LIVRE 111. — VOYAGE DE VARENNÈS
la Reine et Madame Kiisabetii , et hors Paris, cpie le inarr{«is de Bouille, qui lui inspirait une confiance justifiée par la ▼ifpKnr avec loquétte il avait répiimé Tinsnrreètiiwi de la garnison de Nancy et rétabli la discipline dans son armëe.
Mirabeau , peu de jours avant sa mort , avait proposé nn plan d*après lequel le Roi devait se réfiiçier au milieu d'un camp dans une ville frontière, et, de là, traiter avec TAssemblée. Celte idée de Mirabeau , écartée tout d'abord comme tous les autres projets analogues, fut plus tard adoptée, quand le Roi, à bout de patience, résolut de se dérober à une servitude devenue intolérable pour sa conscience même.
Il avait établi une correspondance en chiffres avec le marquis de Bouille. Ce lieutenant général commandait en chef un corps d'armée considérable dans les Trois-Évêchés ; il avait sous ses ordres les troupes réparties dans la Franche- Comté et dans la Champagne, dans l'Alsace et dans la Lorraine, et protégeait ainsi nos frontières depuis la Suisse jusqu'à la Moselle et la Sambre.
Mais le souffle de la révolution avait passé dans presque tous les rangs de cette armée, et Bfm chef ne pouvait guère compter que sur la fidélité monarchique d'une vingtaine de bataillons de troupes allemandes et de trois ou quatre régiments de cavalerie.
Un plan fut donc concerté entre le Roi et le général. Louis XVI devait se rendre à Montmédy, place forte située près de la frontière.
M. de Bouille avait proposé que pour diminuer le danger on le divisât 9 en faisant partir d'abord la Reine seule avec le Dauphin ; mais la Reine avait dit : « Si l'on veut nous simver, il faut que ce soit tous ensemble, ou pas du tout. »
Louis XVI écrivit alors à M. de Bouille (le 29 avril) qu'il faisait construire exprès pour son voyage une berline capable de contenir toute sa famille. Le général dissuada le Roi de se servir d'une voiture qui éveillât l'attention par sa forme, et l'engagea à employer deux petites diligences anglaises fort
légères et en usage à cette époque. Malheureusement le Roi
ne défera pas à ce conseil '.
Avant de quitter Paris, le Roi voulut mettre la responsabilité de M. de Bouille à couvert , et il lui écrivit cette lettre :
« De par le Roi. — Mon intention étant de me rendre à Montmédy le 20 juin prochain , il est ordonné au sieur de Bouille, lieutenant général ea mes armées, de placer des troupes, ainsi qu'il le jugera convenable, pour la sûreté de ma personne et celle de ma famille, sur la route de Chûlonssur-Marne a Montmédy, voulant que les troupes qui seront employées à cet effet exécutent tout ce qui leur sera prescrit par ledit sieur de Bouille, les rendant responsables de l'exécution des ordres qu'il, leur donnera. Fait à Paris , le 15 juin 1791.
» Louis. V
M. de Bouille mit de sa main au bas de cet acte :
K II est enjoint à M. de Mandel, aux officiei*s, sousofficiers et cavaliers du régiment Royal-Ailemund, d*exécuter et de fiiire exécuter le présent ordre.
» Saint-May, ce 21 juin 1791.
» BOCILLÉ. »
1 D*api*è« la déposition faite devant la liante conr d'Ot'léans par Jean Louiit, telliei'HirarrosMer, à Paris, successeur de Wnrin, le mémoire de la voiture* qui lui avait ùu*. cum mandée par madame de RorfT, dés le SS décembre 1790, sVlevait a la somme de 5944 livres. Le filet de rim|iérialc était décoré de trcsiies et de tors.ides en soie; des poches |iortatives éuiient attacliciM aoz portières; des matelas couverts de taffetas et de maror|nîn appnyaient de cbaque côté les voyageurs; les coussins sur lcs(||i<'ls ils étaient aHKÎs couvraient des coffres d'aisances et des vases de nuit en cuir verni ; on avait pratiqué deux cuisinières garnies de larges ferrures; des lanternes à réverbères brillaient à l'avant -train; dcusL furies vaches couvraient riuqiériale. On avait attaché a cette voiture une enrayeuse, une courroie de li^soire et deui fonrches ferrées pour la maintenir dans les monLignes. On avait adapté au train de derrière une cantine en cuir jtouvant contenir huit bouteilles de vin. Le siège du cocher, garni d'un couvra-genoux et de ]K>ches en cuir, était placé sur une fcrrière contenant tous les ustensiles dont on pouvait avoir besoin en cas d'accident.