CHANCELLERIE DE FRANCE
» Le dix-huit janvier dix- huit cent quinze, nous soussignés Charles-Henri Darabray, chancelier de France, commandeur des Ordres du Roi, accompagné de M. le comte de Blacas, ministre et secrétaire d'État au département de la Maison du Roi, de M. le bailli de Crussol, chevalier des Ordres du Roi, pair de France, de M. de la Fare, évèque de Nancy, premier aumônier de S. A. R. Madame duchesse d'Angouléme, et enfin de M. Philippe Distel, chirurg^ien de Sa Majesté, commissaires nommés avec nous par le Roi pour procéder à la recherche des restes précieux de Leurs Majestés Louis XVI et de la Reine Marie-Antoinette, son auguste épouse;
» Nous sommes transportés, à huit heures du matin, à l'ancien cimetière de la Madeleine, rue d'Anjou-Saint-Honoré, n* 48;
n Entrés dans la maison attenante à laquelle le cimetière sert aujourd'hui de jardin, ladite maison occupée par le sieur Descloseaux, qui avait acheté précédemment ledit cimetière, pour veiller lui-même à la conservation des restes précieux qui s'y trouvent déposés; nous avons trouvé ledit sieur Descloseaux avec le sieur Danjou, son gendre et plusieurs personnes de sa famille; lesquels nous ont conduits dans l'ancien cimetière, et nous ont indiqué de nouveau la place où ledit sieur Danjou nous avait déclaré qu'il croyait pouvoir assurer que les corps de Leurs Majestés avaient été déposés, ainsi qu'il est constaté par l'information que nous avons faite le vingt-deux mai dernier. Ayant ainsi reconnu de nouveau le côté du jardin où nous devions faire les recherches qui nous étaient prescrites, nous les avons commencées par celles du corps de Sa Majesté la Reine, afin d'arriver plus sûrement à* découvrir celui de S. M. Louis XVI, que nous avions lieu de croire placé plus près du mur du cimetière du côté de la rue d'Anjou.
') Après avoir fait faire par des ouvriers, du nombre desquels se
tronvatt un témoin de l'inhumation de la Reine, une découverte de terre de dix pieds de long sur cinq à six de larg^eur et cinq ou environ de profondeur, nous avons rencontré un lit de chaux de dix ou onze pouces d'épaisseur, que nous avons fait enlever avec beaucoup de précaution, et sous lequel nous avons troUvé l'empreinte bien distincte d'une bière de cinq pieds et demi ou environ de longueur, ladite empreinte tracée au milieu d'un lit épais de chaux, et le long de laquelle se trouvaient plusieurs débris de planche encore intacts. Nous avons trouvé dans cette bière un grand nombre d'ossements que nous avons soigneusement recueillis; il en manquait cependant quelques-uns qui , sans doute, étaient déjà réduits en poussière; mais nous avons trouvé la tête entière, et la position où elle était placée indiquait d'une manière incontestable qu'elle avait été détachée du tronc. Nous avons trouvé également quelques débris de vêtements, et notamment deux jarretières élastiques assez bien conservées, que nous avons retirées pour être portées à Sa Majesté ainsi que deux débris du cercueil ; nous avons respectueusement placé le surplus dans une boite que nous avors fait apporter en attendant le cercueil de plomb que nous avons commandé. Nous avons également mis à part et serré dans une autre boite ]a terre et la chaux trouvées avec les ossements, et qui doivent être renfermées dans le même cercueil.
» Cette opération faite, nous avons fait couvrir de fortes platichcs la place où se trouvait l'empreinte de la bière de S. M. la Reine, et nous avons procédé à la recherche des restes de S..^l. Louis XVI.
n Suivant à cet égard les premières indications qui nous avaient été données, nous avons fait creuser, entre la place où le corps de la Reine avait été trouvé et le mur du cimetière sur la rue d'Anjou, une large ouverture de douze pieds de longueur et jusqu'à douze pieds de profondeur, sans rien rencontrer qui nous annonçât le lit de chaux indicatif de la sépulture du Roi. Nous avons par là même reconnu la nécessité de creuser un peu plus bas, et toujours dans la même direction ; mais l'approche de la nuit nous a déterminés à suspendre le travail et à l'ajourner jusqu'à demain.
» Nous sommes, en conséquence, sortis du cimetière avec les ouvriers que nous y avions amenés ; nous en avons soigneusement fermé la porte en en prenant les clefs, après avoir retiré les deux caisses susmentionnées, que nous avons portées dans le salon du sieur Descloseaux, après les avoir scellées d'un cachet aux armes de France; lesditcs caisses, -recouvertes d'un drap mortuaire, ont été entourées de cierges , et plusieurs ecclésiastiques de la chapelle
4e Sa Miajeslé sont arrivés pour tiéciter pendant la mût, autour 4e ces précieux restes , les piièves de i'ï^;i«se.
n Le directeur général de la police, «fae DoasavDùf maadé, a été dUMTgé de plaoar «ne çai^le à la poi^ et auAour du cimetière, et notas avôvis aj^Mirné à demain J9, à haït beaves -du matin, la suite de nos opérations , dont nous «?oiis arrêté «et ngfné le présent pro* eès**verbal, qni l'a été également par le sieur Descloaeauz, propriétaire du terrain, et par le sieiir Basjou^ son cendre. Paît et clos à Paris , les jour ot un qtie dessus.
î) Le chancelier de'Prance, signé D^ittiBliÂt ; l^tACAS D^AuLps; Bailli de Calssol; A. L. H. de la Fare, évoque de Nancy; Distel; Descloseaux; Danjoxj.
j) Le dix-neuf janvier dix-fatiit cent quinze, nous tions sommes de nouveau transportés an cimetière cr-dessus désigné, où nous sommes entrés à huit heures et demie du matin avec les mn-riers que tious avions mandés pour continuer les travaux commencés.
n Lesdits ouvriers ont ouvert en notre présence une tranchée profonde de sept pieds, un peu àn^essons de la tombe de S. M. la Reine et plus près du mur du côté de la me d'Anjou. Nous avons découvert à ladite profondeur quelques terres mêlées de chaux et quelques minces débris de planches indicatifs d'un cercueil de bois. Nous avons fait continuer la fouille avec phis de précaution ; mais au lieu de trouver un lit de chaux pure comme autour du cercueil de la Reine, nous avons reconnu que la terre et la chaux avaient été mêlées à dessein , en telle sorte cependant que la chaux domi* naît beaucoup dans ce mélange, mais n'avait pas la même oonsi»tance que celle trouvée -dans notre opét*ation d'hier; c'est au milieu de cette chaux et de cette terre que nons avons trsna^'é les ossements d'un corps d'homme, dont plusieurs, pnesqtte ^entièremetit cor^ rodés , étaient près de tomber en poussière ; la tète était couverte de chaux, et elle se trouvait placée au milieu de deux os de jambes, circonstance qui nous a paru d'autant plus remarquaUe que cette situation était indiquée comme celle de la tête de Louis XVI dans l'information qite nous avons faite le 22 mai dernier.
yt Nous avons recherché soigneusement s'il ne restait aucune tracé de vêtements, sans pouvoir en découvrir, sans doute parce que la quantité de chaux étant beaucoup plus considérable, avait produit plus d'effet.
» Nous avons recueilli tous les restes que nons avons pu recueillir
dans ce» amas ooaAis de teire et de ckaax, et nous les avons lénnts àMMà» Hn ^fmàd daap prépairé à oet effet, ainsi que plosieurs hmm^ ceavx de cbaux enocNne entiers.
9 Quoique la fJaœ <m ce corps avait été découvert Skt celle où pUisieurs téakoios OGulaines ée TînliUBiatioa nous avaient dédavé que Je corps de Sa Majesté avait été déposé, et que la situation de la télé ne nous laissât aucun doute sur le résultat de notre opéimtîoa , nous n'avons pas laissé eaeoee 4e fetre enlever a vin|;t^nq piads de «distance jusqu'à dix eu doose pieds de tate^ pour chercher s'il n'existait pas de lil <XMBplet de AiàvoL qui nous indiquât une aoti^e sépul^nre du Roi aussi positivement que celle de la Reine. Mais cette épreuve surabondante nous a convaincus plus complètement encore que nous étions en possession de ces restes précieux.
» Nous les avons renfermés avec respect dans une grande boite que nous avons ficelée et scellée d'un cachet aux amaes de Fi^nœ; nous avons ensuite apporté cette boise dans le néme salon où les restes du S, M. la Reine avaient été déposés hier, afin que les ecclésiastiques déjà rassemblés pussent continuer autour des deux corps les prières de l'Ëg^Jîse^ jusqu'au laoment qui sera fixé par le Roi pour leur placeoient dans des oBfïeueils de plomb «t le transport desditB oe«Hieils à l'égalise royale de 8aint-Denis.
M De tout quoi nous avons nédifi^é ei écrit le présent proc^s^erfaal qui a été sig^né par les mêmes commissaires et téafcotns que dans notre séance d'hier, et en outre par M. le duc de Duras, pair de Fiance, premier ^fentilhomme de la dbambre de Sa Majceté, par M. le uiaïquis de Dreuit-Brézé, ^aod maître des cérémonies de Fxanœ, qai ont assisté à nos opérations d'aujourd'liui., et par M. l'abbé d'Astros, vicaii^ général de l'Église de Paris^ i'un des admûiistraleurs du diocèse, le siég^ vacant i qui s est réuni À nous pour la présente exhumation.
» Fait et clos à Paris, rue d'Anjou, n** 48, à quatre heures du soir, les jour et an que dessus.
n Le chancelier de France^ sijjné Dambraï; Blacas d'Allps; Bailly de Crussol; A. L. H. de la Fare, évêqlie de Nancy; le duc de Duras; le maïquis de Brézé ; l'abbé d'Astros ; Desclose aux; Daniov; Distel.
9> Le vingt janvier dix-huit cent quinze^ à deux heures après midi, nous nous sommes rendus, suivaAt les ordres du Roi, dans
la maison du sieur Dcscloseaux, rue d'Anjou, n* 48, où, étant arrivés, nous avons trouvé réunis les mêmes commissaires qui avaient assisté à nos précédentes opérations , et les personnes que le droit de leurs char^ ou l'ordre du Roi y avaient rassemblées pour être présentes au placement dans les cercueils de plomb des restes précieux de LL. MM. Louis XVI et de la Reine Marie-Antoinette, déposés dans un salon de ladite maison, dans des caisses ficelées et cachetées, savoir : les commissaires du Roi dont les noms suivent :
» M. le comte de Blacas, ^rand maître de la garde-robe du Roi, ministre et secrétaire d'Ëtat au département de sa maison ;
n M. le bailli de Grussoi, pair de France, chevalier des Ordres . du Roi ;
» M. de la Fare, évéque de Nancy, premier aumônier de S. A. R. Madame, duchesse d'Ançouléme;
» Et en outre, M. le duc de Duras, pair de France, premier gentilhomme de la chambre de Sa Majesté ;
n M. de Noaiiles, prince de Poix, pair de France, capitaine des gardes du corps de Sa Majesté, ayant été de service auprès de S. M. Louis XVI jusques et y compris le 10 août 1792.
n En présence desquelles personnes nous avons examiné les boites ci-dessus mentionnées, dont nous avons reconnu les cachets sains et entiers ; et après les avoir rompus, nous avons procédé à la translation des précieux restes, desdites boites, dans les cercueils de plomb préparés à cet effet.
n Les dépouilles mortelles de S. M. Louis XVI ont été placées dans un grand cercueil avec plusieurs morceaux de chaux qui avaient été trouvés entiers, et le long desquels paraissaient quelques vestiges des planches du cercueil de bois ; le cercueil de plomb a ensuite été recouvert et soudé par les plombiers que nous avions mandés, et sur le couvercle a été posée une plaque de vermeil doré, avec cette inscription :