LIVRE XVIII. — AGONIE ET MORT
sait par la fenêtre et éclairait, sur un bois de lit sans matelas, rap taché de sang qui recouvrait les restes du petit-fils de is XIV. Ce drap enlevé, la victime apparut portant les traces
les hommes de Tart avaient laissées de leur passage : le pel de la science avait mutilé ce corps déjà défiguré par les 1res ; mais il avait respecté ce visage pâle et amaigri sur el , à l'expression de la douleur, avait succédé un caractère cible de calme ; ses yeux, qu'aucune main de la terre n'avait lés, s'étaient clos d'eux-mêmes; ou plutôt on eût dit que, lis que les hommes avaient quitté le chevet du lit fatal , un i était venu souffler sur cette petite tête, qui, si jeune et si !, avait porté la couronne d'épines de sa famille. % déclaration du décès fut rédigée : cette pièce était restée u'à ce jour tellement ignorée qu'on a pu en nier l'existence *. } reproduisons ici l'acte mortuaire, enregistré deux jours
tard.
près avoir signé cet acte dans la chambre voisine, les comaires se rapprochèrent encore du lit funèbre. Je ne sais 3 sentiments avait éveillés dans leur âme un spectacle traordinairement triste; mais longtemps ils le contemplè-
muets et immobiles. Enfin, rompant ce long silence : t-ce que tout n'est pas prêt? demanda l'un d'eux. Que l'homme qui a été envoyé? — J'attends, » répondit une ;e voix dans l'ombre; c'était celle de l'employé aux inhu- 3ns, qui, debout près de la porle, tenait un cercueil sous as. « Approche et dépêchons. » Et l'homme des funérailles
ses voliges sur le carreau. Il prit le corps de l'orphelin [ et le mit nu dans la bière , car celui qui avait été bercé
la pourpre n'avait pas un linceul pour être enseveli. DS, voici pour lui n^ettre sous la tête, » dit le plus jeune des nissaires en donnant son mouchoir; ses collègues le regarit d'un œil équivoque, étonnés de sa faiblesse, peut-être m audace, et de sa piété pour les morts. Cet exemple
ous l'avons retrouvëe aux Archives de l'Hâtel de ville, dans le registre immissaires de police, section du Temple, n<> 23.
encouragea les bonnes dispositions de Lasne : il s^empressa d'aller chercher un drap de lit qui servit de linceul à ce dernier Roi de la monarchie. £t quatre clous scellèrent les planches de sapin : le bruit du marteau sur le cercueil d'un enfant ébranla le sol de la vieille salle, et fit aux échos de la tour féodale retrouver leur voix endormie.
La bière fut descendue dans la première cour, posée sur des tréteaux et recouverte d'un drap noir. En quittant le seuil de la chambre déserte où s'étaient éteintes tant de souffrances inconnues, le pauvre Gomin dit à Gourlet, qui marchait derrière tous les autres : « Tu n'as plus besoin de fermer la porte de fer. » Il avait raison : le prisonnier était libre ; la prison allait rester morne et silencieuse ; la perversité humaine avait accompli son œuvre et s'était retirée.
Il était sept heures lorsque le commissaire de police ordonna la levée du corps et le départ pour le cimetière. On était aux plus longs jours de l'année ; l'inhumation n'eut donc pas lieu en cachette et la nuit, comme quelques narrateurs mal informés l'ont dit ou écrit : elle eut lieu en plein jour ; elle avait attiré un grand concours de monde devant la porte du palais du Temple. Un des municipaux voulait faire sortir le cercueil secrètement par la porte qui donnait dans l'enclos du côté de la chapelle ; mais le commissaire de police Dusser, plus spécialement chargé de diriger la cérémonie , sut , à la satisfaction de Lasne et de Gomin , s'opposer à cette mesure peu convenable, et le cortège sortit par la grande porte. La foule qui s'y pressait était contenue et alignée derrière un ruban tricolore que tenaient, de distance en distance, les gendarmes d'ordonnance de service au Temple. La commisération et la tristesse étaient peintes sur toutes les figures. Un petit détachement de troupe de ligne de la garnison de Paris , que l'autorité avait envoyé , attendait le convoi à sa sortie pour lui servir d'escorte. On se mit en marche. La bière recouverte du drap mortuaire fut portée à bras sur un brancard par quatre hommes qui se relevaient deux à deux par intervalles ; elle était précédée de six à huit