LIVRE XVIII. — AGONIE ET MORT
hommes commandés par un sergent. Derrière marchaient Lasne et les commissaires civils déjà nommés : les citoyens J. Garnier, chef de brigade de la section de Montreuil; Pierre Vallon y capitaine de la même section ; Damont , de service le jour de la mort, le 20 prairial; Darlot, idem, le 21; Guérin, le 22, et Bigot qui devait Tétre le lendemain. Parmi eux se trouvaient aussi Goddet , Biart et Arnoult , que la section du Temple avait adjoints à Dusser pour constater le décès et surveiller Tinhumation. Puis venaient encore six à huit hommes et un caporal. On prit les rues de la Corderie, de Bretagne, du Pont-auX'Choux, de Saint-Sébastien, de Popincourt^ de Basfroid, et on entra au cimetière Sainte-Marguerite par la rue Saint-Bernard, La foule escorta longtemps le convoi ; un grand nombre de personnes le suivirent même jusqu^au cimetière. Ces quelques soldats autour d*un petit cercueil attiraient Fattention publique et provoquaient des questions tout le long de la route. Il se fit surtout un mouvement d^ntérêt marqué dans un groupe considérable qui s*était formé au coin du boulevard et de la rue du Pont-aux-Choux, et qui, en grande partie, était composé de femmes. Les noms de petit Capet, et surtout de Dauphin, circulaient de bouche en bouche avec des exclamations de pitié et d^ attendrissement. Plus loin, dans la rue Popincourt, quelques enfants du peuple se découvrirent en signe de respect et de sympathie devant ce cercueil qui contenait un enfant mort plus pauvre qu'ils ne devaient vivre euxmêmes.
Le convoi entra dans le cimetière Sainte-Marguerite, non par r église, comme le rapportent quelques narrations, mais par la vieille porte de ce cimetière. LUnhumation se fit dans le coin, à gauche, à huit ou neuf pieds du mur d'enceinte , et à égale distance d'une petite maison qui a servi depuis de classe à Técole chrétienne. La fosse fut comblée; aucun tertre n'en indiqua la place ; le sol remué reprit son niveau, et toute trace d'inhumation disparut. C'est alors seulement que se retirèrent les commissaires de la police et de la municipalité. Il était çrès
de neuf heures ; il faisait jour encore. L'air était pur, et Tauréole de vapeur lumineuse qui couronnait cette belle soirée semblait prolonger les adieux du soleil.
Deux factionnaires furent placés, Tun dans le cimetière, l'autre à la porte d'entrée, afin que personne ne vînt enlever le corps de Louis XVIL Cette précaution fut prise pendant deux ou trois nuits.
Au retour du cimetière , les personnes qui avaient présidé à cette triste cérémonie dressèrent l'acte d'inhumation de ce pauvre petit Prince. En voici la minute, que possèdent les archives de la préfecture de police : « L'an troisième de la République française, le vingt-deux prairial, sept heures du soir, nous Dominique Goddet et Nicolas-Laurent Arnoult, commissaires civils de la section du Temple, en exécution de l'arrêté du comité de sûreté générale de la Convention nationale en date de ce jour, dont la teneur suit :
u Du vingt-deux prairial, l'an trois de la République française. Le comité de sûreté générale arreste que le comité civil de la section du Temple se concertera avec les commissaires de garde au Temple pour faire donner la sépulture au fils de Louis Capet dans le lieu, suivant les formes ordinaires, en présence de nombre de témoins déterminé par la loi , et encore de deux membres du comité civil de laditte section du Temple.
n Les représentants du peuple, membres du comité de sûreté générale signés ; ainsi signé , Boudin , Pémartin , Courtois , C.-Alex. Isabeau, Piene, J. F. Rovere, Bergoing, Président, Pierre Guyomar, Sevestre, J. B. Genevois.
» En conséquence et pour l'exécution de la loi du 20 sept. 1792, nous avons requis le citoyen Pierre Dusser, commissaire de police de notre section, à l'effet de se transporter avec nous à la tour du Temple, pour y constater le décès du fils de Capet, où étant, les citoyens Lasne et Gomin, commissaires de garde au Temple , et le citoyen Etienne-Joseph Guérin , commissaire civil de la section de l'Homme armé, de service cejourd'huy à la tour, nous ont représenté un cadavre du sexe masculin , de