‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 234 sur 264 · LIVRE X. — LE REGICIDE. • JM · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LE REGICIDE. • JM

Il le trouve assis près de son poêle et ayant peine à se réchaufFer. « Mon Dieu! dit le Roi, que je suis heureux d'avoir mes principes ! Sans eux , où en serais-je maintenant?- Mais j avec eux , que la mort doit me paraître douce ! Oui , il existe en baot un jug;e incorruptible qui saura bien me ren* dre la j.ustioe que les hommes me refusent ici-bas !» M. Ed»gewofth , qui nous a légué ces détails , ajoute : « Le ministère que j'ai rempli auprès de ce prince ne me permet pas de citer quelques traits épars des différentes conversations qu'il eut avec moi durant ces seiee dernières heures; mais, au peu que j'en dis, on doit juger de tout ce que je pourrais ajouter s'il m'était permis de tout dire. »

Le jour commence à paniltre, et déjà on bat la générale dans toutes les sections de Paris. La nuit avait été pluvieuse et froide ; les rues étaient engorgées par la Fonte de la neige ^ Le jour se leva si sombre et si voilé de brouillard qu'il semblait continuer la nuit. Une brume épaisse et glacée répandait une teinte funèbre aur la nature en deuil. Le son perçant

^ Archives de Thôtel de ville. — Commune de Paris. — Département de la poKce.

• Le M janrier 1T9S , Tan II* de la République française une et indiviMble.

• Nous vootf prions, citoyen président, de faire part au conseil général de Tassassinat qui vient d'être commis au jardin de TÊgalité.

Pelletier SniiU-Fargeau on est la malheureuse victime; on dit qu'un nommé Paris, ancien garde du corps, est l'assassin. Noos venons de faire paitir un officier de pnix pour faire perquisition de sa personne.

» D*un autre côté, on nous annonce qu'il doit éclater un complot cette nuit , et qu'un fort de la halle a reçu une lettre de convocation pour se trouver demain, en grand nombre, aur le passage de Louis Capet,*et l'assassiner.

• Nous avons écrit k I inspecteur pour faire déblayer les mes engorgées par la fonte de la neige. Malgré les mesures que nous avons prises pour fiiire Hlu- ■liner, on nous Importe que les façades des maisons sont mal éclairées, et que Ton rencontre peu de patrouilles.

» Nous vous prions de faire panvenir aux différentes sections, par les commissaires cpii sont dans votre sein , Tinritation pour redoubler de zèle et d'activité, dans un moment où les ennemis de la République ont la rage du 'désespoir.

• Nous restons en permanence pour exécuter les ordres que le conseil général nous transmettra, et répondre aux députations des sections.

n Les administrateurs du département de la police,

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des trompettes et le roulement des tambours éveillent la population ; tout s'agite , tout frémit , tout s'émeut dans l'intérieur des maisons. Les femmes et les enfants se retirent, la douleur au cœur et l'épouvante au front , dans les appartements les plus reculés ; les hommes et les jeunes gens s'arment , la plupart en gémissant , afin d'aller faire la baie et maintenir l'ordre matériel dans la rue, pendant que cet immense désordre moral , la mort d'un Roi tué par son peuple, s'accomplira sur la place du 21 Janvier. La révolution commande, et la peur obéit , la peur complice des crimes qu'elle déteste tout bas, et qui les commet en les détestant , car c'est elle qui les rend possibles. Tout ce qu'il y a d'hommes perdus, les pourvoyeurs de la lanterne, les aboyeurs des dubs, les égorgeurs des journées révolutionnaires, parcourent de bonne heure les rues des faubourgs la menace à la bouche et en poussant des cris de triomphe. Tout s'émeut , les bons comme les pervers, ceux-ci de joie et d'impatience; ceux-là de douleur et d'effroi ; dans tout Paris, il n'y a de calme et de serein que le front du juste qui va mourir.

Le mouvement de la ville se fait entendre très-distinctement dans la tour et glace le sang dans les veines du prêtre et du serviteur, derniers amis du dernier Roi de France. Louis XVI, prêtant un instant l'oreille, dit sans aucune émotion : « C'est probablement la garde nationale qu'on

commence à rassembler ' . »

1 Voici Tordre du jour du 20 janvier, arrêté par le Conseil exécutif, et envoyé, le jour même, aux sections de Paris, au département et aux districts du boui^ de TÉ^alité et de Saint-Denis, par le commandant général Santerre, • pour assurer », dit-il dans sa lettre d*envoi au citoyen mère de Paris, • la tranquillité de Paris et de ses environs. »

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