LIVRE WIII. — AGOMK ET MORT
?s secours de leur arl devant désormais se borner à adoucir la erniëre phase de cette lamentable agonie. Ils exprimèrent un if étonnement de l'abandon dans lequel on le laissait pendant a nuit et une partie de la journée. Gomme les gardiens leur épondirent qu41s suivaient une consigne rigoureusement imposée , les médecins insistèrent , dans le bulletin , sur la nécesité de donner au petit Gapet une garde-malade ^ Le comité de ûreté générale prit, en date du lendemain, un arrêté pour lutoriser les médecins à placer une personne de leur choix au- )rès du lit de souffrance de l'enfant *. Cette permission vint )ien tard , si tard, que le même jour le comité de sûreté générale dut prendre un autre arrêté qui , comme on le verra , anlulait la première mesure, devenue, hélas! inutile*.
Les médecins permirent un verre d'eau sucrée, si l'enfant, Jont le gosier était brûlant, demandait encore à boire, et ils se retirèrent avec le sentiment d'une douloureuse impuissance. L'avis de M. Pelletan fut que le jeune Prince ne passerait pas le lendemain; M. Dumangin croyait le terme un peu plus éloigné.
Il fut convenu entre eux que, le lendemain matin, le docteur Pelletan reviendrait visiter le malade à huit heures, et M. Dumangin à onze heures.
Les médecins avaient à peine franchi le seuil de la porte , que la langue d'Hébert se délia par cette brusque apostrophe : u Dites donc , citoyens , Marat était le médecin des gardes du corps du Capet d'Artois, il n'en était pas moins l'ami du peuple. »
Remonté le soir à l'heure du souper, Gomin fut bien agréablement surpris de trouver le malade un peu mieux : son teint lui parut plus clair , son œil plus vif, sa voix plus forte. ■^ C'est vous , dit-il tout d'abord à son gardien avec un mou-
* Voir aux Pièces justificatives , n^ XII (article 5 de l'Etat des pièces tendant à constater que le cœur de S. M. Louis XVII a été réellement contervé, etc.).
^ Idem, article 6.
^ Idem, article 1.
vement qui ressemblait à de la joie. — Enfin vous souffrez moins? lui dit Gomin. — Moins, dit Fenfant. — C'est à cette chambre que vous le devez. Ici du moins Tair circule en pleine liberté , la lumière y pénètre ; les médecins viennent vous voir, et vous devez être un peu consolé. » Il regarda le surveillant d'un œil plein d'amertume. Cet œil, si pur il y a un instant, se voila, puis il brilla tout à coup d'un éclat nouveau : une grosse larme avait roulé sur sa joue. Gomin lui demanda ce qu'il avait. « Toujours seul! avait-il répondu. Ma mère est restée dans l'autre tour ! »
On le voit , tout ce que son cœur avait encore de chaleur et de tendresse , ce malheureux enfant le donnait à sa mère absente. Cet amour filial avait survécu à tout ; cet amour était fort comme sa volonté, il était profond comme son âme. L'amour, c'est l'Ecriture qui l'a dit, est plus fort que la mort. Aux heures où la réflexion dominait le sentiment de ses souffrances , toute autre pensée s'effaçait en lui , et son cœur si éprouvé se refermait doucement sur l'image adorée de sa mère.
Gomin reprit : « C'est vrai, vous êtes seul, et c'est bien triste; mais vous n'avez pas ici , comme on a ailleurs , le spectacle de tant de méchants hommes et l'exemple de tant de mauvaises actions. — Oh! j'en vois assez, murmura-t-il ; mais (ajoutât-il d'une voix adoucie en arrêtant les yeux sur son gardien et en appuyant la main sur son bras) je vois aussi de braves gens, et ils m'empêchent d'en vouloir à ceux qui ne le sont pas. »
Gomin lui dit alors : « N *** *, que vous avez vu souvent ici comme commissaire, a été arrêté, et il est maintenant en prison. — J'en suis fâché, dit le Prince. Est-ce ici? — Non, ailleurs, à la Force, dans le quartier Saint- Antoine. » Une âme ordinaire se serait crue vengée : lui , il eut la magnanimité de plaindre son persécuteur. Il fit une longue pause et répéta avec réflexion : « J^en suis bien fâché; car, voyez-vous, il est plus
* Malgré tous ses efforts, Gomin. qui se rappelait par&itement le hit, n'a pu se souvenir du nom du municipal. Les registres des ëcrous ne nous ont point fourni non plus ce renseignement.