‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 42 sur 264 · LIVRE III. — VOYAGE DE VÂRENNES · texte numérisé non relu

LIVRE III. — VOYAGE DE VÂRENNES

Le départ, arrête d*abord pour la auit du 19 au 20 juin, n'eut lieu que dans celle du 20 au 21 , par la nécessité d*en cacher les préparatifs à une femme de chambre de la Reine , ^lëniocrate ardente, capable de dénoncer Tévasion, et dont le service ne finissait que le 19.

Il (allait se hâter. Ce projet d'évasion commençait déjà il transpirer, car peu à peu il avait fallu initier au secret les auxiliaires qu'on avait dû s*assurer. Ceux-ci avaient parlé autour d'eux , et les mœurs si légères de l'époque et quelques démarches inconsidérées avaient doublé le nombre des confidents. Il en résultait qu'à l'étranger la nouvelle de l'évasion prochaine de la famille royale s'était répandue dans plusieurs cercles bien informés, et qu'aux Tuileries elle était descendue jusqu'aux commérages subalternes de la domesticité. C'est ainsi que le bruit de la fuite préméditée de la famille royale émut le public dans les journées des 19 et 20 juin, à tel point que des déclarations circonstanciées ' furent faite» à la police. Ces bniits devaient naturellement éveiller encore la surveillance , déjà si active et si méticuleuse , à laquelle était soumis le château. Il importe, en effet, de ne pas l'oublier, . 4iéjà à cette époque les Tuileries étiiient une espèce de prison «lent M. de la Fayette était le chef responsable, la garde nationale faisant le service dans les appartements. Pendant le jour, les officiers commandant différents postes allaient recevoir le Roi, la Reine, Madame Élis^ibeth à la descente de leurs carrosses et les conduisaient chez eux , sous prétexte de leur rendre les honneurs dus à lem* rang, mais en réalité pour exercer une surveillance qui se traduisait en procédés de la nature la plus injurieuse ; car, la nuit venue , le Roi , la Reine et Madame ÉUsabetli étaient enfermés, et les gardes mettaient un matelas en travers des portes, afin que les princes ne pussent sortir qu'en passant sur le corps de ces

< Voir la relntion fidèle de la fuite du Roi ^ Varennes, extraite tUê pièce* jadîcîaireg et adminiitrativef , par M. BimbencC, greffier en chef, archiyitfte de la cour royale d*0rléanji. Parii, Dvntii, iHkk,

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étranges déKeiisetirs derenus des geélicrs'. La fuite, impcs* sible de jour, était donc très*difBcile de imit.

La'fbmitteToyuie, qui saTuit les précautions dont on l'en- TÎrnnnait la nuit, avait, de longue main, fait ouvrir des issues secrètes. Dès le mois de janvier précédent, on avait pratiqué, dans la boiserie de l'appartement de Madame Élisabetii, une porte si arthtement faite ^ qu'il était difficile quon s'aperçût de son existence à moins d'en faire une recherche exacte : nous citons ici un témoignage reçu plus tard en justice. Cette porte donnait sur un petit escalier conduisant à une voûte qui séparait cet appartement de cdui de la Reine. On avait "fait pratiquer des portes de ce genre dans les appartements de la famille royale; elles s'ouvraient a l'aide de clefs ployantes qu'on pouvait porter sur soi sans la moindre gène, et elles étaient si parfaitement ajustées aux panneaux de la boiserie et se fermaient si bermétiquement, qu'on ne les eût découvertes qu'avec h plus gronde difficulté, quand même elles n'auraient pas été cachées par une tapisserie. Enfin, on s'était ménagé la possibilité de posser par une porte condamnée depuis longtemps, et qu'on a^nit eu soin de masquer par un meuble, qui, s'ouvrant sur ses deux faces opposées, la cachait sans In fermer. L'ingénieuse prévoyance de ces mesures témoigne iK; la rigueur de lo captivité de la famille royale : cet art et cette fécondité d'expédients n'appartiennent qu'aux prisonniers.

Dans la' matinée du 20 juin, le Dauphin sortit, à dix heures du matin, pour aller h son jardin , au bout des Tuileries; à onze heures, la Reine et les personnes de sa suite ae rendirent à la messe ; en sortant de luichapelle, elle ordonna qu'on tint sa voiture prête pour cinq heures du soir. « Pendant toute la journée du 20 juin , dit Madame Royale dans

^ L'authenticité de ces détailfl résulte clairement des dépositions faites dans le procès qui svirit la fmte de Varennes, par Dabois, capitaine de >a S* cornpaj^nie de la section du Rouie, et par Mercier et Pram^ois Ghanveau, grenadiers soldés de la 6* division.

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>la rtfltiliou qu'elle n écrite du voyage de Voreniies, mon père et ma'inère me parurent fort agités, sans que j'en susse les raisons. A cinq heure;;, ma mère alla se promener avec mon frère et moi, ^madome de Maillé, sa dame de palais, et madame de Soucy, sous-gouvernante de mon frère, à Tivoli, au bout de b Chaussée d'Antin. Dans la promenade, ma mère me (irrt à part, et mie dit que je ne devais pas m'inquiéter de tout ce que je verrais. »

£fi rentrant, hi Reine donna l'ordre au commandant de bataillon pour lu sortie du lendemain. Madame de Tourzel en fit autant pour le service du jeune Prince; et, de plus, afin d'éloigner toute idée de départ, elle dit à ses gens de préparer un bain pour elle, i\ l'heure où elle sortirait de chez M. le Dauphin.

Le Roi et sa fiimîlle, après avoir soupe à l'heure ordinaire et admis à leur f*oucher, selon l'expression du temps, les personnes qui avaient 'l'habitude de venir faire leur cour à eette heure, s'étaient retirés après dix heures dans leurs appartements. Les coutumes du château avaient donc été scrupuleusement observées : le Dauphin s'était couché it neuf heures. Madame Royale à dix, la Reine vers di>t heures et demie, et le Roi à onze heures vingt minutes. Tous les ordres étaient donnés atfx gens de service pour lé lendemain, les portes fermées à clef; les précautions usitées avaient été prises, et, sur quelques points, les postes doublés, notamment h la porte de Madame Elisabeth.

A peine les gens de service se sont retirés, que le Roi, la -Beine, Madame Klisabeth se lèvent; en un instant ils sont prêts à partir. La Reine va à la chambre de sa -fille; Madame Royale entend la première un léger bruit à sa porte et en avertit sa femme de chambre ; celle*ci hésite , mais la Reine élève la voix ; alors madame Brunier s'empresse d'ouvrir. Aussitôt que la Reine est entrée, elle annonce à cette dernière le projet d'évasion , lui apprend qu'elle l'a désignée , ainsi que madame de Neuville , pour l'accompagner, et lui

ordonne d'habiller Madame Royale et de la conduire près du Dauphin. La robe destinée à la jeune Princesse avait été commandée à une couturière chargée d'acheter l'étoffe la plus simple; c'était une indienne brune qui était revenue à quatre francs dix sous ' .

La Reine se rend ensuite à l'appartement de son fils. Elle réveille le jeune Prince, qui peut à peine ouvrir les yeux : « Levez-vous, lui dit-elle, c'est pour aller dans une place de guerre où vous commanderez votre ré{;iment. » A ces mots, il se jette ii bas de son lit en disant : « Vite, vite , dépéchons«nous ; qu'on me donne mon sabre, mes bottes, et paitons! » On l'habille ii la hâte; mais ce ne sont ni des bottes ni un sabre qu'on lui donne, mais bien une petite robe et un bonnet que madame de Tourzel a fait faire depuis longtemps pour le Dauphin par sa fille Pauline, en prévision de circonstances qui rendraient un déguisement nécessaire. Madame Royale (c'est d'elle-même que l'on tient ce détail) demande i\ son frère ce qu'il croit qu'où va faii^. — « Je crois, i*éponditril, qu'on va jouer la comédie, puisque nous sommes déguisés. »

Lu Reine, en annonçant son départ, dit a madame de Neuville, première femme de chambre du Dauphin, qu'elle le suivra dans une chaise de poste avec madame Brunier, première femme de chambre de Madame, qu'elle vient d'avertir, et qui va se rendre chez M. le Dauphin. Apercevant alors madame de Bar, une de ses femmes les plus dévouées et qui était tout en larmes de son départ : « Je suis affligée de ne pouvoir vous emmener, lui dit-elle, mais je vais vous faire conduire sûrement chez vous, et je compte assez sur votre attachement pour être assurée de votre discrétion. » Cette pauvre femme se jette aux genoux de la Reine,

^ On possède encore nn écliantillon de cette rohc ait {greffe de la conr d'Orléans, écltantillon qoe Ton coupa au retour de Varennes, pour Tanneier à la minnie de Tinterrogatoire de madame Rrunier, femme de chambre de Madame Royale.

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