon ami , lui dit Louis XVI en lui serrant la main, ne pleurez pas : une meilleure vie nous réunira. Je regrette de quitter un ami tel que vous. Adieu ! Au sortir de

* On remarquera ceUe date du 16 au lien du 17. — Le jugement ayant été rendu la veille à onze heures du soir, Tronchet avait-il voulu conserver la même date à cette déclaration? ou est-ce seulement une erreur, bien simple dans un tel moment de préoccupation?

* M. Tronchet (Fran(;ois- Denis), né à Paris en 17S6, sénateur, (pvnd officier de la Légion d^honneur, mourut le 10 mars 1806, et fut enseveli, avec pompe au Panthéon.

M. de Sèze (Romain), né a Bordeaux en 1750^ comte, pair de France, grand trésorier de l'ordre du Saint-Esprit, commandeur des ordres du Roi, premier président de la cour de cassation, mourut en 1828. Il avait à l'Académie française succédé à Ducis, qui avait succédé à Voltaire.

Page 1