‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 244 sur 264 · LIVRE X. — LE REGICIDE · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LE REGICIDE

mène les yeux sur la multitude armée qui Tenvironne, et dit d*une voix terrible aux tambours : « Taisez-vous ! » Les tambours s'arrêtent soudain. San terre est h cheval à quelque distance; il accourt , il ordonne de continuer le roulement. Les tambours reprennent. Trois bourreaux entourent le Roi et veulent lui ôter ses habits ; mais il les repousse avec force et se déshabille lui-même , il délie ses cheveux, il ôte sa cravate, il ouvre sa chemise pour découvrir son cou et ses épaules, et se met à genoux pour recevoir la dernière bénédiction de son confesseur. Aussitôt il se relève et pose le pied sur la première marche de Téchafaud. Les, exécuteurs, que sa contenance fière avait un moment déconcertés, l'arrêtent et veulent lui prendre les mains. « Que prétendez-vous? leur dit le Prince en retirant ses mains avec vivacité. — Vous lier, répond un des bourreaux. — Me lier ! dit le Roi avec indignation , je n'y consentirai jamais ; et d'ailleurs c'est inutile : je suis sûr de moi. » Les exécuteurs insistent : « Non , non , reprend le Roi ; faites tout ce qui vous est commandé , mais vous ne me lierez pas : renoncez à ce projet. » Les bourreaux élèvent la voix et semblent déjà appeler du secours pour agir de vive force.

C'est ici peut-être le moment le plus affreux de cette lamentable matinée. Une minute de plus , et le Roi de France recevait un outrage mille fois plus insupportable que la mort. Il parait le craindre lui-même; et, se retournant vers l'abbé Edgeworth, il le regarde fixement comme pour lui demander conseil. Hélas! quel conseil! Le prêtre ne lui répond d'abord que par son silence; mais comme le Roi continue de le regarder : « Sire , dit-il avec laimes , dans ce nouvel outrage, je ne vois qu'un dernier trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être sa récompense ! » A ces mots Louis XVI lève les yeux au ciel avec une expression de douleur indicible, « Assurément, dit-il, il ne me faut rien moins que son exemple pour que je me soumette à un pareil afiEi*ont. » Et, se tournant vers les bour-

reaux : « Faites ce que vous voudrez, je boirai ie calice jusqu'à la lie. »

Ses mains sont aussitôt liées avec son mouchoir, et non avec une corde. Ses cheveux tombent sous les ciseanx. « J'espère qu a présent, dit-il, on me permettra de parler. »» Et il monte sur Féchafaud. Les marches en sont extrêmement roides. Privé de ses mains,' le Roi s'appuie avec le coude sur le bras de son confesseur; et, à la peine qu'il semble pren* dre, celui-ci craint un moment que son courage ne commence à fléchir. Mais quel est l'étonnement de M. de Firmont, lorsque, parvenu à la dernière marche, il le voit s'édiapper pour ainsi dire de ses mains, traverser d'un pied ferme toute la largeur de l'échaFaud, imposer silence d'un regard à quinze ou vingt tambours placés vis^vis de lui , et, d'une voix si forte qu'elle fut entendue du pont tournant , prononcer ces paroles à jamais mémorables :

a Je meurs innocent de tous les crimes qu'on m'impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le saug que vous allez ré])andre ne retombe jamais sor la France ! Et vous, peuple infortuné L.. »

Ici uiie voix éclatante, la voix de Santerre, s'écrie : « Ne le laissez donc pas parler ! » Santerre ajoute : « Je vous ai amené ici, non pour haranguer, mais pour mourir. » Un officier à cheval fond sur les tambours, l'épée en l'air, et les oljlige de battre. Pend$int que le saint prêtre , agenouillé , s'écrie : « Fils de saint Louis , montez au ciel ! » les clameurs des assassins de septembre, groupés autour de l'échafaud, se font entendre pour encourager les bourreaux. Ceux-ci paraissent s'animer eux-mêmes, et, saisissant le Roi avec effort, ils l'attachent et le poussent sous la hache, qui tombe et fait rouler sa tête.

Le plus grand silence règne d'abord parmi les spectateurs, saisis malgré eux d'une hoiTcur invincible. Le plus jeune des bcMirreaux (il ne semble pas avoir plus de dix-huit ans) ramasse aussitôt cette tête sanglante qui a porté la couronne

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