‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 243 sur 264 · LIVRE X. — LE KÉGICIDE. M · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LE KÉGICIDE. M

latérales, d*où doit partir l'attaque, les compagnons de son. entreprise. Les mes sont désertes, les maisons fermées; à travers un brouillard glacial, il n'aperçoit que la solitude. Désespéré de oet abandon , il craint d'être forcé de reculer à rapprocha de la voiture; mais ses espérances renaissent à la vue des deux groupes dont nous avons parlé. Tout aussitôt, deux jeunes gens se détachent de l'un de ces'groupes et viennent à lui; accompagné d'eux et de Devaux, son ami', il s'élance le sabre à la main, s'ouvre un passage à travers la haie, et tous quatre s'écrient avec force, à plusieiu'S reprises : « A nous , Français ! à nous ceux qui veulent sauver leur

Roi! v Dans cet amalgame immense de population

armée, nul ne répond à ce cri. Les soupçons et la défiance ont circulé dans tous les rangs; Chacun s'effraye de son voisin, et croit voir en lui un délateur ou un meurtrier; la ter-" reur glace toutes les àraes ; le silence de la mort règne partout. De Batz et ses amis , n'apercevant aucun mouvement en leur laveur, repassent au travers de cette haie d'hommes stupéfaits; ib appellent les deux groupes , ceux-ci accourent; mais à l'instant, averti par une vedette , un des corps de réserve fond sur cet homme intrépide et sur ses compagnons; les deux jeunes gens veulent se jeter dans une maison, cette maison est close ; ils sont hachés à la porte , et leurs noms périssent avec eux. De Qatz et Devaux disparaissent.

Cet incident ne jette aucun trouble dans le cortège; lu marche continue sans interruption. Dans la voiture, on n'a rien vu, on n'a rien entendu. M. de Firmont, cependant, quoique tout entier aux saintes pensées de son ministère, n'est pas dégagé de toute préoccupation extérieure : fleux jeunes gens qui devaient être acteurs dans le complot sont venus l'en prévenir la veille; et, sans croire absolument à la possibilité du succès, un reste d'espérance Tagite encore mal-

* Devaux était employé à la Trésorerie Dationale. Il fut condatuné k mort le 20 prairiiil an II (8 juin 1794)^ après avoir refusé de révéler à Fouquier- Tin ville la retraite de M. de BaU.

gré lui. Quant a Louis XYI, il n'appartient plus à la terre; il ne voit rien de cette innombrable armée qui Tentraîne , il ne voit rien de ces terribles précautions qui ont été prises pour rendre toute commisération impuissante, pour arrêter tout cri de grâce sur les lèvres : il lit avec calme les prières des agonisants, et se livre tout entier aux sentiments que ces sublimes et touchantes prières font entrer dans son âme.

Depuis ce moment , il n'y a pas l'ombre d'une nouvelle manifestation sur la route ; le cortège s'avance dans le plus grand silence. Une heure s'est écoulée depuis son départ du Temple. A chaque pas, à chaque minute, l'espérance décroit, puis s'éteint dans le cœur de M. de Firmont. Enfin la iatale voiture arrive à la place de la Révolution et s'arrête au milieu d'un grand espace vide qu'on a laissé autour de l'échafaud, dressé entre le piédestal de la statue de Louis XV et l'avenue des Champs-Elysées. Il était dix heures vingt minutes '. Le Roi, sentant que la voiture n'avance plus, lève les yeux , ferme le bréviaire en maintenant le doigt à la page qu'il lisait, et, se retournant vers l'abbé Edgeworth, il lui dit : M Nous voilà arrivés, si je ne me trompe. » Le prêtre se tait et s'incline. Louis XVI rouvre son livre et lit les deux derniers versets du psaume inachevé. Les bourreaux sont là; un d'eux a ouvert la portière, et les gepdarmes veulent descendre. Le Roi les arrête, et, appuyant sa main sur le genou de M. Edgeworth : « Messieurs, leur dit-il d'un ton de maître, je vous recommande monsieur que voilà. Je vous charge d'y veiller. » Ces deux hommes ne répondant rien, le Roi veut reprendre d'un ton plus haut; mais l'un d'eux lui coupe la pArole : « Oui , oui , nous en aurons soin , laisseznous faire. » L'accent qui accompagne cette réponse glacerait M. de Firmont, si dans un moment pareil il lui était permis de se replier sur lui-même.

Louis XVI lui rend son bréviaire, et, le premier, il descend de voiture. Il se tourne vers le château des Tuileries, pro-

* ProctM-verbal de l'exéculion. (Archives de TËmpire.)

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