LIVRE XIX. — LE CIMETIERE
signé d'une manière précise. Mais cette sépulture a4-elle toujours gardé le dépôt qui lui a été confié? c'est là une question qu'il nous est impossible de résoudre avec certitude.
Dans cette perplexité, nous devons nous borner à mettre sous les yeux du lecteur les divers renseignements que nous avons réunis sur ce sujet, et dans Tordre où nous les avons recueillis.
Le premier acte qui , pour nous , vint contredire la déclaration de Lasne touchant la sépulture particulière , fut cette lettre que nous adressa, en 1837, Fabbé Raynaud, vicaire de Sainte- Marguerite depuis 1803 :
tt Vous me faites Fhonneur de me demander des renseignements sur l'inhumation de Louis XVII dans le cimetière Sainte- Marguerite. Nommé en 1803 vicaire de cette paroisse, que je n'ai jamais quittée depuis, j'y /li connu dès lors Pierre Bétrancourt , dit Valentin , fossoyeur depuis vingt à trente ans , et le nommé Decouilet, qui a été longtemps bedeau aux Quinze- Vingts. Les détails que je vous transmets m'ont été donnés par ces deux personnes, dont la probité et les sentiments religieux rendaient le témoignage digne de foi. Ils m'ont déclaré tous les deux que le Dauphin avait été inhumé dans la fosse commune^; que, pendant une pu deux nuits, le cimetière avait été gardé par la police et la force armée ; mais que , la troisième nuit , débarrassés de leur surveillance , ils avaient recherché la bière et l'avaient reconnue facilement à une marque qu'ils avaient faite avec de la craie'; mais que, pour s'en assurer davantage , ils avaient soulevé une des planches du cercueil mal cloué, et avaient vu la tête d'un enfant dont le
^ L'abbé Raynaud se trompe ea fitlsant de Decouflet le compagnon de travail de Valentin. On verra plus tard que Decouflet ne prit aucune part à l'inhumation, et qu'il n'en fut pas mémetëmoln.
' La veuve Decouflet nous a dit que , dans le but de retrouver plus facilement le cercueil, Valentin avait peut-être laissé quelque distance entre les bières qui précédaient et celles qui suivirent. (Ne serait-ce pas cette précaution qui aura fait croire à une fosse particulière?)
crâne avait été ouvert*; qu'ils avaient creusé une autre fosse sous la porte du ciqaetière donnant dans la chapelle de Saint- V^incent de Paul , et y avaient enfoui la bière du jeune Prince , après avoir formé sur la planche supérieure de cette bière une croix de Malte avec des lattes.
n Je répète que j*ai beaucoup connu ces deux personnes, pendant bien des années , et que je n^ai jamais douté de Tentière vérité de leurs récits ; ils me les faisaient d'ailleurs à une époque où ils ne pouvaient avoir aucun intérêt à le faire.
7) Decouflet, bedeau des Quinze-Vingts, est mort le 4 octobre 1824. Je me souviens que sept ou huit ans auparavant, lorsquMl fut question de fouilles dans le cimetière, le bon curé des Quinze- Vingts , M. Quinet, mort il y a quelques années curé de Saint-Ambroise , fit appeler Decouflet, et lui dit d'un ton grave et solennel : « Ah çà, Decouflet, il ne s'agit pas de plai* santer; fais attention au témoignage que tu dois rendre, car on te jetterait dans un cul de basse-fosse si tu ne disais pas la vérité.
» — Il y a vingt ans que je la dis , monsieur le curé , et les recherches que Ton va faire le prouveront. »
» Quant à Valentin, il est mort avant la Restauration^; mais il était si persuadé qu'un temps viendrait où l'on rechercherait les restes de l'enfant royal, que quelques heures avant sa mort il disait à sa femme : a Un jour on te fera du bien, et tu seras heureuse ; quand on aura retrouvé le Dauphin , on me récompensera en toi. »
» Voilà, Monsieur, les renseignements que j'ai recueillis à
' J'ai fait observer à la veuve Decouflet, qu'après l'autopsie la tête de l'eofaut avait ëtë couverte de bandelettes qui descendaient sous le menton , et qu'ainsi il n'avait point ëtë possible de voir que le crâne avait ëtë ouvert. ■ Oh! monsieur, me rëpondit-elle , le linge devait être tache; d'ailleurs, Valentin l'a peut-être soulève. »
On le voit, la veuve Decouflet disait toujours peut-être; elle n'avait rien su que par Decouflet, qui n'avait rien appris que par Valentin.
* Le 4 juin 1809, a ëtë prësentë à l'ëglise Sainte-Marguerite le corps de pierre Bëtrancourt, âge de soixante-deux ans, rue Saint-Bernard, no 37.