‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 223 sur 264 · LIVRE X* ~ LE RÉGICIDE · texte numérisé non relu

LIVRE X* ~ LE RÉGICIDE

de toute crainte et de toute inquiétude pour cet acte de charité qu'elle remplira auprès de moi..

» Je demande d'être délivré de la surveillance perpétuelle que le conseil général a établie depuis quelques jours..

«Je demande, dans cet intervalle^ de pouvoir voir ma famille quand je le demanderai , et sans témoins. Je désirerais bien que la Convention nationale s'occupât tout de suite du sort de ma famille, et qu'elle lui permit de se retirer librement où elle le jugerait à propos.

» Je recommande à la bienfaisance de la nation toutes les personnes qui m'étaient attachées : il y en a beaucoup qui avaient mis toute leur fortune dans leurs charges , et qui , n'ayant plus d'appointements, doivent être dans le besoin , ainsi que d'aiitres qui ne. vivaient que de leurs appointements. Dansvles pensionnaires, il y a beaucoup de vieillards, de femmes et d'enfents qui n'avaient que cela pour vivre.

» Fait à la tour du Temple , le vingt janvier mil sept cent

quatre-vingt-treize .

» Loms. »

Garât prit la lettre du Roi , et assura qu'il allait la porter à la Convention. Comme il sortait , Louis XVI lui dit : « Monsieur, si la Convention accorde ma demande pour la personne que je désire, voici son adresse. » Puis, ayant ouvert de nouveau son portefeuille , il en tira un papier sur lequel étaient écrits ces mots : M. Edgeworth de Firmont, rue du Bac, n* 483. Le Roi remit cette adresse a un municipal , et fit quelques pas en arrière ; le ministre et ceux qui l'accompagnaient sortirent '•

Pour faire connaître dans toute sa grandeur la scène à laquelle le lecteur vient d'assister, nous recourrons à un témoignage qui ne sera pas suspect, celui des ennemis mêmes de Louis XVI. il est à remarquer que presque tous les pamphlétaires et les journalistes , malgré certaines assertions accumulées pour essayer de fermer les cœurs à la pitié ,

1 Compte renda à la Conrention par le minUtre de la jtudce.

JM LOUIS XVII.

ont rendu justice è la force d*àme avec lacfuélle ee plînce a supporté les dernières et terrible lépreures de cette kongm carrière d'infrMtunes. Voici le récit d'Hébert, sobstitiit du procureur de la Gwnniune :

« Je voulus être du nombre de ceux qui devaient être présents à la lecture de Tarrét de mort de Louis. U écouta avee un sang4roid rare la lecture de ce jugement. Lorsqu'elle lut achevée, il demanda sa famille, un confesseur, enfin tout œ qui pouvait lui être de quelque soulagement à son beurê dernière. Il n^it tant d'onction, de dignité, de noblesse, de grandeur dans son maintien et dans ses paroles, que je ne pus y tenir. Des pleurs de rage vinrent mouiller mes pau* pières. Il avait dans ses regards et dans ses manières quelque chose de visiblement surnaturel à l'homme. Je me retirai en voulant retenir des larmes qui coulaient malgré moi , et bien résolu de finir là mon ministère. Je m'en ouvris i un de mes collègues, qui n'avait pas plus de fermeté que mui pour le continuer, et je lui dis avec ma franchise ordinaire : Mon ami, les préires membres de la Convention, en votant pour la mort, quoétfue la sainteté de leur caraciêre le leur défendit, ont formé la majorité qui nous délivre du tyran! Eh tien! que ce soient aussi des prêtres constitutionnels qui le conduisent à Véchafaud; des prêtres constitutionnels ont seuls assez de férocité pour remplir un tel emploi. Nous fîmes en effet décider, mon collègue et moi ^ que ce seraient les deux prêtres muni'cipaux Jacques Roux et Jacques-Claude Bernard qui conduiraient Louis à la mort ' . »

Quel aveu et quelle page d'histoire que ce témoignage du PèreDuckéne!

Eh bien ! nous croyons à ce mouvement de pitié exprime

1 « ConFormément aux dispositions de la proclamation da Conseil executil provisoire, le conseil arrôte qu'on nommera deut commissaires pour assister à Texécution dé Louis Capec. On propose de les élire par la voie do sort. Cette proposition, d'abord adoptée, est ensuite rejetée, et le conseil nomme par acclamation Bernard et Jacques Roux pour remplir cette mission. >

(Goiueil général de la Commune da dimanche jM> janvier 1793.)

LIVRt: X. — LE RÉGICIDE. UT

par Hébert ; ]a nature humaine est ainsi faite : alors même qu'elle est descendue aux derniers degrés de perversité , elle se sent parfois saisie d'une invincible admiration en présence du spectacle sublime de cette vertu pour laquelle Dieu l'avait créée. Nous croyons ii la résolution d'Hébert de finir là son ministère; mais les révolutions ne rendent pas ainsi les hommes qui se donnent à elles. Ceux qui ne veulent point se retirer quand ils le devraient , ne le peuvent plus quand ils le veulent. Lorsque la révolution a mis la main sur l'épaule d'un Jiomme et l'a marqué de son sceau, elle ne lâche plus sa proie. Le Roi demanda à être seul. Il se promena pensif quelques instants dans sa chambre, entra ensuite dans celle des con»^ missaires, dont la porte était restée ouverte, et, sans donner à ses pas une direction suivie , il alla et vint en divers sen§. Ses regards s'étmit arrêtés sur le tableau de la Déclarati^m des droits de l'homme, il dit à Mercereau en indiquant du doigt l'article 8 : « Si l'on avait tenu compte de cet article , on aurait évité bien du désordre. — ^ Il est vrai , répondit le tailleur de pierres. — Monsieur, dit Louis XVI , en attendant le retour du ministre de la justice , je désire qu'il me doit permis de monter auprès de ma famille. — Nous n'avons pas d'ordre, répondit Mercereau. — Il me semble, monsieur, reprit le Roi, que la loi permet ce qu'elle ne défend pas; si j'ai le droit de voir ma femme et mes enfents, comment pre* nez- vous celui de m'empécher de les voir? » En disant ces mots , il rentra dans sa chambre. Gléry était resté contre la porte, debout, les bufts croisés, et comme privé de tout sen* timent. Louis XVI s'approcha de lut. « Gléry, lui dit-il, demandez mon dtner. » Cléry obéit : quelques instants après, deux municipaux l'appelèrent dans la salle à manger, et lui hirent un arrêté qui portait en substance : « que Louis ne se servirait ni de couteau ni de fourchette à ses repas; qu'il serait confié un couteau à son valet de chambre pour lui cou* per son pain et sa viande en présence de deux commissaires, et qu'ensuite le couteau serait retiré. » Les deux muitici-

us LOUIS XVII. *

paux char£[èreiit Gléry d'en prévenir le Roi, il s'y refusa.

En entrant dans la salle à inang[er, Louis XVI vit le panier dans lequel était le dîner de la Reine. « Pourquoi donc, demanda-t'il, a-t-on fait attendre ma famille une heure de plus? ce retard peut l'inquiéter. » Il se mit à table. « Je n'ai pas de couteau , » dit-il en regardant Gléry« Un municipal (du nom de Minier ' ) lui fit part alors de l'arrêté de la Gom* mune. « Me croit-on assez lâche » dit alors le Roi , pour que j'attente à ma vie? On m'impute des crimes , mais j'en suis innocent, et je mourrai sans crainte; je voudrais que ma mort fit le bonheur des Français et put écarter les malheurs que je prévois. »

Toujours la même prévision prophétique que l'événement devait si terriblement justifier ! — Il régna un grand silence. Louis XVI mangea peu ; il rompit 3on pain avec les doigts , coupa du bœuf avec la cuiller ; son dtner ne dura que quelques minutes.

Gependant Garât n'avait pas perdu un instant ; il avait communiqué à ses collègues les dernières demandes de Louis XVI ; il avait appelé sur elles les décisions de la Gonvention , et il avait envoyé chercher le prêtre que réclamait le condamné;

Quelques jours s'étaient passés depuis l'entrevue de Maiesherbes avec i'abbé Edgeworth. Gelui-ci n'avait point quitté Paris un seul jour, mais, ne. recevant aucun nouvel avis, déjà il s'était livré à l'espoir que la Gonvention prononcerait seulement la peine de la déportation, ou que, tout au moins, elle accorderait un sursis, lorsque le 20 janvier, vers les quatre heures du soir, un inconnu se présenta chez lui et lui remit ce billet : « Le Gonseil exécutif ayant une affaire de la plus haute importance à communiquer au citoyen Edgeworth de Firmont , l'invite à passer, ^ns perdre un instant, au lieu de ses séances.

I Minier (Alexandre), joaillier, juye^ rue Saint-Louis, section Révolutionnaire, ci-devant du Pont-Neuf.

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