‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 23 sur 264 · LIVRE II. — LES TUILERIES · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LES TUILERIES

jouir du fruit de leur victoire, le plus (jrand nombre par curiosité , et quelques-uns par un sentiment 4'intërét et d'attachement. Toutes les personnes de la famille royale , même les princesses , furent obli{jées de prendre la cocarde nationale et de se montrer au peuple à plusieurs reprises, dans un appartement au rez-de-chaussee , qui donnait sur la cour et qui était occupé par Madame Elisabeth. Chaque fois qu'elles paraissaient on criait : Vivent le Roi et la famille royale! La journée se passa ainsi; la foule, qui se renouvelait sans cesse , ne quitta le château qu'à la nuit , et revint encore le lendemain. On illumina dans Paris les premières journées de l'arrivée du Roi, pour surveiller plus facilement les mauvais desseins que l'on redoutait.

f Les factieux, dans l'espoir d'émouvoir la populace, envoyèrent sur le pont Royal, vis-à-vis des fenêtres de M. le Dauphin, des charrettes remplies de sacs de farine soidisant avariée, que des forts de la Halle jetaient dans la rivière : ce spectacle ne produisant pas la plus légère impression, les charrettes s'en retournèrent et ne revinrent plus.

» Ils imaginèrent un autre moyen pour indisposer le peuple contre la Reine. Deux jours après l'arrivée de cette princesse, ils insinuèrent dans la classe malheureuse l'idée d'aller lui demander de retii*er du mont-de-piété tous les effets que la pauvreté avait forcé d'y mettre en gage. La terrasse des Tuileries était couverte de femmes qui s'étouffaient h force d'être pressées, et qui demandaient à parler à la Reine; les personnes qui entouraient cette princesse en ce moment l'engagèrent à acquiescer à leur désir. Je l'en dissuadai, en lui représentant le danger de compromettre sa dignité en se prêtant aux caprices de cette multitude , et je hii conseillai seulement de lui faire dire qu'elle s'occuperait des moyens de lui être utile. Tout le monde était si effrayé que personne n'osait se charger de la commission ; j'offris à la Reine de parler moi-même à ces femmes, avec madame la princesse de Chimay, sa dame d'honneur. Elle y con-

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sentit, et y de l'appartement de cette dernière, qui donnait sur la terpaase des Tuikries, nous harangiMmes cette multitude, nous lui. dîmes « que^ qu&kjiie les maJheureum en»* sent de g^raads droits sur le éœur de la Reine, elle ne pawaît prendre d'engagemeats sans en coanaître Téiewlue, mais qu'on pouvait se reposer sur sa bienfisûsonee et sur s» bonlé. » Cette démarche la sati^t, le rassemblement se dissîpnk, et chacun s'en retourna tranquillement.. Peu de jours après ^ le Roi autorisa la Reine a retirer du montrde-pîëté les effets qui n'excédaient pas la valeur d'un louis*

» La même foule et le même empressement pour voir la famille royale continuèrent plusieurs jours avec la même indiscrétion , et poussée à un tel point que plusieurs poissardes sautèrent dans l'appartement de Madame Elisabeth , qui supplia le Roi de la loger ailleurs , et qui a toujours con«> serve depuis pour ce k^ement une grande répugnance ^ »

M. le Dauphin n'occupa que deux ou trois jours l'appartement si mal clos où nous l'avons laissé, et dont les fçnétres, comme on l'a vu par le récit que nous venons de reproduire , donnaient sur le pont Royal. Voici les renseignements que nous fournit madame de Tourzel sur l'installation de la famille royale aux Tuileries :

« Le Roi , qui voulait rapprocher de lui ses enfants , partagea son appartement avec M. le Dauphin, et prit pour lui les cabinets qui étaient à la suite de Tappartement de la Reine. Cette princesse occupa le rez-de-chaussée donnant sur la terrasse des Tuileries, et ayant donné à Madame, sa fille, les petits entre-sols aii-dessus de la chambre du Roi, qui faisaient ses petits appartements,, elle en fit accommoder d'autres au-dessus de ses cabinets et de l'appartement du premier gentilhomme de la chambre, et on pratiqua de petits escaliers particuliers pour que le Roi et la Reine pussent communiquer librement dans l'intérieur de leurs appartements, et dans celui de M. le Dauphin et de Madame.

^ Mémoires inétUtt»

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