‹ Louis XVIIChapitre 136 sur 206 · LIVRE XX. — MARIE-THÉRÈSE · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — MARIE-THÉRÈSE

et nous nous trouvâmes également devant une porte de fer : a Ici est la sœur : c'était Tappartement de leur mère. » Nous entrâmes. Madame était assise sur le canapé adossé à la fenêtre, et paraissait occupée de couture ou de broderie. Elle ne leva pas les yeux. Laurent me présenta comme son collègue : elle ne répondit pas un mot.

» Je saluai profondément en me retirant, et j'ai su depuis que cette dérogation aux usages du lieu m'avait fait tout d'abord remarquer par la Princesse. Les jours suivants , lorsque je la revis, je me tins vis-à-vis d'elle dans un respectueux silence, et je ne sache pas lui avoir jamais adressé le premier la parole. Pendant les deux ou trois premiers jours de mon installation , elle ne me parla pas non plus ; mais je crus voir qu'elle m'examinait avec attention ; et témoin, plus tard, de la merveilleuse aptitude qu'elle a montrée à deviner les sentiments politiques de certains commissaires, je ne doute pas que son regard n'ait pénétré vite dans mon cœur et n'y ait surpris mes sentiments. Une démarche que je hasardai me concilia tout à fait ses bonnes grâces. Comme je sortais toujours le dernier de son appartement, ayant pris l'habitude de fermer moi-même la porte, je remis un matin, pendant que Laurent et le commissaire civil étaient déjà sur l'escalier et avaient le dos tourné, je remis à Madame du papier et un crayon, en la priant de m' écrire ce qu'elle désirait. Elle me répondit la première fois : — Des chemises et des allumettes.

n Par ce moyen je parvins à lui rendre quelques services. Les tegips devenus moins rigoureux, le crayon devint moins indispensable. La Princesse ne me parlait point devant les commissaires , de crainte de me rendre suspect ; mais lorsque je me retirais après eux, elle se mettait rapidement derrière la porte et me disait quelques mots. C'est ainsi que j'appris qu'elle n'avait plus ni bas ni chaussures ; Laurent et moi nous ne nous en étions pas aperçus, Madame ayant toujours soin de tenir sa robe baissée de manière à cacher ses pieds. L'occasion de pourvoir à ce dénûment me parut favorable le jour m^vofe. \

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nous aFioDS pour commiMaire civil un homme dont j^avais déjà remarqué les sentiments honnêtes ; c*étaît Armand (limonadier, tenant sur le boulevard du Temple le café qui portait son nom). \ous nous entendîmes avec lui, mon collègue et moi, pour adresser notre requête an comité de sûreté générale. On fit droit à notre double demande : un paquet contenant une douzaine de paires de bas nous fut envoyé , et une personne vint avec une corbeille remplie de chaussures de chez le cordonnier dont le magasin était situé près de Sainte-Elisabeth ; Madame en choisit une paire; à ma prière, elle en prit une seconde. Plus tard , lorsque Lasne me fut adjoint , nous eûmes un peu plus de liberté. U nous fut permis de montrer plus d'égards et de déférence à la Princesse; mais on comprend tout ce que notre rôle exigeait de réserve et de prudence ; nos bonnes dispositions étaient forcément subordonnées aux sentiments que nous supposions aux commissaires. Parmi eux se rencontraient de braves gens, mais aussi des hommes d'un cynisme odieux, qui se permettaient de tutoyer la Princesse et de lui adresser des paroles grossières.

» Madame m'a raconté que Tun d'eux lui avait demandé : « As-tu de l'eau? — Je n'en sais rien. — Et qui doit le savoir? Vas-y voir, n Madame habituellement ne répondait pas : elle était toujours à sa place , calme et silencieuse , et souvent son air imposant arrêta l'injure sur les lèvk*es des municipaux. Quelques-uns d'entre eux profitaient de tous les incidents pour aggraver sa situation. C'est ainsi qu'un jour ils déci- ^ dèrent qu'on lui retirerait le briquet à l'aide duquel elle se procurait deux choses si précieuses pour un captif, le feu et la lumière ^

1 a Commune de Paris.

B Ce l'c thermidor an II de la République une , indivisible et impérissable (19 juillet 1794).

» Ccjourd'hui , 1*' thermidor, nous , membres de la Commune de garde tu Temple, nous étant aperçus que dans l'un des poêles qui sont dans l'appartement occupé par la fille du tyran il y avait un feu trés^considérabie, lui avons

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