‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 5 sur 264 · LIVRE PREMIER. — VERSAILLES. J · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — VERSAILLES. J

h l'hôtel de ville pour assister à la cérémonie du feu de fagots d'usage en pareille circonstance. Sur la place de Grève, du côté de la rivière, était disposé un bûcher de cinq cents iàgots, couronné par un arbre vert; après en avoir fait le tour, suivis d'un grand cortège , le gouverneur et le prévôt des marchands y mirent le feu. Peu de temps après, sur cette même place, un feu d'artifice fut tiré; et aussitôt l'hôtel de ville donna le signal des illuminations. Quinze buffets, dont quatre sur la place de Grève, et autant de fontaines , prodiguèrent au peuple le pain , les cervelas et le vin; et la musique d'autant d'orchestres fit prolonger les danses bien avant dans la nuit ' .

Le vendredi, 1" avril, par ordre du Roi, un Te Deum fut chanté en l'église de Notre-Dame de Paris; tous les grands corps de l'État s'y trouvaient convoqués. Sa Majesté y arriva à six heures moins un quart. Sur son passage, à sa venue comme a son retour, il fit jeter de l'argent au peuple. En sortant de l'église, à sept heures un quart, il trouva toutes les maisons illuminées*; et les acclamations populaires témoignèrent de l'amour de la France pour le monarque qui, dans la fleur de la jeunesse, faisait sa félicité de la félicité publique.

Jamais, en effet, roi n'était monté sur le trône avec des intentions plus droites et plus pures que Louis XVL II n'avait pas seulement le goût, il avait la passion du bien. C'était pour lui une satisfaction inexprimable que de se sentir aimé par son peuple, une souffrance cruelle que de voir cet amour diminuer. De là , la popularité si méritée dont il jouissait au commencement de son règne. Il avait couru droit aux mesures qu'il jugeait les plus propres à obtenir cette affection , à celles aussi qu'on lui indiquait comme propres à atteindre ce but, et c'était non-seulement sans hésitation, mais avec joie, qu'il réforma les abus qu'il découvrit ou qui lui furent

* Notes et DoteumcnU N» 1.

^ Notes et Documents N» 1.

1* LOLIS XVII.

sif>;ualé$ , alors même que la suppression de ces abus appauvrissait soD épiu'gne ou diminuait l'appareil du trône. Il s'indignait surtout de ces infidéiitëâ et de ces rapines qui appe* santissaient les charges déjà si lourdes du peuple.

La France applaudit à cette probité vigilaoie. Elle saluait en même temps les réformes utiles : la servitude persounelle abolie dans le domaine royal ; la corvée remplacée par une imposition générale dont le Roi voulut que ses propres domaines ne fussent pas exempts ; les impôts qui pesaient sur ru(;riculture diminués par un prince qui avait pour les laboureurs TafFection de Henri IV ; la torture cfiacée de nos codes; la vie civile rendue aux protestants; le port de Cherbourg s'ouvrant sur la côte qui regarde l'Angleterre, Port-Vendres sur celle qui regarde l'Espagne ; tandis que les flottes françaises faisaient reparaître avec éclat sur les mers le pavillon de Duquesne, de Duguay^Trouin et de Jean Bart, et que la jeune Amérique naissait n l'indépendance à l'ombre du vieil étendard fleurdelisé. C'était un beau et grand spectacle qui saisissait tous les esprits eu deçà et au delà de nos frontières. Le peuple alors, plein d'entliousiasme pour un Roi dont la plus grande consolation était d'alléger ses souffrances, courait écrire sur le piédestal de la statue de Henri IV : Redivivus, et les voix les plus écoutées dans toute l'Europe annonçaient à ce jeune règne de grandes destinées.

Cependant qui aurait pu confronter les dons, le caractère et l'esprit que le Roi avait reçus du ciel , avec les besoins , les aspirations et surtout les difficultés et les vices du temps» aurait dès lors lu dans l'avenir de graves complications. Louis XVI était un prince profondément honnête, attaché à ses devoirs, d'un esprit éclairé mais sans hardiesse» d'un caractère qui devait se trouver fort devant le malheur, mais dont le courage passif qui accepte le péril ne s'unissait pas au courage qui le surmonte. Il avait le coup d'œil juste, mais une grande défiance de lui-même rendait inutile cette justesse d'esprit. Élevé loin des affaires pendant le règne de

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