LIVRE XX. — MARIE-THERESE
La garde du Temple fut réduite à quelques hommes , et les comités civils des sections de Paris furent dispensés d*y envoyer chaque jour un de leurs membres*. Madame de Chanterenne ayant représenté aux gardiens que la fille de Louis XVI étant indisposée, il était nécessaire, pour sa santé, qu'elle prît Pair
Une robe de soie verte et une robe de linon.
Outre Ie8 objets en neuf, nous fîmes réparer tout ce qui pouvait l'être , et notamment six redingotes de basin blanc, que Madame portait le matin.
» GouiN. •
Ce n'est pas tout encore : on s'occupa de son instruction et de son amuspment , comme le prouve le document suivant :
« Bureau des hospices civils de Paris.
■ Liberté. — Egalité.
• Paris, le 15 thermidor de l'an III de la République française une et indivisible.
» La commission des secours publics reconnaît avoir reçu du citoyen DambreviUe, conservateur du dépôt littéraire, rue Marc, maison Montmorency, l'Histoire de France, de Velly, et les Mondes, de Fontenelle, mis à sa disposition par la commission de l'instruction publique, pour l'usage de la fille de feu Louis Gapet.
• Dbrnicau. »
On ajouta à cet envoi du papier, des crayons, de l'encre de Chine et des pinceaux.
ï ■ Section de police.
» Du 3 messidor au III (21 juin 1*795).
» Vu la lettre de la commission administrative de police en date du 2 de ce mois, dans laquelle elle demande que les comités civils sji.'iit dispensés d'envoyer chaque jour un de leurs membres au Temple : 1° parce que ce service est très-onéreux; 2^ parce qu'il les détourne de leurs occupations; 3« parce que le décès du fib de Louis Capet paraît rendre cette précaution moins utile ;
> Le comité de sûreté générale arrête que les dispositions des articles 3 et 4 de son arrêté du 7 brumaire dernier, qui appelle chaque jour un membre des comités civils des sections de Paris à la garde du Temple , demeure rapporté.
• La commission administrative de police transmettra le présent arrêté aux comités civils de chaque section.
» Les représentants du peuple, etc. :
• Gauthibr, Boudi.v, Pibrrp. Guvomar. Courtois, Marib- Joseph
ChKNIBR, LoUONT, MONTHA^.Ol , PlBRRRT et BBHnOING. a
;^> LOLIS XVII.
dans Tenceinte où est située la tour, Gomin et Lasne, en transmettant cette réclamation aux membres du comité de sûreté générale, eurent soin de leur faire observer qu'il n y avait plus de sentinelles dans cette enceinte , où eux-mêmes se tenaient continuellement , et qu'elle était entourée de murs de trente-six pieds de haut. Cette requc^te fut accueillie.
Madame Hue, qui ignorait la nomination de madame de Chanterenne, sollicitait auprès du comité de sûreté générale Tautorisation d*entrer au Temple *. Cet honneur ne pouvait lui
1 Ces deux lettres , retrouvées par nous , en font foi :
« .^ux citoyens représentants du peuple composant le comité de sûreté généraU
de la Convention nationale.
• CiTOVEX'S,
• Instruite d'un arrête pris au comité de sûreté générale par lequel il a éi« dit qu'une citoyenne serait placée auprès de Marie-Thérèse-Charlotte dt Bourbon , détenue dans la tour du Temple, la citoyenne Victoire-Madeleine- Henriette Hutin , âgée de 34 ans . native de Saint - Dizier. département de b Haute-Marne . épouse de François Hue , natif de Fontainebleau , demeoraot ensemble à Paris, quai de l'Égalité, n» 6, isle de la Fraternité, précédemment attaché au service de Louis XVI et de sa fiimille. qu'il a suivi as Temple où il a été enfermé avec eux, la ditte citoyenne demande à être nommée par vous pour donner ses soins à Marie-Thérèse-Charlotte Bourboo.
» La citoyenne Hue n'a rien à redouter des informations que vous prendréi sur ses mœurs. Épouse et mère, elle en remplit fidèlement tous les devoirs, * 7 messidor l'an 111 de la République françoise (23 juin 1795).
• V. M. H. Hutin Hue, • Ide de la Fraternité, qaai de l'Égalité, n^ 6. «
« /lu citoyen Bergoing , président du comité de sûreté générale,
» CiTOVKN.
» Je viens pour la quatrième fois vous demander réponse à l'adresse qse j'ai présentée au comité pour être placée auprès de Marie-Thérèse-Charlotie Bourbon. Je sens que beaucoup d'affaires peuvent vous empêcher de vosi occuper de ma pétition ; mais mon impatience redouble par le retard, et pir l'idée accablante que cette jeune et malheureuse personne languit de plus es plus par le défaut de soins et des consolations qu'elle recevroit d'une pe^ sonne qui seroit admise à partager et à soulager sa solitude et ses doulevn.
• HUK.
» Salut et fraternité.
> Décadi 10 messidor, l'an III de la République française (28 juin 1795).*
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être accordé; rendons-lui rhommage qui dépend de nous, en faisant connaître un acle de dévouement, sympathique à tout le monde , mais qui , sous un tel nom , n*étonnera personne.
L* Autriche avait entamé des négociations avec le gouvernement de la Convention pour obtenir que Madame, qui avait des liens de famille si étroits avec la maison impériale, lui fût remise. Le ministère autrichien proposait une somme de deux millions pour sa rançon. Cette offre fut rejetée par les comités de salut public et de sûreté générale, qui, d'une part, pour n'avoir pas Tair d'obéir complètement à l'opinion publique, et, de l'autre, pour conserver un caractère révolutionnaire à la mesure vers laquelle ils se sentaient poussés, crurent devoir mettre une tout autre condition à l'élargissement de Marie- Thérèse-Charlotte. Le 12 messidor an III (30 juin 1795), Treilhard, au nom de ces comités, s'exprima ainsi à la tribune de la Convention :
«... Les triomphes du peuple français, l'espoir de tous les hommes éclairés , l'opinion du monde entier, sanctionnent la République... il serait insensé de douter de son affermissement. Le moment est ' donc venu où il peut convenir de fixer vos regards sur la fille du dernier Roi des Français... Un devoir impérieux , la sûreté de l'Etat , vous prescrivit la réclusion de cette famille. Aujourd'hui vous êtes trop forts pour que cette mesure de rigueur soit encore indispensable... Vos comités vous proposent de faire servir un acte d'humanité à la réparation d'une grande injustice. La plus odieuse et la plus noire des trahisons a livré des représentants du peuple et un ministre de la République à une puissance ennemie; cette même puissance , par la violation du droit des nations , a fait arrêter des citoyens revêtus du caractère le plus sacré, celui d'ambassadeurs... Dans cet échange, nous nous désistons d'un droit pour faire cesser une injustice... Ce sera au gouvernement de Vienne à bien réfléchir sur ces considérations ; il optera entre
^1 LOLIS WIL
ftoo aiUcheuieot aux tiens da sang H le dcsîr de prolonger um «engeance odieuse et inutile.
' Xons n avons pas pensé que cet objet dut devenir celai d*nne négociation; il suffira que tous vous exptiquiez, et les généraux français seront chargés de transmettre rotre dcdiration aux généraux des armées autrichiennes*.
L'n projet de décret, conforme à ce discours , fut présenté par le rapporteur, et adopté séance tenante*.
Picbegru , chef de Tarinée du Haul-Rhin , fut chargé de communiquer au général autrichien Siein une propositioo d^échange jusque4à sans exemple dans les annales de la diplomatie. L^Empereur, qui dans d'autres temps l'aurait regardée comme inadmissible, Taocueiltit par affection pour sa jeune
' Ifoutirur an 15 messidor au III (3 juillet 1795). ^ Eo Toici le teite :
• /Afi portant que la JilU dm. dtrnier Roi des Fram^ais sera rewùse m tAtttriche , à Viiutant où le» reprêsemtaml» du pniple et autres détemlu ftr ordre de ce gouremememt seront rendus à la liberté.
• 12 meMidor m III (30 joia 1795j de la RépdbUqtc aoe et indivisible.
> La Conieotion nationale, après avoir entendu le rapport de ses comité dr salut public et de sâreté générale, déclare qu'an même instant où les cii^ représentants du peuple, le ministre, les ambassadeurs français, les {Hrind* pauz détenus livrés au prince de Cobonrg par Dnmouriea, le maître de poit* Drouet, fait prisonnier sur les frontières de Flandre, et les ambassadeoit Ifaret et Sémonville, arrêtés en Italie par les Autrichiens, et les personwl de leur suite livrées à l'Autriche, ou arrêtées et détenues par ses ordra. seront rendus à la liberté et parvenus aux limites du territoire de la Répsblique , la fille du dernier Roi des Français sera remise à la personne que le gouvernement autrichien déléguera pour la recevoir, et que les autres moi* bres de la famille des Bourbons actuellement détenus en France poorroot aussi sortir du territoire de la République.
• La Convention nationale charge le comité de salut public de preadfl toutes les mesures qu'il trouvera convenables pour la notification et rexéet* tion du présent décret.
• La Cuuvention nationale décrète que le rapport sera imprimé, distribt^ et inséré en entier au Bulletin.
» Visé et signé i £xjc0aijLt.
Collalionnè et signé : » J. B. LotiET (du Loiret), président.
» Mariette, J. Dblbgloi, secrëtainte. •